‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 91 sur 102 · I.. Voyez, plus haut, pages 366 et suiy. [Note de l'Edit · texte numérisé non relu

I.. Voyez, plus haut, pages 366 et suiy. [Note de l'Edit

République entière, souillant les administrations, siégeant dans les tribunaux , se couvrant du manteau directorial, foulant aux pieds la Constitution, et devenant, au sein du Corps législatif, la première autorité constitutionnelle ; enfin , au nom de la République et du Peuple , s'organisant chaque jour par des lois violatrices des droits du Peuple et destructives de la République. Le ï8 fructidor vint, bien tard sans doute, mettre un terme à ce cours de malheurs , de scandales et de crimes. Le lendemain , cette mesure prohibitive, vainement réclamée six mois auparavant, fut unanimement adoptée; peut-être elle n'était plus si nécessaire. Du moins, soit par le vice inhérent à toute dictature de la pensée , soit par les applications abusives d'un pouvoir qui pouvait être utile , les résultats de la mesure furent loin de remplir nos espérances. Elle devait être entre les mains du Directoire exécutif un glaive contre les Royalistes, un bouclier pour les Républicains; malheureusement, il n'en fut pas ainsi. Une ligne contraire aux actes même inconnus du Directoire, à la pensée fugitive d'un ministre , à l'opinion du quart-d'heure, à la nuance du moment, suffit pour motiver l'apposition des scellés sur une presse. J'ai vu des écrivains distingués par leur patriotisme , quelques-uns même par leur sagesse circonspecte, devenir les victimes d'une boutade

capricieuse; toute discussion sur les hommes et sur les choses fut interdite, réprimée, punie, étouffée; la représentation nationale eut seule le privilège d'être impunément attaquée; il n'y eut plus ni discussion, ni force de la voix publique; et les journalistes, copiant tous le journal officiel, et tous officiellement serviles, ne firent plus qu'écouter aux portes du Directoire et des mi* nistres, et caresser avec bassesse les préjugés d'un pouvoir entraîné si loin de ses limites constitutionnelles.

Faut-il s'étonner, Représentans, qu'avec un pareil état de choses la République se trouve compromise? Rendez la liberté à la presse, s'écriait un des préopinans ^ ; et l'étranger achètera vos écrivains périodiques ; et Malmesbury ^ ne sèmera pas en vain l'or du gouvernement anglais! Je rends justice aux intentions de l'orateur; mais croit-il donc que ce gouvernement, aussi habile que perfide, ne sache pas organiser au milieu de nous d'autres moyens de discorde et de ruine? Les amis de la Liberté ne combattraient-ils pas du moins les stipendiaires de l'étranger ? Et si la presse lui manque en ce moment, n'a-t-il pas

I. Le député Jacqueminot. {^Note de V Editeur.) 1. Lord Malmesbury, ex-envoyé du cabinet britannique en France, vers la fin de 1796. [Note de l'Éditeur.)

■ dans la flatterie et la délation des auxiliaires qui m agissent tous les jours en sa faveur d'une manière moins bruyante et plus certaine? Ahî je le dis avec une douleur profonde et long-tems concentrée, ses intrigues ne se joiient-elles pas de notre imprudence? En profitiant de nos erreurs, en mettant nos passions en jeu, n'a-t-il pas préparé les évènemens qui nous pressent? Les rois coalisés contre nous pouvaient -ils suggérer à la France un système plus utile pour eux et plus désastreux pour elle? Certes, je ne puis croire que les membres du Directoire exécutif aient un moment séparé leur cause de celle des Républicains. Je sais, ils savent aussi, qu'il n'existe pour eux ni bonheur, ni gloire, ni sûreté, que dans le maintien de la République et de la Constitution de l'an IIÎ ; mais il est tems qu'ils ouvrent les yeux sur le piège qu'on leur dresse, sur l'abîme où Ton veut les précipiter. Eh! s'ils n'eussent écouté d'affreux conseils et de sinistres mensonges, comment des hommes qui, en d'autres tems, ont montré tant de zèle pour les lois tutélaires de la Liberté multiplieraient -ils aujourd'hui les destitutions et même les détentions arbitraires ? Comment les Républicains se trouveraient-ils encore persécutés, proscrits dans la République? Comment les agens de la France en Italie et en Suisse auraient-ils impunément usurpé la fortune et les

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droits des peuples? Comment le nom de la nation libératrice ne serait-il plus prononcé qu'avec effroi par ses alliés? Comment, lorsqu'on déclara de nouveau la guerre à l'Autriche, nos places et nos armées se Seraient-elles trouvées dépourvues de tous les moyens de défense? Comment la victoire aurait-elle déserté nos drapeaux? Comment deux nations réclameraient-elles en vain les services de Joubert % de Joubert, qui, par un trait de génie militaire et politique, enleva un appui à la coalition naissante, envahit le Piémont, renversa un trône sans verser une goutte de sang? Comment enfin Championnet serait-il traduit devant

1. La France et l'Italie. Cette dernière surtout doit à la mémoire de Joubert d'éternelles actions de grâces pour les services signalés que ce grand capitaine n'a cessé de lui rendre pendant la guerre désastreuse de la France contre l'Autriche. C'est moins, en effet, en conquérant qu'en pacificateur qu'il gouverna l'Italie tant qu'il y conserva le commandement en chef des troupes de la République. A la fin, cependant, révolté des abus effrayans qui tous les jours désolaient son armée, sans qu'il lui fût possible, malgré tous ses efforts, d'en tarir la source occulte, il s'en plaignit au Directoire; et, n'en ayant obtenu aucune satisfaction , il donna sa démission vers la fin de frimaire 1798. Joubert quitta donc la ville de Turin, où il commandait alors, et se retira dans ses foyers pour y rétablir sa santé, affaiblie par tant de travaux, et recouvrer de nouvelles forces pour le service et la gloire de son pays. Voyez ci -après le discours prononcé par Chénier à l'occasion de la mort du général Joubert. [Note de l'Éditeur.)

CONSEIL DES CllNQ- CENTS. /Jcjcj

un tribunal français et républicain % sans doute pour y faire amende honorable d'avoir détrôné un monarque ennemi de la France^, et fondé une nouvelle république?

Tant d'événemens étranges qui nous déconsidèrent aux yeux de l'Europe, je les attribue à des suggestions perfides, à des erreurs soigneusement caressées, aux prétentions naturelles d'une autorité qui n'est plus contenue par la surveillance, à la voix des intérêts particuliers, au silence de l'opinion publique. Je réclame donc la liberté de la presse pour le Peuple français, qui reprendra toute son énergie quand ses droits se^ ront respectés. Je réclame la liberté de la presse pour la dignité du Corps législatif; car il n'y a pas de dignité dans un corps essentiellement populaire qui laisse violer les droits des peuples. Je réclame la liberté de la presse pour la dignité du Directoire exécutif; car il n'y a pas de dignité

I. Conformément à l'arrêté du Directoire exécutif du 7 ventôse an VII, le général Championnet fut traduit devant un conseil de guerre à Milan , par suite de démêlés assez violens avec le commissaire du gouvernement à Naples; mais le Directoire exécutif rapporta cet arrêt Je 5 messidor de la même année, et statua que Championnet serait remis en activité de service. Peu de tems après, ce général fut nommé au commandement en chef des armées des Alpes et d'Italie réunies.

( Note de l'Éditeur. )

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