Première partie. — Préparation
i' Adorez Dieu que la foi vous apprend être présent au fond de votre cœur.
2" Renoncez à vous-même , et donnez-vous à Jésus-Christ : Jnduimini Dominum nostntm Jesum Christum {Rom. xiii, U) ; car aussitôt que Dieu le Père vous en verra couvert , et qu'il sentira en vous l'odeur de son Fils, il vous supportera, il vous écoulera, il vous bénira : Slaiim ut sensit vcstimeutorutn ejus fragranliam benedixit. {Gcn. xxvii, 27.)
5° Priez-le de vous dépouiller de votre propre esprit pour vous donner le sien, afin que, par son moyen, vous anéantissant en tout vous-même dans l'oraison, vous puissiez vous y renouveler entièrement par sa vertu. Auferes spiritum eorum, et déficient, et in pulveremsmim revertentur; emittes spiritum, tuum, et creabuntur et renovabis faciem terrœ. 'Psal. cm, 29.)
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Noire-Seigneur Jésus-Christ, comme le modèle parfrii de tous les prêtres : Peccatum non fecit., nec inventus est dolus in ore ejus. {Petr. ii, 22.) 11 n'a jamais eu de commerce avec le péché, et, bien loin d'en avoir souffert seulement les moindres approches, il les a eues toujours tellement en horreur et en abominalion, qu'il a donné même sa propre vie pour le détruire : Talis decebat ut nobis esset pontifcx sauctus, (nnocens, impollutus, segregatus a pcccatoribus. {Hebr. vu, 26.) Soyez béni à jamais, divin Jésus, de vous être ainsi sacrifié vous-même pour anéantir le péché ; ô que vous êtes admirable en votre bonté et en votre sainteté, qui fait que vous ne sauriez jamais être d'intelligence avec le péché! Quœ conventio Christi ad Belial, quœ conventio lucis ad tenebras? {II Cor. vi, 15.) Et que vous n'épargnez rien pour l'exterminer. Que je vous bénisse, ô mon Dieu, de ce bel exemple que vous me donnez de l'horreur que je dois avoir toute ma vie du péché.
Deuxième point. Communion. — Pour entrer plus à fond dans les sentiments du Fils de Dieu à l'égard du péché, et avoir part à celle horreur qu'il en 'a eue, et qu'il veut que vous ayez aussi comme prêtre ; surtout pour vous mettre en état de tout souflrir plutôt que d'en commettre aucun, méditez bien ce que c'est que le péché d'un prêtre, et les sujets que vous avez de craindre d'y tomber ; voici trois considérations qui vous l'enseignent.
La première, c'est que de tous les péchés il n'y en a point de plus énorme que le péché d'un prêtre. C'est ce que Dieu fit voir à son prophète Ezéchiel ; car après l'avoir conduit dans le temple, où il vil à l'entrée d'effroyables abominations, des animaux immondes qu'on adorait , des idoles d'impureté mis à la place du vrai Dieu, qui sont, ce semble, les
œUVUES COMPLETES DE R. TRONSON.
plus grands désordres qu'on puisse concevoir: Dieu pourtant lui dit qu'il en verra encore de plus horribles : Fili Iwminis, vidisli abominationes maximas : at conversusvidebis majores. {Ezccli. viii, 6.) Et quels sont ces désordres plus grands? L'irrévérence de ceux qui sont proches de l'autel, et qui lui tournent le des, c'est-à-dire eu un mot des prêtres ; en effet il n'y A rien de plus horrible, c'est le plus effroyable de tous les monstres ; c'est la plus abominable désolation qui fût jamais. En voici les raisons: 1° Comme le prêtre a reçu plus de grâces de Dieu , il est aussi plus obligé à la reconnaissance : Qui plus cœteris in'lioc mundo accepisse aliquid cernimur, ab auclore mundi (jraviusinde judicamur ; cum etiim atigentur dona, rationes etiam cresctint donorum. (S. Grec, Hoin.) Si donc il y manque, il devient plus coupable ; et si son ingratitude va jusqu'à tomber dans le péché, sa faute est d'autant plus horrible, qu'ayant reçu les plus hautes faveurs que Dieu peut faire à l'homme, il tombe dans l'ingratitude la plus criminelle qu'on puisse imaginer. Grandis dignitas sacerdotum, sed grandis ruina eorum si peccent. Lœtemur ad ascensum, sed timeamus ad casum ; non est tanli ijaudii excelsa tenuisse, quanti mœroris de sublimi corruisse. (S. Hieron. , in Ezecli.) 2" Comme Notre-Seigneur s'était confié à lui, au point de lui donner le maniement de ses trésors, la conduite de sa famille, hi participation à ses secrets, en sorte, que le traitant comme son intime, il n'avait pour lui aucune réserve dans sa maison : quel plus horrible outrage, quelle plus cruelle trahison que de le vendre, de le fouler aux pieds, de le mettre à mort, pour consentir au péché ! Cela est si énorme que le Fils de Dieu ne peut qu'il ne s'en plaigne, quoiqu'il ne dise mot de ses autres tourments : Quid est quod dileclus meus in domo mea fecit scelera mulla !... (Jer. \i, 15.) Quoniam si inimicus meus maledixisset mihi, susli- -^ruissem utique; et, si is qui oderatme, super me mala !{)Culus/Hisset, abscondissem me forsilan ab eo : Tu vero, liomo unanimis, dux meus et notus meus, qui simul mecum dulces capiebas cibos, etc.. {Psal. liy, ■13-15.)
5° Comme le prêtre a plus de connaissances et de lumière, il ne peut pas dire qu'il pèche par ignorance ; de même ayant plus de grâces, il ne peut pas dire qu'il pèche par faiblesse; ainsi ses péchés n'étant ordinairement ni d'ignorance ni de faiblesse, ils ne sauraient être que de pure malice, c'est-à-dire des péchés qui attaquent directement le Saint-Esprit, et qui, dans les termes de l'Ecriture sainte, ne se remettent ni en ce monde, ni en l'autre. 4" Le l)éché du prêtre est extrêmement contagieux dans l'Eglise, cl est capable de perdre une infinité d'âmes. Status Ecclesiœ ila sacerdolibus aliqua impulsionc nutanlibus infirmalur, siculi, cxcussis columnis domns lotius fabricœ rninam rniHaMir. Notre-Seigneur a donné le prêtre au peuple pour être son chef, son conducteur, son modèle, et la source où il doit aller
péché, c'est un chef corrompa, il iF>i pcJl plus influer dans ses membres que de la pourriture: Sicut validioribus morbis capite vitiato reliquum necesse es corpus itiundatione superioris morbi letlialiter irrigarî ila et ii qui caput videnlur esse Ecclesiœ morbo pe slifero fraternum viliunt corpus, ut niliil ex lotius po puli compage insaucium possit evadere quod neg'igentium sacerdotum viliositatis mortale infecerit virus (S. Ambr., De dignil. sacerd.) C'est un conducteur égaré, il ne peut plus conduire qu'au précipice : Soh non potestis perire, quia prœire debelis doccndo et operando. (S. Berx.) C'est un modèle contrefait il ne porte plus que de faux traits dans l'esprit de celui qui le copie: Clerici sunl lapides posili m (acie Ecclesiœ, nullam debent liabere maculam neque in vcrbo, neqne in eogitatu, neque in facto, neque in opiniom', quia ipsi sunt pubhriludo Ecclesiœ et virlus.(S. Cini\sosT.) Enfin c'est une source publicjuc empoisonnée. N'est-ce pas pour tout perdre, et pour ciuser une grande mortalité? Audile Itcc, sarerdotes, (acti estit laqueus speeulationis, et velut rete expamum super Thabor ad perdendas animas. (Ose. v, 1.) Le prêtre, par son péché, fait que le peuple méprise la religion du Fils de Dieu, et n'a pas grande csiime de ses mystères ; car quelle estime pf;ul-il avoir lîe leur sainteté, voyant que celui qui les a toujours outre les mains s'abandonne si librement au péché, et c'est là le sujet de la malédiction de Dieu. Vos rhtem recessislis a via, et plurimos scandalisastis in tege. [Malach. \\, 18.) V'œ per quos blasphemalur nomen meum in gentHus. {liom. ii, -i.)
La seconde considération pour laquelle un prêtre doit terriblement craindre le péché, c'est que quriud il y tombe, il est exlraordinaircmeni d'Ilicile qu'il s'en relève, cela est très-rare: en voici quelques raisons. Les chutes ordinaires ne ftmi pas ordinairement de si grands maux, on s'en relève plus aisément; mais les grandes esiropieni, et on a bien de la peine à en guérir; si donc un prêtre élevé au plus haut point où puisse aller un homme, nu)nié au sommetdes dignités, arrivé à ce suréminent degré du sacerdoce, tient à se précipiter de ce haut lieu dans l'abîme du péché, faut-il s'étonner s'il a peine à se relever de cette chute? c'est se jeter du haut du pinacle. Quomodo cecidisli de cœto, Lucifer? (Isa. \w, \'i.) Clericus de alto cadit... etsi pondus peccati non habent, id est, etsi grande pcccalum non feccrint, sed levé, tnmen fortiler pereunt propter altitudinem dignilatis. (S. Chrysost.) Sicut niliil est sacerdote exccllenlius, sic nihil est miserabilius, si de lanta vita pericliletur, si saccrdos in crimine lenealur ; quia ut Icvius est de piano corruere, sic gravius est de sublimi cadcre dignitatc, quia ruina quœ de alto est, gravi casu collidilur. (S. Ambr.) Comme il n'y a rien, dans le sentiment des saints, qui arrête davantage le cours des grâces sur uue âme, que l'ingratitude, il ne faut pas s'étonner si un prêtre qui pèche étant ingrat au dernier point, trouve ensuite bien peu de
puiser dans ses nécessités; or, quand il est dans le grâce pour su conversion, cl si par conséquent )1 ne
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — TROISIEME JOUR
se relève que rarement. Alii ù sœpe délinquant possiinl tamen ad ventant pervenire, si veto hoc inagister ipsepatiatur omni excusatione privabitur. (S. Hieron.) Qttis aliquando vidit clericutn ctto pcciiiteitliam agentem ? (S. Chrys.) De plus, eomnio le prêtre est destiné de Dieu pour corriger ceux qui manquent, il a peine de se voir lui-même sujet à la correction ; et c'est pourquoi, pour en éviter la confusion, il ne se convertit pas, mais il s'excuse, et souvent mavull exsecrari legem quant comtnendare mentent. Enfin le prêtre, dit saint Chrysostome, a souvent lu l'Ecriture sainte ou d'autres livres de piété, ou du moins il a souvent ouï parler, ou il a pensé en lui-même à la gloire des saints, aux peines des damnés, à Ténormilé du péché, à la justice épouvantable que Dieu exerce contre les pécheurs: or il n'y a rien de plus dilïicile, dit ce saint, que de convertir celui qui ayant toules ces connaissances tombe dans le péché. Car ayant méprisé toules ces vérités, auxquelles il est accoutumé, on ne peut plus rien dire qui le touche: Sœcularis homo post pcccatiim facile ad pœnitentiam venit : nam occupatus negligcntia sœcnlari, dum Scripluris non satis attendit, semper et quœ in Scripturis posita sunt, nova videntur ; ideoque, cum auditur ali~ quid de gloria sanctorum aut de pœna peccatornm, quasi novutn aliquid audiens expavcscit. Niliil autem itnpossibiliiis quant illum corrigere qui omnia scit, et lamen contemnens bonum diligit malum ; omnia ettim quœcuncue suut in Scripturis, propter quotidianam meditaliouem ante oculos ejus veterata et vilia œstimantur. Nam quidquid ibi terribile usii vilescit ; propterea clericus qui semper meditatur Scripturas, aut omnino observaturus est, et erit perfecttis ; aut si semel cœperit nias contemnere, nunquam excitatur in illis ut timeat. (S. Chrysost.) Oh ! si les prêtres songeaient bien à ceci. Oh ! si j'y avais bien pensé depuis que je suis ecclésiastique, que je ne me serais pas si facilement précipité dans le péché, que je ne me serais pas si aisément exposé à me perdre.
La troisième considération qui nous doit faire frémir à la seule pensée du péché, c'est la fureur de Dieu tout extraordinaire contre le péché des prêtres et les châtiments épouvantables dont il le punit. Il dit par ses prophètes que le prêtre qui pèche ne verra point la gloire du Seigneur : /n terra sanctorum iniqua gessit, non videbit gloriam Domini. (Isa. xxvi, 10. ) Quid est in terra sanctorum, dit saint Bernard, nisi in Ecclesia et in domo Dei quam decet sanctitudo ? Il dit par ses saints qu'il sera châtié avec la même sévérité que les anges apostats : Jn clero sicut in cœlo rœleste tenet officium sacerdos. Angélus Domini exerciluum est, lanquam angélus aut eligitur, aut reprobatur ; inventa quippe in angelis pravitas, et districtius judicetur necesse est, et inexorabilius quam humana. (S. Ber.n. ) Potentes patenter tormenta patientur. ( Sap. vi, 7. ) Judicium durissimum liis qui prœsuni fiet. (Ibid. 6. ) Mais ce ne sont que des menaces, venons-en aux effets. Dans l'ancienne loi, Nadab et Abiu, pour
avoir manqué à une cérémonie, et avoir pris da feu hors du sanctuaire, pour mettre dans leur encensoir, contre ce qu'en marquait leur cérémonial, moururent sur la place, et furent à l'instant dévorés par le feu de la justice de Dieu ; Osa, qui n'était que simple lévite, mourut sur la place pour avoir voulu soutenir l'arche avec quelque sorte d'irrévérence. Dans l'Evangile, nous voyons un prêtre du Fils de Dieu qui pèche, et nous le voyons qui périt misérablement. Voyez dans toute l'histoire, vous ne trouverez que très-peu de prêtres qui, ayant péché depuis qu'ils ont été prêtres, se soient sauvés ; c'est très-rare. L'Ecriture ne nous en rapporte pas un ; l'Eglise, si elle nous en propose quelqu'un, elle ne le fait que comme un prodige. En vérité, serez-vous après cela assez téméraire, assez insensible, assez étourdi pour vous précipiter encore dans le péché ? Qtiasi a facie colubri ftige peccatum, dit le Sage ( Eccli. x\i, 2 ) ; disons plus : Quasi a facie diaboli et inferni fuge peccatum, fuyez le péché comme l'enfer, car c'est la même chose pour un prêtre.
Faites donc réflexion jusqu'où a été votre insensibilité en votre vie passée : tant de péchés, tant de désordres, tant d'abominations, en un mot, tant d'apparences de damnation, et, au milieu de tout cela, si peu de sentiment et de crainte. Remerciez Notre-Seigneur de vous avoir tiré de cet abîme, ou au moins de vous donner la volonté de vous en retirer ; demandez-lui la grâce de n'avoir jamais aucune alliance, ni aucun commerce avec le péché, et de tout faire, tout souffrir, tout perdre, plutôt que jamais l'offenser. Recourez aux prières de la sainte Vierge pour vous obtenir cette grâce ; employez l'intercession de votre bon ange et de tous les saints, particulièrement de ceux à qui vous avez une plus spéciale dévotion.
Troisième point. Coopération. — \° Résolvezvous de ne point sortir de cette retraite que vous n'ayez fait une bonne confession, mais surtout laites en sorte que, soit que vous fassiez attention à la douleur qui doit être souveraine, ou à la déclar?.tion de vos péchés qui doit être entière et sincère, ou au bon propos qui doit être ferme pour l'avenir, vous ayez toute l'assurance que l'on peut avoir ordinairement en cette vie, que vous n'êtes plus dans le péché
2° Résolvez-vous, pour ne vous y point précipiter à l'avenir, den éviter et prévenir avec soin toutes les occasions.
5* Résolvez-vous d'embrasser corde magno et animo volenti, tous les avis et toutes les pratiques qui vous seront ou ordonnées, ou conseillées, ou même proposées par votre directeur, pour vou* affermir contre le péché.