SECOND JOUR
Du bienfait de la création et de la conservation. Première partie. — Préparation.
1° Mettez-vous en la présence de Dieu ; et puisqu'il est proche particulièrement de ceux qui l'invoquent : Prope est Dominus invocanlibus eum{Pscl. cxLiv, 18), tenez-vous dans un profond respect devant son adorable majesté.
2° Renoncez à vos péchés et à vous-même pour vous unir à Notre-Seigneur et pour paraître en sa personne et en son nom devant son Père.
3° Renoncez en particulier à votre propre esprit et à vos lumières, et demandez l'assistance du Saint- Esprit afin qu'il vous conduise en l'oraison. Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Dieu particulièrement aujourd'hui comme votre Créateur, et rendez-lui les mêmes devoirs en celte qualité que Jésus-Christ rendait pendant sa vie pour l'être qu'il en avait reçu dans son humanité. H voyait clairement, que quoiqu'elle fût choisie pour être dépositaire de tons ses biens, ayant néanmoins été tirée du néant par un effet spécial de sa bonté, il n'était rien dans son fond, non plus que le reste des hommes. Ainsi dans la vue claire de son néant, comme créature, il était perpétuellement anéanti devantson adorable majesté; il lui offrait continuellement s)nêtre et sa vie pour être sacrifiés à sa gloire ; il était toujours renipU d'élonnemcnt pour tant de grâces, et de reconnaissance pour tant de bienfaits; et il était abîmé sans cesse dans les louanges de son Père, et dans un amour très-ardent pour celui qui l'avait tant aimé de toute éternité, et qui lui avait préparé ces grands dons, sans qu'il lui eût rendu et même sans qu'il eût été capable de lui rendre aucun service. Quid rétribuant Domino pro ommbut quœ retribuit mihi? (Psal. cxv, 12.)
Unissez-vous de cœur à tous les devoirs que Notre-Seigneur rend à Dieu son Père; dans cette vue, il les lui offre etpour lui et pour vous; unissez-vous donc à son esprit pour les lui offrir en même temps, car ce sont les mêmes que vous lui devez comme à votre Créateur. Ainsi le considérant comme vous ayant aussi, par sa main toute-puissante, tiré du néant, et donné l'être que vous avez : Scitote quoniam Dominus ipse est Deus ; ipse fecit nos, et non ipsi nos {Psal. xcix, 5) : adorez-le, louez-le, bénissez-le, remerciez-le, aimez-le avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ son Fils, en qui et par qui il vous a créé par sa bonté, en qui et par qui vous le devez reconnaître par justice : Ipsius enim sumus factura, creali in Christo Jesu.... {Ephes. ii, 10.1 Omuia per ipsum facta sunt... {Joan. i, 3.) Abundantes in Clirislo in (jratiarum actione.... {Coloss. ii, 7.) Cratias ayentes Dco et Patri per ipsum. {Coloss. m, 17.)
Deuxième point. Communion. — Examinez l'étendue des obligations- que vous avez à Dieu pour le bienfait delà création, et combien vous êtes obligé de le reconnaître. Voici trois considérations importantes qui méritent bien d'être pesées sur ce sujet.
Première considération, tirée de l'être qu'il vous a donné. — En vous créant, il vous a tiré du néant; sa toute-puissance, sollicitée par sa bonté, vous a été «nercher dans ces profonds abîmes du rien, où vous étiez plongé de toute éternité, et vous a choisi par- Pîi un nombre infini de créatures possibles, pour vous donner l'être que vous avez. Ejjml ut essemus. E terrœ visceribus alimenta eduxit, in tninisterium dedit omuigenum pecus. Propter nos imbres, sol, montana csmpestrisque regio pulchre exculta :propler nos unmes fluunt , promanant fontiumscatebrœ ; mare ad nefiotiandum naves admittit ; e fundis cgredinntur opes, etc. (S. B\sil., Hom.) Qn'aviez-vous fait à Dieu pour, mériter celle faveur? Il n'avait que faire de vous ; car comme il possède en soi la plénitude de l'être et de toutes ses grandeurs éternelles, il est très-sulïisant à soi-même, il ne mendie et ne reçoit rien de dehors, et n'a besoin d'aucune créature : Dixi Domino : Deus meus es lu, quoniam bonorum meorum noneges. {Psal. xv, 2.) Si donc il a créé ce ^rand monde, s'il a créé tant d'êtres différents, s'il •vous a créé en particulier, et vous a rendu participant de son être, avouez que c'est sans indigence et sans nécessité, mais par le seul motif de sa bonté, et par une profusion très-grande de sa miséricorde.
Pesez bien cette première considération, elle vous fera reconnaître trois raisons qui vous obligent à remercier Dieu plus fidèlement ([ue vous n'avez fait jusqu'à préseat pour celte première grâce : 1° de ce ^ue, parmi tant de créatures possibles, qui étaient ave^ vous dans le néant, et qui auraient été plus fidèles que vous à faire usage du bienfait que Dieu leur aurait accordé de les en avoir tirées, il vous a néanmoins préféré à tant d'autres, et vous a choisi i)our vous donner l'être que vous ne méritez pas ;
2° de ce que cet être, qu'il vous a donné, est l'être le plus noble qui soit en ce monde et infiniment élevé au-dessus de tous les autres ; c'est l'être raisonnable ; rien qui en approche parmi les créatures ; c'est sans contredit le plus excellent, et le premier être de ce monde visible. Faciamus hominem ad imaginem et simililudinem nostram. {Gen, i, 26.) — Opns magnificum est liomo... Magnum est, ohomo, quod tibi dédit Deus... Cognosce te ipsum, o homo, cognosce te, 0 anima ; quia non de terra, non de lulo es, quia insufflavit in te Deus et fecit te in animam vivcntetn. (S. Ambr., in Psal.)
Deuxième considération tirée de la fin de la création. — Considérez que non-seulement Dieu vous a tiré du néant pour vous donner un être si parfait, mais il vous Ta donné pour la fin la plus noble qui puisse être jamais ; car ayant créé tout le monde pour vous, il vous a créé pour lui seul. Ainsi luimême s'établit votre fin : n'est-ce pas là la marque d'une grande bonté? ne pouvait-il pas vous créer pour le service des anges, ou de quelque autre créature? Cependant il vous crée pour lui, c'est-à-dire pour sa gloire : In gloriam meam creavi eum (Isa. xLiii, 7), pour le connaître, l'aimer, le servir, pour vous unir à lui. Pour lui seul, c'est à-dire qu'il veut vous avoir tout seul : il vous aime trop pour vous partager av^c un autre ; mais prenez garde aussi de ne vous point partager vous-même. Fecisti nos. Domine, ad te, et irrequietum est cor nostrum donec requiescul in te. (S. AuG.,lib. i Confess., c. 1.) Pour une éternité, c'esl-à-dire qu'il veut que votre être, qui n'est qu'un être emprunté et une communication de ce premier être, se réunisse enfin à sa première source, et que vous retourniez à lui pour y être parfaitement uni pour toujours. Approfondissez bien ces trois réflexions, car elles sont importantes pour vous faire connaître l'étendue des obligations que vou» avez à Dieu en vertu de la création.
Troisième considération tirée de la conservation. — Considérez que, pour acquérir cette fin si excellente, Dieu, à chaque moment, conserve l'être qu'il vous a donné en votre première création, et emploie et conserve aussi une infinité d'autres créatures qui vous doivent servir de moyen pour y arriver ; de sorte qu'à chaque moment que Dieu vous conserve, comme la conservation n'est rien autre chose qu'une création continuée ; il faut qu'il emploie cette même toute-puissance qui vous a retiré du néant, pour vous empêcher d'y retomber.Ainsi, à cha(|ue moment, vous entrez dans une nouvelle obligation de reconnaître la bonté infinie de Dieu sur vous, qui est d'autant plus grande que présentement il vous conserve l'être, après que vous avez mérité mille fois (l'en être privé par vos péchés : Misericordiw Domini, quia non sumus consumpti, quia non defeccrunl misnationes ejus. {Thrcn. m, 22.) Après que vous l'avez mille fois profané, et que vous vous en êtes servi contre lui, il vous donne dans le temi»s même que vous l'offcubez. En vérité y eut-il jamais bo»"^
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — SECOND JOUR
pareille à celle que Dieu vous témoigne en celte rencontre ?
Mais, en vérité, y eut-il jamais ingratitude pareille à la vôtre d'avoir eu juscpfa présent si peu de reconnaissance de ce bienfait. Car enfin presque toute votre vie ne s'est-elle pas écoulée sans y penser, et après tout, quel usage avez-vous fait de votre être, de vos facultés, de votre esprit et de votre corps que Pieu ne vous avait donnés que pour sa gloire et son service, et qu'il ne vous a conservés que pour ce dessein ? et vous n'avez rien moins fait que cela, vous les avez employés, et les employez encore tous les jours à mille sottises, mille vanités, mille amusements ; mais, qui pis est, \ous les avez souillés par mille excès, mille dérèglements, mille désordres ; vous en avez cherché de la louange et de l'estime ; vous en avez fait le sujet de votre propre gloire. Homo, ctim in honore esset, non intellexit ; compara- (us est jumenlis insipientibus, et similis facttis est illis. {Psal. XLViii, 13.) Erubesce animam divinam in pecorinam commutasse similitudinem, erubesce volutari in cœno quœ de cœlo es. (S. Bern., in Cant.) Demandez à Notre-Seigneur la grâce d'en faire un neilleur usage à l'avenir, et de vous rendre plus reconnaissant de ce grand bienfait de la création et de la conservation.
Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de faire dorénavant un plus saint usage de votre être et de toutes vos facultés, soit de votre esprit, soit de votre corps ; et, puisqu'elles ne vous sont toutes données que pour Dieu, tâchez de ne les employer que pour lui. Yanitas vanilatum, et omnia vanitas, vrœter amare Deum, et illi sali servire (Imit. Christi, .ib. I, cap. 1) ; et surtout ne soyez pas si misérable que de les employer jamais pour offenser votre bienfaiteur, car c'est la plus noire de toutes les ingratitudes : Hœccine reddis Domino, popule stulte et insipiens? nunquid non ipse est Pater tuus, qui possedit te, et fecit, et creavit te? (Deut. :;xxn, 6.)
2° Ne laissez passer aucun moment de votre vie, au moins autant que vous pourrez, sans employer tout votre être pour le service de celui qui vous l'a si libéralement donné ; car à chaque moment vous lui êtes redevable de tout ce que vous êtes : si vous en laissez écouler un seul sans vous acquitter de ce devoir, vous ne pourrez plus jamais y satisfaire, puisque dans le moment suivant, tout ce que vous pourrez faire, ce sera de vous acquitter de ce que vous lui devrez pour ce même moment.
3" Quand il vous viendra quelque tentation de |>éché, songez que si vous étiez au haut d'une tour, et qu'une personne vous tînt suspendu avec une ficelle, vous n'auriez garde de l'outrager : considérez souvent que vous dépendez de la volonté de Dieu conune d'un petit filet, et que, s'il vous laissait un seul moment, vous retourneriez aussitôt dans les abîmes d'où il vous a retiré ; résolvez-vous donc de n'être jamais si téméraire que de 1 offenser.
OEUVRES COMPL. DE M. TrONSON. I.
TnoisifeME PARTIE. — Conclusion.
1° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites en l'oraison.
2° Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez commises.
3" Mettez-vous entre les bras de la sainte "Vierge.
Bouquet spirituel. — Sicut nulla Iwra est nec mo~ mcntum in omni vita mea, qiio tuo bénéficia non tttar : sic nullum débet esse momentiim, quo le non habeam ante oculos in mea memoria, et te non diliyam ex omni fortitudine mea. (S. Auc, Soliloq., c. 18.)
Du bienfait de la rédemption et de ta justification. Première partie. — Préparation.
1° Adorez Dieu présent.
2° Renoncez à vos péchés et à vous-même, et vous donnant au Fils, priez le Père avec saint Augustin que : Attcndat in Filio quo propitietur servo.
à" Abandonnez-vous à son esprit, et renoncez au vôtre.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur comme le Rédempteur et le Sauveur de tous les hommes, mais particulièrement comme le vôtre, qui vous a tiré de la captivité du démon et du péché, sous laquelle vous avez gémi si longtemps, et dont vous ne seriez jamais sorti si, par un effet spécial de sa bonté, il ne vous avait appelé à la participation de sa divine lumière, et s'il ne vous avait justifié par sa pure miséricorde: Qui est redemplor omnium , maxime fidelium, venit peccatores salvos facere quorum primus eijo sum. (I Timotli. i, 15.) Lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo. {Apoc. i, 5.) Vocavit nos in admirabile lumen... {I Petr. ii, 9.) Eripuit nos de prœsenti sœculo nequam (Galat. i, 4), et traustulit in regnum Filii dileclionis suœ. {Coloss. i, 13.) Queïe bonté ! N'y a-t-il pas de quoi fondre en louanges, en amour, en remercîments pour une telle grâce! 0 cliaritas ! o pietas ! quis non miretur, quis non cotlœtetur propter nimiam hune charitatem 0 quantum amandus, benedicendus , laudandus, lionorandui et glorificandus, qui nos sic amasti, sic salvasti, sic sanctificasti, sic sublimasli. (S. AuG., Médit., cap. 17.)
Deuxième point. Communion. — Pour mieux reconnaître l'obligation que vous lui avez de ce qu'il vous a justifié, et combien vous lui êtes encore plus redevable pour ce bienfait, que pour celui de la création, pesez bien attentivement les trois considérations suivantes :
Première considération. — Par la justification. Dieu vous a donné un être infiniment plus noble que celui qu'il vous avait donné en votre création ; puisque celui-ci vous mettait seulement au-dessus de toutes les créatures visibles, au lieu que celui-là est tout spirituel, tout surnaturel, tout divin, et renferme une infinité de prérogatives qui sont inconcevables. Car d'ennemi de Dieu que vous étiez, malheur le plus grand de tous ceux qui nous peuvent
arriver en ce monde, la justification vous réconcilie à lui, vous établit en son amitié et à un degré le plus excellent qui puisse cire, qui est l'amour d'un père pour ses enfants : Videte qualem cliaritatem (ledit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et s'witis. (I Joan. m, 1.) Elle vous délivre de la condamnation aux peines éternelles de l'enfer ; elle guérit les plaies, nettoie les souillures que le péché avait laissées en votre âme, et réforme si parfaitement votre homme intérieur, que l'Apôtre appelle ceux qui sont ainsi justifiés, des personnes renouvelées : 7s qui intus est renovalur {II Cor. iv, 16) ; de nouvelles créatures, nova creatura ; des gens ressuscites, ex mortuis viventes, parce qu'ils participent déjà aux avantages de la résurrection future. La grâce de la justification vous remplit de toutes les vertus infuses et des sept dons du Saint-Esprit, afin que votre âme, en son essence et en toutes ses puissances, parée et vêtue de toutes ses habitudes célestes, soit plus agréable auK yeux de Dieu, étant ainsi embellie de ses dons. Elle vous remplit du Saint-Esprit même, dont vous êtes fait le temple, et de toute la très-sainte Trinité, qui vient faire" sa demeure en l'âme de celui qui est justifié, et s'y comporte bien plus avantageusement laissé tous les jours un si grand nombre périr misé-
sa vie se passât dans la souffrance ; un seul moment n'aurait-il pas été, s'il eût voulu, plus que suffisant pour le rachat de tous les hommes ? Il vous a créé en un instant et par une seule parole : Dixit et facta sunt. {Psal. cxlvhi, 5.) 11 pouvait vous racheter sans qu'il lui en eût coûté davantage. Sex diebiis condidil omnia, et te inler omriia ; at vero per totos triginla annos operatus est salutem tuam. 0 quantum laboravit suslinens ! (S. Beun., in Cant.) Il vous a voulu donner sa vie et tout son sang pour vous mériter cette grande grâce de la justification : il n'en aurait fallu qu'une goutte: In quo liabemus redemptionem per sancjuinem ejus. [Ephcs. i, 7.) Bonus ille amicus anima sua te liberavit. (S. Ansel.) Pour vous appliquer le fruit de ce sang, et la grâce de justification qu'il vous avait méritée, son amour immense pour vous lui a fait trouver et établir tant de moyens, tant de secours, tant de sacremetits dans son Eglise, au milieu de laquelle il veut encore demeurer jusqu'à la fin du monde, sous l'extérieur le plus anéanti, mais le plus amoureux qui fût jamais. Enfin, par un dernier effort de son amour, il vous a fait ressentir l'effet de cette grande grâce, pendant qu'il en a
que ne ferait un bon père, qui, non content de laisser ses biens à son enfant, lui donne encore un tuteur pour lui apprendre à les bien empiOyer ; car Dieu vient lui-même en personne et s'établit en votre âme, afin de vous donner le moyen d'en faire un saint usage :Ad eum veniemus, etmansionem apud eum faciemus. {Joan. xiv, 25.) Elle nous rend les membres vivants de Jésus-Christ, et participants de sa nature divine ; Maxima nobis et prctiosa promissa donavit, ut divinœ efficiamur consorles naturœ. Ainsi le Fils vous aime comme ses membres, et comme chef, il vocs communique incessamment sa vertu, et le Père vous regarde du même œil amoureux qu'il regarde son Fils, efc tous considère comme ses enfants : Omnia dona excedit ut Deus hominem vocet filiiun et liomo Deum tiominet patrem. .. Faslicjium est nobilitalis inter filios Dei computari. (S. Léo.) Enfin la justification vous donne droit à la vie éternelle, car comme enfant de Dieu vous avez droit à l'héritage de votre 1 ère : Hœredes Dei , cohœredes autemClirisli. {Rom. viii, 17.) Voilà les faveurs que comprend en soi la justification et la première considération tirée de la nature de ce bienfait, qui vous doit convaincre de l'excellence de cette grâce.
Deuxième considération, tirée de la manière dont Dieu nous a procuré ce bienfait. — Voyez comme il s'est comporté pour vous justifier : il est descendu du ciel et du lieu de sa gloire pour cet effet ; il pouvait en donner la commission à un autre, il en pouvait charger un ange ; il est venu en ce monde dans une vie laborieuse, et sujette à une infinité de misères ; il pouvait y venir en l'état de sa gloire : Quod plus me movel, et super omnia reddit te amabilcm niilii , cnlix est qncm bibisti... muUnm laboravit in eo Si'lcator. (S. Behn., in Caul.) Il a voulu quo toute
rablement dans le péché. Quis audivit talia? quis super tantœ misericordiœ viscera non obstupescat.
Que ne lui devez-vous point rendre pour tant de grâces, et pour tant de témoignages extraordinaires de sa bonté ? Certe, Domine, quia me fecisti, debeo me ipsnm totum;quia me redemisti, debeo me ipsum totum : quia tantum promittis, debeo me ipsum totum ; imo tantum debeo amori tuo, plnsquam me ipsum, quantum tu es major me, pro quo dedisti te ipsum, etcui promittis te ipsum. (S. Anselm., Mcdit.)
Troisième considération, tirée du temps auquel Dieu vous a procuré ce bienfait. — C'est en ceci en vérité, que son amour surpasse tout ce qu'on en peut dire. Car il vous a justifié : 1° dansle baptême, c'est-à-dire dans un temps où vous étiez encore dans cette masse de corruption, qui est enveloppée dans la malédiction de Dieu, et qui vous rendait son ennemi, et sujet à sa colère ; « Natura fdii irœ (Epites. 11,5) ; i> si filii irœ, ftliiyeliennœ, filii vindicVz. 2" Dans la pénitence, c'est-à-dire dans un temps où, après avoir reçu la grande grâce du baptême, vous aviez souillé cette première .innocence par vos propres désordres, et vous aviez foulé aux pieds par vos péchés le Fils de Dieu, l'esprit de sa grâce, le sang de son testament. 5'' Dans une pénitence réitérée, c'est-à-dire dans un temps où, non content le vos premières ingratitudes, de vos premiers outrages contre le Fils de Dieu, de vos premiers violements des vœux sacrés du baptême, abusant par une insigne noirceur de la bonté de Jésus-Christ, qui vous avait pardonné vos crimes passés, vous n'avez point craint d'ajouter crimes sur crimes, ingratitude sur ingratitude, o\itrage sur outrage ; cel)endant, après tout cela, il vous a justifié, et veut encore vous faire la même grâce, il vous la présente;
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. - SECOND JOUR
il vous en sollicite, il vous en presse. Dans l:i créalion, il ne vous a donne qu'un être naturel, ici, il veut vous en donner un tout divin : dans la créalion, il ne lui a coûté qu'une parole, votre justification lui coûte la vie : il vous a donné rètre avant que vous l'eussiez offensé ; il veut vous donner cette grâce justifiante, après que vous l'avez tant de fois offensé. Voyez quel excès de bonté : Obone Jesn! sic posito, nec petenti, nec opinanti ut sol viilii illuxisd. (S. Ansel., Médit.)
Examinez combien peu jusqu'à présent vous avez reconnu cette grâce ; confondez-vous de l'abus, ou du peu de cas que vous en avez fait; demandez à Dieu son secours et son assistance, pour la bien recevoir, et pour la conserver fidèlement toute votre vie.
Troisième point. Coopération. — 1" Apportez tous vos soins, et dans vos oraisons, el dans vos examens, et dans vos exercices, pour vous mettre en état de bien recevoir ce grand et inestimable trésor de la grâce justifiante.
2° Comme c'est dans la confession que celte grâce est particulièrement donnée, n'épargnez rien pour faire une bonne confession ; et qu'il n'y ait ni honle, ni crainte, ni confusion, qui vous empêche de vous en acquitter avec toute l'exactitude possible.
5° Quand vous aurez en vous cette grâce, songez toujours aux sujets que vous aurez de craindre sa perte : Habemus thcsaurum in vasis fictilibits. Ainsi veillant sans cesse, exposez tout plutôt que de la perdre, et ne redoutez rien tant que le péché qui est le seul qui nous l'enlève. Agnosce, o Chrisiiane, dignitatem tuam ; et divinœ consors faclus naturœ, noli inveterem vilitatem de generi conversatione redire. (S. Leo, Serm. deNativit.)