‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 74 sur 145 · ODE SUR LA MORT · texte numérisé non relu

ODE SUR LA MORT

Gémissez, témoins de sa gloire; Recueillez ses débris sacrés !

Vous, qu'il menait à la victoire, Gémissez maintenant, pleurez!

Pleurez, célébrez ce grand homme.

Tels, ces guerriers enfans de Rome, Si fiers de vos aïeux vaincus.

Jadis aux vallons de Syrie Suivaient, en racontant sa vie.

Les restes de Germanicus,

Laissez là ces pompes mortelles, Néant de l'orgueil souverain ; Ces tombeaux où les Praxitèles Font pleurer le marbre et l'airain; Ces pyramides insolentes Où dorment les ombres sanglantes Des héritiers de Rusiris :

Rois détestés, tyrans célèbres.

Et qui dans ces palais funèbres Ont laissé des mânes flétris.

Apportez, sujets de la Sprée, Des lauriers et des étendards; Loin de sa tombe idolâtrée Le brillant mensonge des arts!

Sans faste elle aura plus de charmes

Venez, qu'un récit plein de larmes Dise sa mort et nos douleurs; Et périsse le cœur stoïque Qui , près de sa cendre héroïque, Passera sans verser des pleurs!

Quelle âme en vertus si féconde Résiste au poison des flatteurs?

Le berceau des maîtres du monde Est entouré de corrupteurs.

Un monstre, ami de tous les vices, Va sécher dans ces cœurs novices La bonté qui nous vient des dieux.

Et flétrit les enfans du trône.

Comme ces fruits qu'avant l'automne Dévore un insecte odieux.

On a vu des rois exécrables.

Ne régnant que par des complots , Ivres du sang des misérables.

Dormir au bruit de leurs sanglots.

Ils dormaient sur un précipice!

Il est venu le jour propicç Qui doit être enfin leur écueil; Et, frappés d'une mort affreuse.

Leur mémoire cadavéreuse Va s'abîmer dans le cercueil.

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