‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 93 sur 102 · SUR LA MORT DU GÉNÉRAL JOUBERT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU GÉNÉRAL JOUBERT

séance du 9 fructidor an VII ( 26 août 1799 » vieux style).

Un secrétaire donne lecture d'un message du Directoire^ annonçant la mort du général Joubert'. La lecture terminée, Chénier monte à la tribune.

Citoyens-Représentans,

Vous venez d'entendre le message du Directoire f exécutif. Une perte immense fait couler vos

I. « Le 28, dès la pointe du jour, a commencé la bataille « de Novi. L'ennemi a attaqué en force et avec impétuosité '* notre gauche. L'affaire s'engageait à peine, lorsque le général « Joubert s'est précipité pour animer de sa présence une charge « à la baïonnette. Il guidait nos soldats , à cheval au milieu «des officiers de son état-major, en criant: En avant ï en c avant l lorsqu'une balle l'a frappé au flanc droit, et a pénétré « jusqu'au cœur. Il est tombé faisant signe de la main, et criant «< encore : Marchez toujours ! Il a survécu à peine un instant. «On a continué à se battre jusqu'au soir; à six heures du « matin, il avait cessé de vivre. »

Extrait du message lu au Conseil des Cinq-Cents, et transmis au Directoire exécutif par le général Suchet, chef de l'étatmajor général. {Note rie l'Editeur.)

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larmes : ni cette perte, ni ces larmes, ne seront stériles. Le brave Joubert est mort comme Joubert devait mourir; sa mort est cligne de sa vie : toutes deux enfanteront des héros. Mais que direz-vous d'une armée qui, ayant perdu son général, reste inébranlable au milieu de sa douleur, et parvient à rentrer dans ses positions après avoir repoussé quatre fois l'ennemi? Ah! sans doute, de tels prodiges n'appartiennent qu'à des soldats français. Il reste encore à cette armée , et son indomptable valeur et son civisme héroïque, et quelques généraux habiles. 11 lui reste encore Moreau, Moreau si distingué par ses talens militaires et par sa modestie républicaine! Moreau, dont la belle destinée semble être de ne jamais désespérer de la victoire, et de rallier toujours les armées françaises^! Je laisse à ceux de mes collègues dont la méditation spéciale a pour objet l'organisation de nos moyens de défense le soin de vous en présenter de nouveaux; mais je ré-

I. Dans une lettre datée de Turin du 19 frimaire an VII, et adressée au Directoire, Joubert s'exprimait ainsi sur le compte de Moreau. «... Je laisse par intérim le commandement « de l'armée au général Moreau. Je vous déclare sur ma con- « science que c'est le général de l'armée qui commandera le «mieux. Considérez que sa réputation militaire est faite, et « qu'il a déjà une plus grande garantie à vous offrir. » ( TSote de l'Editeur.)

CONSEIL DES CINQ -CENTS. 5o3

clame en cette occasion pour l'armée d'Italie le témoignage de reconnaissance nationale que vous accordez aux victoires les plus brillantes. Je le réclame aussi, contre l'usage ordinaire, pour le grand général qu'elle vient de perdre. Vous jugerez sans doute convenable de lui rendre des honneurs encore plus solennels; car, si la rigueur des principes républicains ne vous permet pas de proclamer par une loi la gloire des héros vivans, les honneurs décernés aux héros morts pour la Patrie leur garantissent des successeurs dignes d'eux.

Que les amis de la Royauté, que les éternels ennemis de la République n'espèrent tirer aucun parti de cet événement : il tournera contre leurs efforts coupables; il ne fera que redoubler votre salutaire et courageuse énergie; il fera sentir plus que jamais le besoin d'union dans l'intérieur; il sera un signal de ralliement pour tous les Républicains; et la République est sûre de vaincre, quand ses enfans sont ralliés.

Je vous propose le projet de résolution suivant :

A.RTICLE PREMIER.

L'armée d'Italie ne cesse de bien mériter de la

Patrie.

Le brave Joubert, mort glorieusement sur le

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champ de bataille en commandant l'armée d'Italie^ a bien mérité de la Patrie.

La présente Résolution sera lue à la tête des armées; elle sera imprimée et envoyée au Conseil des Anciens par un messager d'Etat.

Je demande en outre qu'il soit formé une Commission de cinq membres pour présenter au Conseil un projet sur les honneurs funèbres que la Nation doit rendre au brave Joubert^

Ces propositions sont adoptées; et le Conseil ordonne l'impression du discours.

I. Le Corps législatif décréta sur la motion du député Mathieu qu'un monument serait élevé à la mémoire de ce général, dans la ville de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, sa patrie ; et , dans la journée du 25 fructidor suivant , les deux Conseils consacrèrent, chacun, dans la salle de leurs délibérations, par une cérémonie funèbre, la perte d'un si grand capitaine. Voyez le Moniteur du même jour. ( Note de l'Éditeur.^

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DISCOURS

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