Muiron était colonel d'artillerie
igo LA MORT DU COLONEL MUIRON.
L'hymen au front voilé leur prodiguait ses charmes; Dans ces momens d'ivresse il semhlait que le dieu Leur dît secrètement : C'est le dernier adieu. Au signal du clairon, Muiron cherche la gloire; Il part, combat et meurt. On chanta la victoire. Son épouse accourait; les guerriers, l'œil baissé, L'accueillaient en passant d'un silence glacé. Vers les bords de l'Adige, en tremblant elle arrive; Elle appelle, elle voit sur la sanglante rive Muiron, les yeux couverts des ombres du trépas, Et pour la recevoir ouvrant encor les bras. Elle ne parle point, mais chancelle, soupire; Sur l'époux bien-aimé lentement elle expire. Ce jour qu'il ne voit plus importune ses yeux; Et d'un dernier regard elle accuse les cieux. Sans parens, sans appui, sans lait, sans nourriture, L'enfant restait: la mort, outrageant la nature, Sur la tendre victime étendit son courroux. L'épouse, dans la tombe, avait suivi l'époux; Ij'enfant ne suça point le lait de l'étrangère : Dans la tombe, à son tour, l'enfant suivit la mère.
Ainsi, quand le Bélier vient reverdir les champs, En un bosquet paré de fdles du printemps. Belles l'une par l'autre, on voit s'imir deux roses, Sur une même tige, un même jour écloses. Entre elles deux jaillit le liniide l)outon,
D'une amour mutuelle aimable rejeton.
La grcle à coups pressés abat les fleurs naissantes ; Et, s'unissant encor, les roses languissantes Inclinent tristement leur front pâle et flétri ; Près d'elles tombe et meurt le rejeton chéri, Que du plus doux zéphyr un souffle fit éclore, Mais qu'un de ses baisers n'entr'ouvrait pas encore.