Première partie. — Préparation
i" Adorez Dieu présent dans votre cœur, et après avoir fait acte de foi sur cette divine préséance, entrez dans le respect qui est dû à une si grande majesté.
2° Avouez que vous ne méritez pas de paraître devant Dieu, et pour cet effet, après avoir renoncé à vous-même et à vos péchés, donnez-vous à Jésus pour paraître avec lui devant son Père.
3° Reconnaissez devant Dieu votre incapacité pour l'oraison, afin que renonçant à votre propre esprit, vous ne vous conduisiez point par vos lumières, mais que vous invoquiez le Saint-Esprit et vous abandonniez à sa conduite.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigncur dans ce ravissant état où saint Jean témoigne l'avoir vu autrefois : Vidimus gtoriam ejus, gloriani quasi Vnigenili a Pâtre, plénum gratiœ et veritatis. {Joan. i, 14. ) II a en soi la gloire du Fils, et il porte en son âme la plénitude de sa grâce et de la vérité. Admirez cette plénitude qui a été extraordinaire, (ju'il n'y a pu avoir en lui aucune mesure ni de grâce ni de péché ; de grâce, pisrce qu'il l'a eue inlinie, et comme il portait en soi touie la plénitude de la Divinité même : In quo inliabilat omnis plcnitudo Divinitalis corporaliler ( Coloss. ii, 9 ), il ne pouvait y avoir en sa grâce de bornes ni de nicsure : Nonenim dut Dcus ad mensura7n spiritum (Joan. m, 54 ) ; de péché, parce qu'il est si saint (|u'il est tout à fait impeccable ; ain.si le moinure désordre n'y peut pas même trouver aucun accès. Réjouissez-vous de voir le Fils de Dieu doué de ces grands avantages ; aimez-le, et laissez ensuite épancher votre âme en tous les autres devoirs envers lui, que son amour ne manijucra pasdevous suggérer.
l/iiuxiicME point. Communion. — Vous ne pouvez pas entrer en communion |)arfaile et en participation entière de cet étal du Fils de Dieu, car vous n'êtes pas impeccable, et votre grâce ne peut être infinie: mais néanmoins, pour y piriiciper autant que vous pourrez, et en la manière que Dieu désire, voici cinq vérités sur le nombre des grâces cl la me-
sure des péchés, qui vous serviront à éviter toute sorte d'offenses de Dieu et à vous établir et conserver dans l'étal de perfection et de sainteté. Faitesy maintenant réflexion, car assurément vous les trouverez puissantes pour vous empêcher de commettre aucun péché, et de rejeter aucune grâce, qui est l'état où Dieu vous veut pour imiter son Fils : Ut impleamini in omncm plenilndinem Dei, secundutn mensuram donalionis Cliristi. (Ephes. iv, 7.)
La première vérité, c'est qu'il y a un certain nombre de péchés que Dieu a résolu de souffrir en chaque homme : ISecdum completœ sunt iniquitaies Amorrhworum usque ad prœseus tempus. [Gen. xt, 16.) Impiété mensuram patrum vestrorum. (Mattli. XXIII, 52.) Il en faut dire de même des grâces que l'on rejette, lequel nombre étant accompli, c'en est fait irrévocablement du salut ; voilà une terrible vérité : c'est sur quoi vous devez arrêter vos premières réflexions, et pour cet effet, considérez que Dieu, ayant fait toutes choses avec nombre, poids et mesure, ainsi que l'Ecriture nous assure : Omnia in mensura et pondère disposuisti {Sap. xi, 21) : Comme il tient un étal de toutes les étoiles, qu'il donne les gouttes de pluie par compte : Qui numéral multitudinem stellarum et omnibus eis nomina vocal. (Psal. cxLVi, 4.) Qui aquas appendit in mensura. (Job xxviii, 25.) Nous devons croire qu'il apporte bien une autre considération aux choses plus impoitantes, et qui regardent sa gloire de plus près. Ensuite comme Dieu a, de toute éternité, compté el arrêté les ans, les semaines, les jours et les moments de notre vie, qu'il est impossible d'outrepasser : Constituisti terminas qui prœtcriri non poterunt (Job. XIV, 5) : il sait aussi le nombre et des péchés qu'il a dessein de souffrir de chaque homme, el le nombre des grâces qu'il a résolu de lui donner. Ce nombre de péchés el de grâces étant complet, et cette mesure remplie, ce qui arrive à la mort, il n'y a plus de pardon à attendre, ni de nouvelles grâces à espérer ; alors la miséricorde de Dieu est épuisée à notre égard : car quoiqu'elle soil infinie en ellemême, elle est pourtant bornée et limitée pour nous dans ses effets. C'est pourquoi saint Grégoire de Nazianze donne cet avis imporlant : Valde periculosum est ignoscendi assiduilute misericordiam Dei exliaurire. (S. Auc, Devita clirisiiana, c. A.) Et saint Augustin, sur l'exemple des Sodomites qui furent punis sans miséricorde au même instant qu'ils curent rempli la mesure de leurs péchés, comme H est rapporté dans l'Ecriture sainte : Clamor Sodomorum completus est, et pcccala eorum magna veliementer compléta sunt (Cen. xviii, 20), lire celle consé- (|uencc : Esse certum pcccatorum moduni alque mensuram Dei ipsius tcstimonio comprobatur, et hoc exemplo manil'estissime iusiruimur, et docemur siugulos secundum suornm pcccatorum plenilndinem cousummari, et landiu conversantur snslineri, quandiu cumulum suorum non hubuerint delictorum consummatum.
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RETILVITE ECCLESIASTIQUE. — TROISIEME JOUU.
Sur ces considérations tirées de rEcriturc sainte, et des saints Pères, appnyez bien cette première vérité qui est constante dans leur pensée, qu'il y a un certain nombre ou mesure de péchés commis, et de grâces rebutées, laquelle étant remplie, c'en est fait do notre éternité : Deus erga uunmqncmque nostrum bonus ac benignus, longamuntcr agit. ... Si quis antem eo contumaciœ veniens, peccatis accnmulct peccatum, et dclictum delicto supcrœdiftcct, implct ille lerniinos iniqHhdtitm, et tandem in tautnm seeliis prolabitnr, unde non possit ultra euiergere, sed atteritur, et principi nequitia' perpétua traditus périt. (S. Mach.vr.)
La seconde vérité qui suit de cette première, est que du dernier péché commis qui remplit cette mesure, ou de la dernière grâce rejetée, qui est celle qui accomplit ce nombre , dépend la décision de votre éternité ; car puisqu'ensuite il n'y a plus de grâces à attendre, et que la miséricorde de Dieu est épuisée pour nous : ISon amplius remittam peccata vestra. [Isa. ii, 9.) La dernière action qui remplit cette mesure étant celle qui nous met en état de n'avoir plus de grâce ni de pardon, est par conséquent celb à laquelle est attaché notre salut ; et nos maux, dit saint Basile, sont ensuite incurables.
La troisième vérité est que cette mesure de péchés est différente à l'égard de chaque homme ; vous en direz de même des grâces : car aux uns cette mesure est plus grande, et aux autres plus petite ; à quelques-uns, comme aux anges et à beaucoup d'hommes, le nombre n'était que d'un seul auquel leur prédestination et leur salut étaient attachés, et l'ayant commis, ils ont été perdus sans ressource ; à d'autres hommes, le nombre n'est que de deux, à d'autres que de trois, et ainsi plus ou moins, selon que Dieu l'a voulu, comme il y a des voleurs qui, au premier vol, tombent dans les mains de la justice, et ne laissent pas d'être suppliciés, d'autres qui blanchissent dans leur rapine, et ne sont punis qu'en leur vieillesse. Unusquisque celerius vcl tardius, prout peccalorum suorum modum expleverit judicalur. (S. Ai'ousT.) Or de savoir combien il en faudra pour remplir votre mesure, c'est ce que vous ne savez pas ; peut-être après tous ceux que vous avez faits, n'en faudra-t-il plus qu'un. Prenez-y garde de près, car autrement vous êtes en danger tôt ou tard d'être surpris.
La quatrième vérité est que ce dernier péché qui remplit la mesure n'est pas d'une autre espèce, ni d'une autre nature que les autres ; il n'est pas même nécessaire qu'il soit le plus grand ; quelquefois entre les mortels, ce peut être le moindre : car c'est assez pour combler la mesure et pour achever ce nombre, que ce soit le dernier. La dernière minute d'une heure, qui fait sonner l'horloge, n'est pas plus grande que les autres, il suffit qu'elle soit la dernière ; pour tomber dans un précipice, il n'est
duit soit plus grand que les autres, quelquefois ce sera le plus petit, mais c'est assez qu'il se fasse sur le bord et que ce soit le dernier ; et la dernière heure de la vie, qui précipite dans la mort, n'est pas plus longue que les autres.
La cinquième vérité est qu'il n'y a pas un péché on toute la vie, qui ne puisse être ce dernier, qui comblera votre mesure ; car enfin vous ne savez pas quel il est, ni quand il arrivera ; peut-être n'arrivera-t-il que dans vingt ans ; peut-être dans dix ; peut-être cette année ; peut-être aujourd'hui, qui le sait. Dieu seul. Mais puisque cela peut être vrai de tous les péchés, et qu'il n'y en a pas un qui ne pjiisse vous mettre dans cette dernière désolation de combler votre mesure, et de rendre vos maux incurables, qu'il n'y en ait aussi pas un que vous ne craigniez comme la mort et la mort éternelle.
Faites réflexion sur vous-même pour reconnaître votre aveuglement et votre insensibilité passée ; combien de sujets de craindre, après un si grand nombre, que votre mesure ne soit enfin comblée. Confondez-vous devant Dieu d'avoir été si misérable ; remerciez-le de vous avoir retiré de cet état. Demandez-lui la grâce de ne jamais plus l'offenser.
Troisième point. Coopération. — 1° Puisqu'il n'y a pas un péché mortel qui ne puisse remplir votre n^esure, et vous jeter irrévocablement dans l'enfer, craignez-les tous également.
2° Puisqu'il n'y a point de grâce qui ne soit peutêtre la dernière de celles que Dieu a résolu de vous faire, prenez garde de n'en rejeter aucune ; car ce serait peut-être celle que vuus rejetterez la première qui sera la cause de votre réprobation.
5° Pratiquez l'avis de l'Apôtre, qui vous recommande la crainte dans l'affaire de votre salut : Cum timoré et tretnore salutem vestram operatnini.