‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 126 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — L1V. III · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — L1V. III

Le pied de la navette est bas pour marquer son humilité.

Le dessus delà navette n'est pas élevé, pour témoigner qu'il n'y a point de vanité en elle. Et en cela la navette ne ressemble pas aux navires, dont la partie supérieure est élevée en l'air, pleine de voiles et de cordages qui les élèvent et les exposent au vent, au gré duquel ils marchent; ce qui signifie la vanité et l'embarras du siècle qui n'a rien de solide et de stable : à quoi l'esprit de l'Eglise n'a point de part; car elle est toujours basse, humiliée et séparée des vanités du monde.

La navette a deux moitiés en sa longueur, dont l'une demeure toujours couverte et l'autre s'ouvre dans le besoin. Cela fait voir comme l'Eglise conserve en elle mille trésors cachés, qu'elle ne produit pas toujours, et qu'elle ne découvre que par nécessité, et pour la charité du prochain. La l eauté de l'Eglise est cachée en son fond, et ne peut être découverte que par les yeux de Dieu : Omnis gloria filiœ régis ab intus. (Psal. xuv, 14.)

Le thuriféraire met la navette entre les mains du diacre, afin que le prêtre en tire l'encens, le mette dans le feu et le bénisse. Cpla représente que c'est par le moyen de la sainte Vierge que les peuples sont attirés à l'Eglise, et mis entre les mains de ses ministres, pour être consommés en Jésus- Christ selon les décrets de Dieu, dans lesquels ils étaient cachés comme les grains dans la navette, dont la bouche qui s'ouvre, signifie que les desseins de Dieu sur les peuples se découvrent à l'Eglise, quand il les veut sanctifier.

Ce sein profond de Dieu est aussi bien représenté par cette navette, d'où les peuples sortent, pour être faits hosties à la gloire de Dieu, consommées en son feu.

Et pour cela, il faut d'abord qu'ils soient mis dans l'Eglise du Nouveau Testament, qui est représenté par le diacre, lequel après tire la cuiller de la navette, et la présentant au prêtre, il la baise, et la main même du prêtre, pour signifier que l'Eglise ne peut tirer les peuples de l'état où ils sont lorsqu'ils viennent en terre enfants d'ire et de colère, que par Jésus-Christ, qui doit leur donner sa bénédiction par le moyen du baptême.

La cuiller est attachée à la navette, et y demeure toujours cachée pour témoigner que l'Eglise renferme en soi le sacrement du baptême, comme le moyen de retirer les peuples de la masse de perdition, où ils sont engagés par le péché. Cette cuiller retire du péché, relève de la terre, recueille en Jésus-Christ les peuples dispersés, et les jette dans cet abime et fournaise de feu, pour y être dévorés et consommés en Dieu par Jésus-Christ, qui est le premier consommé dans ses flammes.

Le thuriféraire pendant ce temps, après avoir ouvert l'encensoir tout ardent et enflammé, le tient par en haut de la main gauche sur sa poitrine, ayant le pouce dans l'an-

neau, qui est au chaînon du milieu qui ouvre l'encensoir : et de la droite, il tient les trois chaînons pressés, assez proche du feu, qu'il présente au prêtre en la posture d'une demi-génuflexion, avec une modestie et révérence extraordinaire. Ce qui représente les dispositions et sentiments de la très-sainte Vierge en l'œuvre de l'incarnation, et du salut des peuples, qu'elle recherchait avec une sollicitude, un souhait et une vigilance extrême.

L'encensoir signifie Jésus-Christ tout entier, tant en son humanité qu'en sa divinité, avec les trois personnes habitant en lui. Le corps de l'encensoir, qui contient les charbons ardents, représente l'humanité, dont le fond est en gloire et consommé dans le feu divin. Les trois chaînons représentent les trois personnes de la très-sainte Trinité. Celui du milieu 'représente la divinité environnée des trois personnes. Ce chaînon est celui qui ouvre et ferme l'encensoir, à cause que la divinité est celle qui dans les trois personnes est la cause de tous les mouvements de Jésus-Christ, et de toutes choses.

Les œuvres que la très-sainte Trinité produit au dehors sont inséparables, à cause que la puissance, la lumière et le mouvement, par lesquels les trois personnes agissent, c'est Dieu même, qui est unique dans les trois; qui par conséquent opère lui seul, et en qui seul toutes les trois personnes opèrent au dehors. Et au dedans, une personne opère ce qu'une autre personne n'opère point, si le Père engendre seul son Verbe, et si le Père et le Fils produisent seuls le Saint-Esprit, lequel ne produit rien au dedans, c'est, ou a cause que, dans ce premier instant d'origine, le Fils et le Saint-Esprit ne sont point encore; ou que, dans la production de ces deux divines personnes, la fécondité de l'essence divine étant épuisée, il ne reste plus rien à produire au dedans. C'est donc Dieu qui opère tout au dedans, comme au dehors, et il est seul principe de l'opérer. Dieu dans le Père engendre son Verbe par son entendement, ensuite de quoi Dieu se trouvant transmis dans le Fils par la génération, un même Dieu qui est la volonté féconde dans le Père et dans le Fils, produit le Saint-Esprit : tous deux, comme disent les théologiens, en unité de principe, c'est-à-dire, en tant qu'ils sont un Dieu fécond en volonté, produisent une même personne nommée le Saint-Esprit ; à cause que la volonté soupire, comme l'entendement exprime; et pour cela la seconde personne produite par l'entendement, s'appelle Verbe, et est l'expression de Dieu qui représente ses perfections telles qu'elles sont en lui. De sorte qu'en un mot le Verbe loue le Père infiniment, il loue Dieu dans le Père, et dit tout ce qu'il est d'un éloge infini et admirable; ainsi en lui seul Dieu trouve toute sa louange; et pour cela, lui seul peut donner paix à l'âme, et surtout à celle de Jésus-Christ, qui ne saurait se contenter en elle ni en toute l'Eglise,pour le peu de louanges qu'e.'le

OEUVRES COMPLETAS DE M. OLIElî.

rend h son Père. C'est pourquoi Dieu h dessein nous a donné son Verbe, afin qu'en lui nous puissions trouver des louanges qui fussent dignes de Dieu.

Dieu donc est le principe de toute opération, soit au dedans, soit au dehors. Il est aussi en Jésus-Christ le principe de toutes ses opérations. C'est lui qui se réconcilie le monde, et qui ouvre le cœur de ce cher Fils pour nous : Deus erat in Christo mundtim réconcilions sibi. (II Cor. V, 19) C'est lui qui lui donne l'amour qu'il a pour les hommes, et qui lui fait embrasser nos intérêts avec tant d'ardeur. Et si cela se fait en Dieu originairement par son amour, comme premier principe de tout le bien des hommes, il est encore mû à cela par les prières assidues et vigilantes de la très-sainte Vierge; il y est sollicité continuellement par ses soins et par ses demandes, qui obtiennent miséricorde aux hommes par Jésus-Christ. Ce qui est représenté par le thuriféraire, lorsque, portant l'encensoir de la main gauche, il élève avec tant de soin la bouche du chaînon du milieu, pour tenir ouvert l'encensoir tout ardent. Cela exprime la sainte Vierge disant au Père : Je vous conjure par les mérites et les amours ardents de votre Fils que je vous offre, faites miséricorde aux hommes que je mets dans les mains de l'Eglise, e( que je lui confie, sur lesquels j'ai toujours les yeux ouverts, regardant tous ceux qui ont le bien d'être mis dans l'encensoir de mon Fils, et qui y sont enfermés pour y être à jamais consommés à votre gloire. C'est pour cela qu'il faut que le thuriféraire ait toujours les yeux ouverts sur le prêtre et sur le diacre, quand ils mettent l'encens, et il doit reprendre la navette quand il faut; pour montrer que l'Eglise donne à la sainte Vierge les âmes à garder, la tenant comme la protectrice de toutes celies qui restent sur la terre, en attendant le temps de les mettre en Dieu, pour les consommer à sa gloire.

Le thuriféraire qui tient les trois chaînons pressés de la main gauche, représente l'amour avec lequel la sainte Vierge presse la sainte Trinité de recevoir les âmes de l'Eglise en Jésus-Christ, et de les consommer en lui ? Elle presse ces trois personnes de contempler l'amour ardent de Jésus-Christ, qui mérite bien d'être exaucé : Exauditus est pro sua reverentia. ( Hebr. i, 7.) Il vaut tant de sa personne, qu'il mérite que son Père fécoute, et qu'il écoute aussi tous ceux qui invoqueront la majesté de Dieu par lui. Après que l'encens a été mis par le prêtre clans le feu (ce qui représente les saints entrés en Jésus-Christ), le thuriféraire referme l'encensoir, signifiant parcelle action ce que la sainte Viergedit après leurconsommation: Je suis contente pourceux-là, et je n'en suis plus en souci, ces âmes sont consommées en Dieu, et le louent à toute éternité.

Après, le thuriféraire donne l'encensoir au diacre, qui représente l'Eglise; afin que le diacre le donne au prêtre qui encense l'autel,

et auparavant le Saint des saints. Cela signifie que la sainte Vierge donne son Fils à l'Eglise pour remercier Dieu par lui de la grâce d'avoir reçu des enfants, etdeles avoir daigné consommer en lui. Et de plus, elle donne cet encensoir au diacre, pour dire à l'Eglise qu'elle s'unisse à Jésus-Christ et à ses louanges, et aussi à toutes les louanges de ses frères, qui vont louer Dieu, et se consommer en louange à toute éternité.

Ensuite de quoi le diacre prend en main l'encensoir pour le don ner au prêtre; la sainte Eglise témoignant parla qu'elle ne se sent pas digne de présenter à Dieu ses enfants, ni les prières de Jésus-Christ ; mais elle les donne au prêtre, c'est-à-dire à Notre-Seigneur, pour louer Dieu lui-même, lit le prêtre, qui exprime là le Verbe, prend l'encensoir pour présenter à Dieu les prières et les louanges de l'humanité sainte de Jésus-

Le prêtre, d'abord qu'il a pris l'encensoir en main, fait la génuflexion, et s'humilie devant Dieu parce que le Verbe ne peut s'humilierdevant son Père s'il n'est fait homme. Et comme il ne peut louer son Père par des louanges de religion, que par l'humanité, de là vient que le prêtre, représentant le Verbe, prend en main l'encensoir, qui représente l'humanité, remplie du parfum des louanges de tous les saints du ciel, pour en honorer Dieu.

Et parce que l'Eglise doit s'unir à Jésus- Christ, comme chef en ses louanges et en tous les autres devoirs qu'il rend à Dieu son Père : Christus caput est Ecctesiie (Eph. v, 23); pour cela le diacre baise le chapiteau de l'encensoir, en s'unissant par là à Jésus-Christ, comme chef. Et comme il faut aussi s'unir aux louanges du Verbe, qui offre les prières de l:humanité sainte, laquelle ne se peut offrir elle-même sans lui, non plus que l'encensoir sans le prêtre; de là vient que le diacre baise la main du prêtre, après avoir baisé lechapiteaude l'encensoir ; disant par là que l'Eglise s'unit ellemême aux prières du Verbe, et aux louanges qu'il rend à Dieu en Jésus-Christ. Le chapiteau de l'encensoir en la main du prêtre, exprime la divinité qui est le chef de Jésus-Christ: Caput Chrisli Deus. (ICor. xi, 3.) Le chef de Jésus-Christ est Dieu subsistant en trois personnes, et toutes trois inséparables, qui s'accompagnent en tout et partout. C'est pourquoi les trois chaînons, qui représentent les trois personnes soutiennent le corps de l'encensoir : de même les trois personnes soutiennent en leur manière, et environnent l'humanité de Jésus- Christ.

Le prêtre, qui donne le oranle et le mouvement à l'encensoir, représente le Verbe donnant la vie, la subsistance et le mouvement à l'humanité. Et l'encensoir aussi qui donne de l'encens à Dieu, rend le prêtre encensant et priant; car sans lui le prêtre n'aurait pas de quoi encenser. Cela représente Je Verbe, qui est rendu priant par l'humanité sainte, lequel n'aurait point de

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