‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 201 sur 243 · LIL DUC · texte numérisé non relu

LIL DUC

Sitôt que le signal se sera fait entendre.

Vous verrez qu'à ce prix nous pouvons tous prétendre.

Nous partirons, Madame, aux accens de l'airain,

Qui va sonner pour nous dans le temple prochain.

Ma main, je l'avoûrai, dans une nuit si belle,

Voudrait seule immoler tout le parti rebelle ;

Mon cœur même conçoit un déplaisir secret ,

Et, plein d'un tel honneur, le partage à regret.

Mes compagnons, du moins, sont dignes de me suivre ^

De cueillir les lauriers que le destin nous livre ;

Et, contre les proscrits dès long-tems animés,

De l'ardeur qui me brûle ils sont tous enflammés.

LE ROI DE FRANCE

Vous m'aimez, je le crois; vous servez votre maître ; Mais long-tems mon esprit, trop timide peut-être, Conçut avec frayeur un si hardi dessein : D'une amertume affreuse il remplissait mon sein. Jusques dans mon sommeil la redoutable idée S'offrait... Ne craignez rien : mon âme est décidée. Puisque le Ciel vengeur ordonne leur trépas , Puisqu'au fond de l'abyme il entraîne leurs pas , Puisqu'il faut opposer le parjure au parjure , Puisqu il s'agit enfin de la commune injure , Du salut de mon peuple et de ma sûreté,

Je ne balance plus ; le sort en est jeté :

(La cloche soune trois fois lentement.)

Versez le sang, frappez. Ciel ! qu'entends-je ? Ah! Madame!

LE DUC

Reine , c'est à vos soins de raffermir son âme. Pour nous, le glaive en main, nous jurons à genoux De venger Dieu, l'Etat, le Roi, l'Église, et nous. Roi, chassez maintenant ces stériles alarmes; Exhortez-nous, Pontife, et bénissez nos armes.

(La cloche sonne trois fois lentement.) (Le duc de Guise et tous les autres Courtisans mettent un genou en terre , en croisant leurs épées. Ils restent dans cette position pendant le discours du cardinal de Lorraine.)

LE CARDINAL

De l'immortelle Eglise humble et docile enfant, Et créé par ses mains prêtre du Dieu vivant, Je puis interpréter les volontés sacrées. Si d'un zèle brûlant vos âmes pénétrées Se livrent sans réserve à l'intérêt des Cieux; Si vous portez au meurtre un cœur religieux , Vous allez consommer un important ouvrage, Que les siècles futurs envîront à notre âge. Courez. et servez bien le Dieu des nations; Je répands sur vous tous ses bénédictions. Sa justice ici-bas vous livre vos victimes. Sachez qu'il rompt au Ciel la chaîne de vos crimes. Oui, si, jusqu'à présent, vous en avez commis, Par le Dieu qui m'inspire ils vous sont tous remis. L'Eglise, en m'imprimant un signe ineffaçable, Défendit à mes mains le sang le plus coupable; Mais je suivrai vos pas, je serai près de vous; Au nom du Dieu vengeur je conduirai vos coups. Guerriers, que va guider sa sainte Providence,

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