CHAPITRE III
De V «Introït.»
Après les encensements qui expliquent a leur façon les louanges de Dieu, on commence l'Introït et les prières de l'ancienne loi : car l'Introït est presque toujours tiré de l'Ancien Testament; et l'on exprime par ces paroles ce que l'on avait exprimé auparavant par les encensements, par lesquels on avait attiré h Dieu les yeux et le flairer de l'utne, comme on y attire maintenant les oreilles, récitant ses louanges à haute voix. Et pour cela tout le peuple chante en la personne du clergé, qui exprime toute l'Eglise ramassée en lui.
En commençant l'Introït, le prêtre fait le signe de la croix sans dire : In nomme Patris, et Filii, et Spiritus sancti, pour marquer que tout ce qui s'est fait en l'ancienne loi, a été la gloire de la très-sainte Trinité en vertu de Jésus-Christ, qu'elle ne connaissait pas clairement et distinctement, mais seulement avecconfusion elebscurité. C'est pourquoi elle fait seulement par geste le signe de la croix, sans exprimer par paroles les trois personnes adorables.
Onentonnedes paroles tirées de l'ancienne Loi, qui signifient quelquefois les dispositions de Dieu, pendant ce temps-là. Par exemple en cet Introït : Ego cogilo cogilutiones pacis, et non afflictionis (Jer. xxix, 11), l'Eglise est ravie de ces dispositions de Dieu, qui souhaite la paix, aux hommes, et qui médite le moyen de notre réconciliation en son Fils. Et partant le chœur entonne hautement et d'une allégresse publique ce beau motet : Ego cogito, etc. : Je pense des pensées de paix.
Après avoir exprimé les sentiments de Dieu, on exprime ceux de la Synagogue qui suivent immédiatement; comme sont les sentiments de confiance que l'Eglise exprime, ensuite des témoignages d'amour que Dieu lui a rendus; mais avec cette différence que, ne se contentant pas de chanter ceux-ci
une fois, elle les répète une seconde ; ce qu'elle ne fait pasdes prièresde la Synagogue, tirées de David, à cau.se que les sentiments et dispositions de Dieu se doivent peser avec, plus de respect que les sentiments de tous les hommes ensemble pour purs qu'ils puissent être, ayanttoujours diminué de la pureté et de la sainteté de l'esprit en leur mélange.
De plus, on chante la première partie de l'Introït par deux fois, dont la première déclare les pensées de Dieu et ses promesses, et la seconde témoigne qu'elles sont accomplies, et qu'on lui en rend actions de grâces.
Et pour les louanges ou prières tirées de David qui expriment les devoirs et la religion des hommes envers Dieu, elles ne se récitent qu'une fois, à cause que ses prières se doivent continuer dans l'Eglise, et ne doivent jamais être interrompues. Et la nouvelle loi, aussi bien que l'ancienne, se doit servir de ces prières, autrefois inspirées par l'esprit de Jésus-Christ qui anime l'Eglise ; parce que l'esprit de Dieu en ce temps-là, qui devait être un jour l'esprit de Jésus- Christ, quand il serait conçu sur la terre, se répandait par avance en David, et lui faisait dire ce qui devait être continué dans tout le monde. Lt comme il était figure de Jésus- Christ, et même un Jésus-Christ vivant sur la terre en la vertu de son esprit, il exprimait déjà les sentiments du Fil« de Dieu en son Eglise, et Notre-Seigneur commençait par avance à exprimer en lui ce qu'il continue en nous.
Et afin que toute l'Eglise fût pleine ae Jésus-Christ, et que tout ensemble elle ne fût qu'un Jésus Christ, il mettait dans la bouche de ce Prophète ce qu'il devait dire un jour lui-même sur la terre, comme on l'a vu à sa mort, où il a prononcé les psaumes que David prononçait en son affliction, récitant : In manus tuas commendo spiritum meum. (Psal. xxx, 6; Luc. xxiu, 26.) Et: Dcus meus, Deus meus utquid dereliquisti me? (Psal. xxi, 2; Mutth. xxvu, 46; Marc. xv, 34.) Comme encore le Dixit Vominus Domino meo(Psal. cix, 1) ; qu'il exprimait de bouche sur la terre, comme un jour son Père devait le réciter dans le ciel, où l'on entend insensiblement les paroles de congratulation, conjouissance, ressentiment et gratification, dont le Père éternel devait user à l'entrée de son Fils dans le ciel, au jour de son ascension. Si bien qu'en l'une et l'autre loi on ne voit que Jésus-Christ, on n'entend parler que Jésus-Christ, et on n'est redevable qu'à Jésus-Christ de toutes les louanges, de tout l'honneur et de tous les hommagesqu'on rend maintenant à Dieu, qu'on lui a rendus et qu'on lui rendra à jamais sur la terre et dans le ciel.
Et pour exprimer cela et marquer l'union de l'un et de l'autre Testament en Jésus- Christ, immédiatement après ce psaume, on récite : Gloria Pairi, et Filio, etc, pour joindre la prière du Nouveau Testament à ce!!e de l'Ancien, et pour ajouter aussi à l'Ancien le bonheur qu'il ne connaissait pas; savoir
l'expression du mystère de la très-sainte Trinité qui lui manquait ; car il n'en connaissait rien que confusément et en la foi de Jésus-Christ, qui devait un jour révéler ce qui était alors couvert.
C'est pourquoi quand on dit : Gloria Patri, et Fitio, et Spiritui saneto, le prêtre se tourne vers la croix ou vers le très-saint Sacrement, lorsqu'il est sur l'autel pour dire: C'est à vous, mon Seigneur Jésus-Christ, caché sous notre sacrement dans ce tabernacle , ou bien à vous qui êtes représenté sur cette croix (car il faut qu'il y ait toujours un crucitix sur l'autel), que nous sommes redevables de la connaissance de ce divin et adorable mystère de la très-sainte Trinité, à laquelle nous rendons ces hommages et ces louanges expresses, dont toute l'ancienne loi était privée, qui ne rendait aucun devoir qu'en votre esprit caché au plus profond du cœur de vos prophètes, auxquels vous révéliez cette sublime vérité. Et l'Eglise, dans l'Office divin pour le même dessein, récite le Gloria Patri à la lin de tous les psaumes de David et de tous les cantiques, excepté au Brnedicite, à cause qu'on a ajouté en la méthode du cantique, qui n'est qu'une image des louanges que l'Eglise rend h Dieu : Benedicamus Patrem et Fitium,cu>n saticto Spiritu, Louons le Père, le Fils et le Saint-Esprit, représentés par les trois enfants dans la fournaise en unité de l'esprit, qui parut au milieu d'eux comme images de 1 Eglise.
Lorsqu'on dit le Gloria, on s'incline profondément à l'extérieur et on s'humilie de cœur devant la majesté de Dieu, protestant par cette action d'anéantissement, que toute créature doit rendre hommage à à cette grandeur sublime, et se réputer indigne de paraître devant elle. Par ce verset de notre office, quieitoHio.edu Nouveau Testament, nous tirons des mains de la Synagogue, et nous nous approprions ce qu'elle possédait uniquement depuis la venue de Notre-Scigneur, par le mauvais usage qu'elle en faisait; car par cette sainte conclusion : Gloria Patri, gloire soit à Dieu en lui-même, comme tous les psaumes le marquent, mais subsistant en trois personnes, comme nous l'ajoutons, nous marquons ces psaumes de notre sceau et les rendons nôtres.y ajoutant tout ce qui y manquait, que Jésus-Christ n'avait point encore découvert, et qu'il attendait à révéler à la lin de la loi. C'est pourquoi nous disons : Gloria Patri à la fin des psaumes, et non pus au commencement.
Si aux Laudes on ne dit point Gloria à la fin de deux psaumes, c'est parce que l'on en fait un de trois, lesquels ensemble expriment une même chose, et rapportent les louanges et dispositions des saints qui ne sont point interrompues, et ne sont qu'une louange à Dieu et à la ti ès-sainte Trinité. Ce qui ne se fait pas sans raison en cette partie qui s'appelle Landes, c'est-à-dire louanges à Dieu, où l'Eglise, particulièrement au jour du dimanche , honore la résurrection de notre
Sauveur, et la société qu'il a avec les bienheureux, pour louer Dieu éternellement. Si bien qu'elle y mêle les cantiques des louanges des saints : Laudate Dominum in sanclis ejus, laudate eutn in firmamento virtutis ejus. (Psal. cl, 1.) Hymnus omnibus sanctis ejus filiis Israël populo uppropinquanti sibi. (Psal. cxlviii, ti.) L'on voit eu tous ces psaumes la description des saints et leurs dispositions dans la gloire : Esaltationes Dci in gutture eorum (Psal. exux, 6) : Les louanges de Dieu dans leur bouche. Et parce qu'il faut s'unir en terre aux louanges des bienheureux, on dit tous les jours à Laudes ces cantiques du dimanche , dédiés à la louange de Dieu en Jésus-Christ ressuscité. D'où vient que ce jour-là se récite le Dominus regnavit décorent indutus est, indutus est Dominus fortiludinem, et prœcinxit se (Psal. x.cu, i ) : Le Seigneur a régné, il s'est revêtu de beauté, accompagné de force et de vertu en sa résurrection : Cruci fucus est in inftrmilate, sed vivit exvirtute Dei. (11 Cor. xm, 1.)
Après on dit le psaume Jubilate (Psal.
xcix, 1), qui exprime les sentiments de joie des Chrétiens en ce jour.
On ajoute : Deus, Ueus meus, ad te de luce vigilo. ititicil in te anima mea, quam mullipliciter tibi caro mea (Psal. lx.ii, 1), où l'on voit les souhaits de Jésus-Christ soupirant après la résurrection, et la désirant plus pour son corps que pour sou âme, qui était en partie bien heureuse, et son corps était affligé de toutes parts et plein d'amertume et de confusion.
Le Benedicile est le cantique des bienheureux consommés dans la gloire et dans le feu divin, qui chantent les louanges de Dieu tout d'une voix et d'un même esprit, représenté par cet ange qui se trouva au milieu des enfants: Uno orebenedicebant Deum. (Dan. ni, 51.)
Lorsque nous chantons le Gloria en l'Office, on s'incline devant la sainte Trinité en union à Jésus-Christ Notre- Seigneur qui s'est donné à nous, et que nous ne regardions point de loin, comme le prêtre fait au coin de l'autel, quand il se tourne vers le crucifix, parce qu'alors il représente l'Ancien Testament, qui regardait de loin Noire- Seigneur, et ne le pouvait voir qu'en ligure, et caché sous les voiles du tabernacle.