‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 31 sur 243 · I. Ducis · texte numérisé non relu

I. Ducis

tuerait point dans l'histoire même. Jusqu aujourd'hui, le monde a cru que le tribunal de l'inquisition s'était rendu complice de la mort de don Carlos, victime des jalousies de Philippe II, son père. Le docte M. Llorente vient de laver cette redoutable institution d'un crime dont elle n'avait pas besoin d'être faussement chargée pour mériter la haine des défenseurs de l'humanité. Ainsi, la proscriptionMe l'amoureux Infant d'Espagne sera désormais rangée parmi les aventures romanesques : toutefois, cette fable, qui avait reçu un caractère historique, ne reste pas moins digne, après l'avoir perdu , d'avoir été choisie par le concours des poètes tragiques qui se sont efforcés, à l'envi, d'en développer l'intérêt noble, grave et touchant. Schiller, auteur abondant , varié, naïf, et souvent sublime; Alfiéri, passionné, sévère et profond à la manière des Grecs ; l'un , malgré ses irrégularités, devenu l'amour de l'Allemagne; l'autre, par sa méthode austère et forte, le nouvel honneur de l'Italie , ont tous les deux, en traitant le sujet de Carlos, fourni des élémens à l'imitation de Ghénier.

Je ne sais si la liberté de son esprit s'est sentie un peu gênée par l'influence des illustres modèles qui l'ont empêché de maîtriser sa matière au gré de son invention, ou si la multitude des emprunts qu'il avait à leur faire n'a pas embarrassé son goût;

4G ANALYSE KAISONNÉE

mais ce qui me semble incontestable, c'est: que la tragédie de Philippe 11^^ qu'il nous a laissée, ne participe que des défauts inhérens à la pièce allemande dont elle n'a point les beautés, et qu'on n'y retrouve aucune trace des scènes frappantes de la pièce italienne. En corrigeant l'oeuvre germanique, totalement indépendante de nos règles théâtrales, il la rétrécit, la mutile, et la réduit péniblement aux deux unités de tems et de lieu, sans parvenir à la troisième, qui, de toutes, est la plus importante : celle de Faction. La sienne est double, comme dans Schiller, qui, par la contexture de ses intrigues croisées, a moins fait un drame qu'un vaste poëme. En s'écartant de l'œuvre d'Alfîéri, son génie s'est privé du tableau des passions les plus ardentes, dont tous les mouvemens se vinssent concentrer en un fait unique.

Que résulte-t-il de la complication adoptée par Chénier? deux sujets: l'un fondé sur l'amour, l'autre sur la politique; d'une part, les inimitiés du roi d'Espagne; de l'autre, les affaires du Brabant.C^s dernières, plus favorables à la tournure d'esprit et aux opinions de l'auteur français, ont pris dans sa pièce trop de consistance et trop de place : elles en font le principal, tandis qu'elles n'y devaient être que l'accessoire , par la raison que

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