LETTRE LXXXV
Qu'on ne doit point travailler dans un diocèse sans l'appel et la bénédiction de l'évêque.
Je n'ai point encore eu le bien de voir la personne qui m'apporte les ordres de son Altesse Royale, pour lui aller rendre mes devoirs et "pour recevoir ses commandements, afin de travailler à une œuvre importante à la gloire de Dieu. C'est assez que je connaisse les désirs qu'il a de faire honorer Jésus-Christ et servir son Eglise. Je vous prie de l'assurer que, quoique je me sente très-indigne de cet honneur et de cette grâce, je ne laisserai pas de m'abandonner à ses desseins, dans la confiance que c'est Notre- Seigneur qui m'appelle par lui, et que son Esprit veut que je le serve. Il y a bien longtemps, comme vous savez, que je désire de le servir, et d'aider aux desseins que Dieu a de l'avancer dans son royaume, où le moindre rang vaut mieux que toutes les royautés et tous les empires de la terre.
Faites-moi donc la grâce, en lui témoignant mes soumissions et mes reconnaissances, de l'assurer qu'aussitôt que ma santé me pourra permettre de me rendre auprès de lui, je ne manquerai pas de partir de Paris. En attendant, pour faire les choses dans l'ordre de Notre-Seigneur et de l'Eglise, par qui toute bénédiction descend à nous, il serait utile et même nécessaire que Son Altesse Royale voulût parler à M. D... C..., ou au moins qu'il lui écrivît pour lui ouvrir son dessein et sa pensée. Car nous ne pouvons ni ne devons espérer de rien faire, s'il ne l'approuve et ne nous commet pour cela. Vous savez qu'un évêque dans son diocèse est comme un père dans sa famille, un chef dans un corps, un supérieur en sa maison, et que c'est à lui à donner les ordres, à mouvoir tous les membres, et à commandpr à ses enfants ce qu'il lui plaît.
pour moi qui suis un serviteur étranger, et qui n'ai pas l'honneur d'être son domestique, je ne puis m'ingérer de faire aucunes fonctions, qu'il ne me fasse l'honneur de m'appeler pour aidera son œuvre, tout misérable que je suis. 11 est vrai qu'obéissant à Son Altesse, à laquelle je dois tout, je puis épargner la peine à cet illustre prélat, dont j'ai l'honneur d'être connu , de m'appeler de loin; car je pourrais en même temps me rendre sur les lieux, et étant présenté par Son Altesse, recevoir les commandements et les ordres avec la bénédiction et la grâce de M. D... C... pour faire ce qu'il voudrait. Je ne sais rien hors la science du prélat, et j'espère que sa présence nous donnerait pour cela la .bénédiction nécessaire. Cela pourra même servir à faire quelque chose de plus; car, comme je sais que depuis longtemps on désire fort un séminaire, qui est d'une merveilleuse conséquence à cause de l'étendue du diocèse, cela peut-être y pourrait contribuer: car on manque de revenu pour l'entreprendre, et cependant, pour bien faire un séminaire, il faudrait qu'il fût en état de soulager les pauvres piètres et d'y entretenir des clercs, qui, n'ayant pas de quoi se faire instruire hors de chez eux, demeurent ignorants et grossiers en toutes les lonctions de l'Eglise. Or, je puis aider à ce dessein, car j'ai encore quelque reste du débris de deux bénéfices, que je consacrerai très-volontiers pour ce saint œuvre. Je ne crois pas pouvoir mieux employer ce bien qu'à cette charité qui va à soulager les âmes, à sanctifier les peuples, et à honorer en particulier cette sainte Eglise de Notre-Dame, à laquelle je dois tout, et à laquelle je serai ravi de sacrifier ma vie, bien loin de ne lui pas donner tout ce que je puis jamais avoir au monde. Enfin je trouverais en cela le moyen d'accomplir mes désirs, qui sont de me voir pauvre, pour mourir nu comme Notre-Seigneur sur la croix. C'est à quoi j'aspire de tout mon cœur, et ce qui lait que je ne cesse de gémir jour et nuit. Si Son Altesse voulait témoigner du zèle pour les séminaires, vous ne sauriez croire combien cela serait utile et
855 ŒUVRES COMPLfc'l
nvancerail la religion et la cléricature. Je veux être un pauvre petit instrument et serviteur, pour aider à son zèle et contribuer aux vues qu'il aura d'honorer et de glorifier Dieu. 11 ne saurait rien faire de plus grand pour l'Eglise, que d'aider et de concourir à faire de bons prêtres.