AUX DISTRICTS DE PARIS
pour des esclaves, ni pour des courtisanes; il est fait pour une nation qui a conquis sa liberté, pour ime nation gouvernée par un roi juste, confiant, généreux, digne d'elle, et qu'elle chérira toujours, par la même raison qu'elle détestera toujours la mémoire de Louis XI et de Charles IX.
Voulez-vous bien, Messieurs, prendre acte de l'adresse que j'ai l'honneur de vous envoyer ? Si l'ouvrage, une fois connu, se trouve calomnieux, ou contraire aux mœurs, ou contraire à la morale, je me dévoue au mépris des gens de bien, comme j'aurai droit à leur estime, si tout ce que j'affirme est la vérité. Si quelques personnes jugeaient à propos de vous dénoncer l'ouvrage, soit avant, soit après sa représentation, je vous supplie. Messieurs, de les engager à publier leurs noms, afin que je puisse repousser ouvertement leurs attaques, et les poursuivre , s'il en esî; besoin , comme calomniateurs. Vous approuverez la sensibilité d'un citoyen dont le patriotisme ne devrait pas être attaqué. Mon dévouement aux bons principes est connu de tous ceux qui ont entendu prononcer mon nom : je supplie ceux dont je suis ignoré de ne pas se laisser entraîner par les clabauderies des citoyens mal intentionnés. En composant un ouvrage de la nature de celui dont il s'agit, j'ai dû m'attendre à des cabales très-vio-
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lentes; mais aussi j'ai dû m'attendre à trouver un appui dans tous les hommes qui ont une âme énergique et libre, c^est-à-dire , dans tous les vrais Français.
LETTRE
AUX AUTEURS DU JOURNAL DE PARIS
i6 novembre 1789.
Messieurs,
I On a beaucoup écrit depuis quelque tems pour ou contre la censure des ouvrages du théâtre. Un fait vient de démontrer, jusqu'à l'évidence, l'abus de ce tribunal arbitraire.
i Certainement, Messieurs, il n'est point de censeur qui n'eût rêvé les plus absurdes chimères sur la tragédie de Çhaiies IX, qui vient de réussir avec tant d'éclat et si peu de danger. Il n'en est point qui n'eût effrayé l'administration de ses terreurs vraies ou fausses. L'auteur de cet excellent ouvrage eût été découragé à jamais; la nouvelle carrière qu'il ouvre au génie, fermée sans retour; et le théâtre de la nation, ce moyen si puissant de l'éducation publique, ce théâtre avili sous le despotisme par tant de pièces immorales ou insignifiantes, non-seulement était menacé de perdre son ancienne gloire, mais de s'éteindre dans l'igno-
minie, dont le succès récent d'un ouvrage sans mœurs' l'avait si malheureusement entaché.
Eh bien, Messieurs, cette tragédie, source de tant d'alarmes, et calomniée d'avance avec tant de fureur, n'a pas donné lieu au moindre abus, à la plus légère effervescence. Ces allusions, aussi téméraires qu'injustes, que l'on feignait de craindre, et dont malignement on suggérait l'idée , ne se sont présentées à l'esprit de personne. Je n'en excepte qu'une, et vous la connaissez : c'est l'application respectueuse et tendre que la Ration a faite avec transport au meilleur des rois de ces vers si heureusement placés dans la bouche de l'Hospital.
On verra nos neveux, plus fiers que leurs ancêtres, Reconnaissant des chefs, mais n'ayant point de maîtres, Heureux sous un monarque ami de l'équité, Restaurateur des lois et de la liberté.
Que l'auteur est bien vengé. Messieurs, de tous ces libelles répandus d'avance contre son ouvrage ! Il ne reste plus qu'à lui rendre la justice qu'il mérite, et qu'il obtiendra (j'ose le lui promettre) de tous ceux qui connaissent le grand art de la tragédie. Je sais que le nombre des connaisseurs diminue de jour en jour ; je m'attendais au reproche qu'on a fait à la pièce de manquer d'action , et à
I . Le Mariage de Figaro. On sait que cette comédie originale, jouée pour la première fois en 1784, eut un succès prodigieux.
( Note (le r Editeur. )