‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 181 sur 243 · L AMIRAL · texte numérisé non relu

L AMIRAL

O mon roi ! je réponds de la France et de vous, Si vous sentez le prix d'un hommage aussi doux. Excusez ma franchise, à la cour étrangère; Vous n'en redoutez point le langage sévère; Eh bien , souffrez encore un avis généreux : De tous ceux que m'inspire en ce moment heureux A vous, à votre Etat mon dévoûment sincère, Ce sera le dernier, mais le plus nécessaire. Sire , on vous a trompé. Vos édits inconstans , Scellés presque toujours du sang des protestans , Ont annoncé chez vous un cœur faible et mobile. Dont pourrait abuser quelque imposteur habile. Evitez les malheurs des rois trop complaisans ; Ne laissez point sans cesse, au gré des courtisans. Errer de main en main l'autorité suprême ; Ne croyez que votre âme, et régnez par vous-même; Et, si de vos sujets vous désirez l'amour, Soyez roi de la France, et non de votre cour: Elle opprime le peuple. Ah ! d'un œil équitable Voyez toujours en lui votre appui véritable ; Songez qu'autour de vous des millions d'humains D'un mot de votre bouche attendent leurs destins; Songez que pour vous seul tout ce peuple respire. Œuvres anciennes. I. 2i T

Il Fait par ses travaux lëclat de votre empire, Il cultive nos champs, il défend nos remparts j Mais un voile ennemi vous cache à ses regards; Mais, tandis qu'il se plaint, son monarque sommeille^ Et ses cris rarement vont jusqu'à votre oreille. Rappelez-vous , mon maître , ayez devant les yeux L'exemple révéré de vos plus grands aïeux. L'un , sujet malheureux , eut un règne prospère ; Il chérissait le peuple , et fut nommé son père : L'autre , plus grand encor, dans la seule équité D'un monarque français mettant la majesté, Indulgent pour ce peuple, à ses besoins propice, Au pied d'un chêne assis , lui rendait la justice. De ce royal esprit laissez-vous animer : Pour obtenir l'amour, leur secret fut d'aimer.

LEROIDEFRANCE.

Leur vertu m'est présente ; et l'Etat me contemple. Comme eux, je veux un jour laisser un grand exemple Je saurai mettre un terme à nos calamités ; Vos desseins, Coligni, seront tous adoptés. Allez : à vos amis portez-en la nouvelle. Gardez cette franchise et ce vertueux zèle : Régner par vos avis est mon vœu le plus doux.

l' amiral.

Le mien, Sire, est de vivre et de mourir pour vous.

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