‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 13 sur 79 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il n'est point de question dans réconomie politique , qui présente à l'esprit des objets de méditation plus profonds et plus étendus que celle des grains; elle tient aux pi u$ grands principes de la société, elle ramène aux droits les plus anciens de la nature humaine, et Ton ne peut se lasser d'étudier une matière si intéressante dans l'ordre public.

Que font, hélas! au bonheur du plus grand nombre des hommes, tant de livres de morale et de philosophie que nous célébrons !

(^) Cet ouvrage a été imprimé pour la première fois , k Paris, en 1775.

4 SPR XA LiGiaiiATION.

née daos un pays par les lois de la nature, eu bouleverseroit un autre doué d'un sol moins fécond , «itué différemment y et gouverné par des raqeurs opposées.

Cependant ces contrariétés politiques ne sont pas les seules qui embarrassent dans le choix du meilleur système applicable au coniinerce des grains. Si l'on jette un coup d'œil sur l'intérieur de la société , l'on y voit les di^verses classes qui la composent, envissH ger cet important ol)jet d'une manière absolument différente, parce que. l'attention des hommes^ dominés par l'habitude , est presque toujours fixée, par leur intérêt, sans qu'ils aient la volonté d'être injustes.

Le propriétaire ne voit dans les blés qu'on fruit de ses soins et un produit de la terre qui lui appai^ient; il veut en disposer comme de «es autres revenus.

Le négociant n'aperçoit dans cette denrée qu'une marchandise qui se vend et s'achète ; il veut pouvoir l'acquérir et la revendre au gré. de son intérêt. Il demande que cette circulation soit soumise aux lois générales du commerce. . '

. Le peuple , sans réfléchir , mais éclairé par son instinct, commandé par ses besoins^ en* visage le blé .cpmme un élément ^lécessaire à

£T LE COMJIEBRGfi DBS GlUlIfS, fl

sa conservation; U est sûr la terre, il y veut vivre; il veut ^u voir atteindre à sa subsî^ stance par sbn travail; il réclame des Iqis ^è poliice qui lm>en répondent ^4ÊÊk

' Ces trois .ciassei» d'hommes; font r^IRtir les nom& les plus imposâns pour la défetYse de leurs prétentions : le seigneur de^teTrè invoque, le^' droits de la propriété; le >nlarcUand y ceiix.de la liberté:;'Ie pèuplie ^ oëu^x dé

rfapimauté;or-\ i • » .::..:.:. ^ . «/.»». r- .>. ;î»

: .Les pjetvsonQes quii .vivent, qisivf ment daiis les vill^s.^ assQs indifférentes < sur <de& qùes^- -tions quijn0. Iw intéressent que dans un a^er nir éWigné, •$«• joignent! çonjMém^nt; aux ^l^nte^ d^4ilférens partis., eflmouvent .pi^esqû^ .tpvijoiir3V;.qué le oontraire de cerqù-aà fait étoit ce qu'il falloit faire.

Leii hommes qui méditent dans leur cabmet,

pleins, du louable désir d'éclairer Je inande,

jfnais trop faGilement' disposés à croire que

c'est toujours. &utè id'espr^t- qu'une àdmicHtK-

stratidn est imparfaite / jpressés de. <iéli?(rr le

nœud ;gqrdiën ,. ..établissent un principe v Le

^énéi>aliisent, le poussent à l'extrême >, «•& eh

Pendant ainsi, ion empire , ils l'affoibâsseii^:

otL le dénaturent ; souvent ils envisagent a vjçc

trop d'indifférence le soin d'y soumettre, les

qpinions et 1^ préjugés; car il estauâsiune

6 SfOK LA IiÉGISI.A.TIOJ!r

30rte de courage abstrait , qui, loin des hom-* mes, attaque et surmonte toutes les difficul** tés, par la forcé de là raison et la puissance deJMtt^rité. Plus près deux, ce courage chan<^ çèWfet Ton éprouve bijsntot l'iBsuffisance de ces armes auxquelles on avoit mis sa con- £ance.

- Aussi tandis que ^ dans la solitude , on se livre à toute la hardiesse de la théorie, les divers administrateurs de la chose publique donnent quelquefois dans» un autre excès; habitués à négocier sans cesse avec les passions ■des hommes, obligés souvent* à combattre xontre leur^|euglement et leur violence, ils ont toute la timidité de Texpérience, et s'effraient trop facilement des plaintes et deft nouveautés. ^

. C'est au milieu de ce cboe continuel d%ntéréts , de principes et d'opinions , que le législateur doit chercher la vérité. Rempli d^»n -saint effroi, à Taspect du bien qu'il peut faire et qu'il ose tenter ^ il doit s'élever par la pensée au-dessus des différens m otife qui remuent la société; il doit ia considérer dans toute son étendue , et lier dans sa bienfaisance tous ces ordres de citoyens , séparés par l'orgueil et les prétentions vaines ; il doit, surtout être le protecteur de cette multitude d'hommes qui n'ont

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