‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 44 sur 243 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

T^a reine a vos destins ne sera point liée : A d'indignes amours la reine humiliée...

Ciel! achève*.. Azémire... Elle a donné son cœur?

NARsis.

De cette âme si fière un chrétien est vainqueur.

s OLIMAN.

Un de ses oppresseurs ! un chrétien ! Azémire ! Et peut-on concevoir ce coupable délire? Azémire, dis-tu,.-- non, je ne le crois pas: Azémire n'a point des sentimens si bas.

NARSÈS

En vain vous vous flattez : ce n est plus un mystère. La reine, de sa honte esclave volontaire, Semble vouloir, Seigneur, étaler à nos yeux D'un sacrilège amour les transports odieux, ïurenne, c'est le nom de ce Français qu'elle aime; Turenne en ce palais semble régner lui-même. Seigneur ; et ses discours , tout en elle aujourd'hui , Ses regards, ses soupirs, ne parlent que de lui. A peine en son piintems, des rives de la Seine Il suivit des croisés la fortune incertaine; Quelque gloire peut-être a signalé son bras. Ardent, impétueux, dans l'un de ces combats^ Quand, de nos murs oisifs dédaignant les barrières. Sous mes ordres marchaient nos lée^ions guerrières - Le jour baissait; les miens s'éloignaient à grands cris ; Seul, et, le fer en main, poursuivant nos débris,

^8 AZÉMIRE

Au milieu d'une troupe à sa rage immolée, Turenne sur mes pas entra clans Héraclée. Mais, entouré bientôt par ce peuple indigné, Percé de coups lui-même et dans son sang baigné, Il se rend. Ses périls, ses exploits et son âge. Et ses yeux presque éteints, mais brillans de courage, Et, le dirai-je encor? nos destins en courroux Pour lui dans ce moment s'unissaient contre vous. Azémire le vit : vous savez tout le reste.

SOLIMAN

Un chrétien ! se peut-il ? O récit trop funeste ! Eh quoi! de mes sujets, deux fois vaincus par eux, J'assemble en frémissant les débris généreux; Ses jours sont menacés: je cours à sa défense; Je cours ; et de mes pas telle est la récompense ! Et toi, de ses mépris spectateur assidu...

NAilSÈS.

Pour vous servir, Seigneur, j'ai fait ce que j'ai dû. Mon crédit, je le sais, mon rang est votre ouvrage; Et, si dans cette cour je pouvais davantage. Votre amour, accueilli d'un plus heureux succès. N'aurait point à former de stériles regrets; - Mais, d'un penchant coupable accusateur sévère, Après de vains discours il a fallu me taire ; Et l'oreille des rois ne saurait écouter. Seigneur, que les conseils qui les veulent flatier.

SOLIMAW.

pardonnons-lui, JNarsès, un moment de faiblesse:

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