AUTRE EXERCICE POUR LA PRIERE DU MATIN
En l'honneur de la très-sainte Trinité'.
Je vous adore, Père éternel, et je vous loue en votre Verbe qui est votre louange; je vous aime, Père et Fils, en votre Esprit qui est tout votre amour.
Père éternel, ma foi révère en son obscurité votre lumière inaccessible.
Verbe divin, mon espérance publie l'immensité de votre miséricorde.
Esprit divin, mon cœur vous reconnaît comme la source inépuisable du pur amour.
Père éternel, soyez notre Père en votre Fils.
Fils de Dieu, réconciliez-nous à votre Père, en votre Esprit, pour être ses vrais enfants d'adoption, et pour rendre en cette qualité un hommage perpétuel à votre filiation éternelle.
Fils de Dieu, notre tout, que nous soyons vos membres vivants en votre direction!
que nous soyons vos frères, et que nous ayons la gloire de posséder éternellement un même Père avec vousl
Esprit divin, soyez notre âme, notre vie, notre joie; soyez le sanctificateur du temple de notre cœur, qui ne veut jamais cesser d'adorer, de louer, d'aimer, de servir Dieu le Père, et de sacrifier à sa gloire par son Fils, Jésus-Christ, en votre propre vertu, ô mon divin Esprit 1
(210) In simililudinem (amis peccati. ( Rom. vin, 3.)
AUTRE EXERCICE POUR LA PnlÈRE DU MATIN
Avertissement. — Le Chrétien est un enfant d'Adam en son extérieur, mais en son intérieur il est enfant de Dieu, et par conséquent l'homme intérieur en nous doit incessamment dire, comme disait le Fils de Dieu environné de son corps : Quomodo coactor : Je gémis dans la contrainte où je me trouve dans cette chair d'Adam et de péché.
Le Chrétien proprement est Jésus-Christ habitant en l'homme, Chrislum habitareperfi 'demincordibusvestris.(Ephes.m, 17.) Il n'est plus habitant dans une chair en ressemblance de péché (210); mais vivant en nous, ilestuans une chair de péché, dans une chair qui ne respire que le péché et qui n'est pétrie que du désir du péché : il vit par conséquent en nous avec horreur et condamnation perpétuelle de nous-mêmes; il y est en confusion et gémissement continuel sous cette chair de péché.
Or l'âme qui est en union intime avec Jésus-Christ, doit être dans ses mêmes sentiments et dispositions : Hoc sentite in vqbis quodet in Christo Jesu. (Philip, n, 5.) Elle doit avoir des sentiments et dispositions de pénitence, d'horreur et de condamnation d'elle-même.
Ainsi, une des premières obligations du Chrétien, le matin, est de paraître devant Dieu en cet esprit de pénitence, non-seulement confus des fautes actuelles qu'il peut avoir commises la nuit, mais encore honteux et gémissant de se voir assiégé et revêtu de cette chair de péché, ennemie de Dieu et contraire à tous les sentiments de son esprit de sainteté.
II n'y a point de marque plus assurée du véritable esprit de sainteté que d'être en gémissement pour tout ce que nous sommes, et en confusion, mépris et horreur de nousmêmes.
11 n'y a point de voie plus assurée, pour vivre en pureté toute notre vie, que d'avoir toujours présente en notre esprit la lumière qui nous fait voir à tous moments les désirs de la chair avec éloignement et séparation d'elle-même. C'est ce flambeau que Dieu nous tient allumé dans l'obscurité de la nuit où nous vivons pendant la foi.
Quand nous n'avons pas au fond de l'âme cette lumière qui nous donne la vue de notre chair remplie de péché, avec une aversion intérieure de tout nous-mêmes comme enfants d'Adam, nous nedevons pas beaucoup nous fier à l'esprit qui nous conduit; ce ne sera pour lors qu'un esprit de mollesse et de fainéantise, un esprit de paresse, d'amour-propre et de complaisance. Tout esprit véritable est celui qui nous tient toujours dans l'éloignement et dans la méfiance de nous-mêmes, en nous donnant appréhension de notre chair qui nous tire au péché (211).
(211) Cum vie tu et tremore testram salutem operemini. [Philip, il, 12.)
Cette crainte est pourtant suave, à cause qu'elle se forme en l'établissement d'un esprit de paix et de grâce, qui nous tient en garde contre la chair, et qui opère en nous une vigilance perpétuelle sur nous-mêmes, pour empêcher que nous adhérions à nos inclinations naturelles; \ iyilate [Matth. xxvi, 41), Veillez, dit le Fils de Dieu, sur vous, et orale, et [iriez, quand vous vous trouverez faibles dans le combat de voire chair, ajant besoin d'un secours extraordinaire dans la violence de la tentation. CYst une marque certaine de l'esprit de Dieu en nous que
OLIEH.
cette divine vigilance. C'est pourquoi, dans le cantique qui est la description de la vie intérieure, il est parlé de certaines g;irdes qui veillent sur les remparts. Or la garde doit être armée et doit avoir son épée au coté; ce qui marque encore un etlet du boti esprit; savoir la division que ce même esprit veillant doit opérer en nous : Non veni pacem mittere, sed gladium. (Matth. x, 34.) Je suis venu, dit Jésus-Chrisl, pour mettre la division entre la chair et l'esprit : Sermo l)ei penetrabiiiur omni gladio ancipiti, et perlinyens usque ad divisioncm anima; ac spiritus. (Hebr.iv, 12.) L'Esprit-Saint, qui veille incessamment, doit regarder les ennemis qui environnent l'extérieur, et doit les repousser à tous moments; ces ennemis sont continuels ; la chair désire sans cesse contre l'esprit, et l'esprit doit la condamner et la séparer de lui-même.
Celte conduite de vigilance et de séparalion continuelle en nous, est encore sans contrainte et sans effort, d'autant qu'elle se fait par la présence du véritable Esprit de lumière et de sainteté, qui est toujours accompagné de paix, et qui opère toujours deux choses : l'une est la vue de l'impureté qui est dans l'être d'Adam, et l'autre est la retraite et l'éloignement de cette impureté, laquelle fait frémir l'Esprit-Saint qui aime les âmes vraiment chrétiennes. Et d'autant que pour être Chrétien, ce n'est pas assez d'être séparé de soi, il faut être en Jésus- Christ, il faut être uni à lui intérieurement; et, comme dit saint Paul, il ne faut pas monter aux cieux pour le chercher; mais le Verbe est auprès de vous, il est en vous, et y est établi par le baptême, pour prendre la place d'Adam, pour être l'homme universel, et le nouvel Adam, agissant en tous ses enfants; il faut donc être uni à lui pour agir, pour parler et pour penser en lui-même; en un mot, il faut être vivant et animé de lui; ce que saint Paul nous enseigne dans toutes ses Epîtres, disant aux premiers Chrétiens : Dites cela, faites cela en Jésus-Christ. 11 nous apprend par là qu'il faut se retirer eu Jésus-Christ, enqui notre vie est cachée, vituveslra est abscundiia cum Chrislo in Dca. (Coloss. in, 3.) C'est en lui qu'on trouve sa lumière, sa force, son mouvement pour opérer en la vie de Dieu, et non plus en celle d'Adam, que nous devons avoir eu horreur et eu condam nation.
Ensuite de quoi le même apôtre dit qu'il faut tenir ce vieil homme crucifié en tout,
pour ne lui laisser aucune liberté d'opérer en sa vie, qui n'est que vie de péché.
L'Esprit intérieur de Jésus-Christ se veut servir, pour Dieu, des membres d'Adam, qui lui ont été consacrés par les saintes onctions du baptême, afin que nos corps moins profanes, puissent être employés au service de Dieu par le ministère de l'esprit, et non par le principe de la convoitise et des désirs propres, qui font la vie d'Adam très-vicieuse et pleine de péché. Comme vos membres, dit ce saint apôtre, ont servi à l'injustice, c'està-dire à Adam, qu'ils servent maintenant à la justice, c'est-à-dire au saint Esprit de Jésus-Christ, qui nous fait un nouvel homme, marchant en vérité et en justice, non plus en mensonge et en iniquité, quicunque spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei. (Rom. vin, 6.) Cet Esprit-Saint nous doit mouvoir en tout, et user de nous pour la gloire de Dieu.
Toutes ces paroles de l'Apôtre servent à expliquer ces mots du Fils de Dieu : Si quit vult posl me venir e, abneget semetipsum. tollat crucem suam, et sequatur me. (Matth. xvi, 24.) « Celui qui veut être mon disciple, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. »