LIVRE VIII
des combats, ou qu'il parloit de blessures et d^esclavage !
La prétresse des Muses éprouvoit de son côté des sentiments confus et une émotion nouvelle. Son esprit et son cœur sortoient en même temps de leur double enfance. L'ignorance de son es* prit s'évanouissoit devant la raison du Christia*nisme ; Tignorance de son co@ur cédoit à cette lamière qu'apportent toujours les passions. Chose extraordinaire , cette jeune fille ressentoit à la fois le trouble et les délices de la sagesse et de l'a-* mour!
(c Mon père, disoit-elle à Démodocus, quel divin étranger nous a conviés à ses banquets! Combien le fils de Lastbénès est grand par le cœur et par les armes! N'est-ce point un de ces premiers habitants du monde que Jupiter a transformés en dieux favorables aux mortels?
Jouet des cruelles destinées , que de combats il a livrés l que de maux il a soufierts ! Muses chastes et puissantes ! 6 mes divinités tulélaires! où étiez -vous lorsque d'indignes chaînes pré»* soient de si nobles mains? Ne pouviez -vous fah*e tomber les liens de ce jeune héros au son de vos lyres? Mais, prêtre d'Homère, toi qui sais toutes choses et qui as la sage retenue des vieillards, dis : quelle est cette religion dont parle Eudore ? Elle est belle cette religion ! Elle
approche le cœur de la justice , elle apaise les folles amours. Celui qui la suit est toujours prêt à secourir le malheur, comme un voisin généreux , sans se donner le temps de prendre sa ceinture. Allons dans les temples immoler des brehis à Cérès qui porte des lois y au Soleil qui voit l'avenir. La robe traînante, la coupe des libations à la main, faisons le tour des autels arrosés de sang ; pétrissons les gâteaux sacrés , et tâchons de découvrir quel est le Génie inconnu qui protège Eudore.... Je sens qu'une divinité mystérieuse parle à mon cœur.... Mais une vierge doil>«]le pénétrer les secrets des jeqnes hommes, et chercher à connôltre leurs dieux ? La pudeur lèvera- t-elle son voile pour interroger les oracles ? »
£n achevant ces mots, Cymodocée remplit son sein des larmes qui couloient de ses yeux.
Ainsi le ciel rapprochoit deux cœurs dont Tunion devoit amener le triomphe de la Croix. Satan alloit profiter de l'amour du couple prédestiné, pour faire naître de violents orages, et tout marchoit à laccomplissement des décrets de r£tern,el. Le Prince des ténèbres achevoit dans ce moment même la revue des temples de la terre. Il avoit visité les sanctuaires du mensonge et de l'imposture , l'antre de Trophonius , les soupiraux de la Sibylle, les trépieds de