‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 224 sur 303 · Deuxième partie. — Corps d'oraison · texte numérisé non relu

Deuxième partie. — Corps d'oraison

Premier point. Adoration. — Considérez jusqu'où a été la fidélité de Notre-Seigneur pour obéir aux volontés de Dieu son Père; il ne lésa pas plus tôt connues, qu'il les a acceptées avec amour, et quoiqu'il vît la peine qu'il devait avoir à les exécuter, cl qu'il faudrait pour cela se réduire à être l'opprobre du monde et l'abjection du peuple, et qu'il lui en coûterait tout sou sang et sa vie, il n'a pas laissé néanmoins de s'y soumettre de tout son cœur. Je le veux, dit-il, dès le premier instant de sa vie; ces ordres de mon Père sont au fond de mon cœur, pour ne m'en départir jamais. Adorez les dispositions saintes dont son âme était remplie en prononçant ces belles paroles. Admirez la fidéhté avec laquelle il les a pmictuelleinent accomplies ; remerciez-le de vous avoir donné un si bel exemple, et de vous avoir mérité la grâce de l'iniiler.

Deuxième point. Communion. — Puisque Dieu vous accorde la grâce de vous faire connaître l'état où il vous veut, cl le genre de vie où il vous appelle, il faut vous y résoudre sans délai.

Car l'^que cherchez-vous davantage après avoir trouvé tout ce que Dieu veut de vous? C'est lui qui vous appelle, vous n'en doutez plus, c'est lui qui vous veut dans tel état, il vous l'a fait assez connaître ; rejetez donc tout délai. Vous devez ce respect à sa volonté et à son excellence ; vous devez celte reconnaissance à ses grâces, au sang et à la mort de Jésus, qui vous les a méritées ; vous devez cette lldélité à la bonté de son Saint-Esprit, qui vous les applique au temps que sa sagesse connaît être le plus propre. Prenez bien garde, dit saint Bernard, de veus laisser surprendre au conseil pernicieux d'une sagesse maudite, qui étouffe en nous la ferveur de l'esprit, en nous persuadant de ne nous point déterminer si vite à l'état où nous savons bien que Dieu nous appelle. N'agissez point avec précipitation, dit celte fausse sagesse, considérez mûrement et à loisir ce que vous devez faire ; ce que vous allez entreprendre est un grand ouvrage, et qui a besoin d'une grande et sérieuse délibération ; éprouvez ce que vous pouvez ; consultez bien vos amis, afin de ne vous point repentir ensuite de ce que vous aurez fait. C'est là une sagesse mondaine, terrestre, animale, diabolique, ennemie du salut, qui étouffe la ^râce, et qui nous met dans un état de stupidité qui excite Dieu à nous vomir. C'est ce à quoi vous devez prendre garde, et vous en avez sujet; car puisque Dieu vous appelle, et que vous en êtes assuré, pourquoi chercher d'autre conseil? en trouverez-vous jamais de plus saints, de plus fidèles et de plus sages? Quantos mundi maledicta sapienlia supplxntat, et conceptum in eis exstinguit spiritnm quem voluerat Dominus vehcmenter accendi! JSoli , inquit, pro'cipitanter agere, diu considéra, diligentiiis intucre, magnum est quod proponis, ct opus liaheus multa de- Meratione, experire quid possis, amicos consulc, ne post factum pœnitere conlingat. Uœc sapienlia mundi terrvna, animalis, diabolica, snffocatrix vitœ, mater tepiditatis quœ solet Deo vomitum provocare : cave tibi ait. Vlquid enim, cuin a Deo vcrbum esse non dubitcs, quid opus est deliberatione? Vocat magiii consiiii Angélus, quid aliéna consilia prœstolaris? quis enim fidelior, quis sapienlior illo ? (S. Bern.) Faites bien réflexion sur ces paroles, et ne différez point à exécuter ce que Dieu veut de vous présentement , et ce qu'il désire que vous vouliez. Vous en pourriez bien difiérer l'exécution, s'il y avait quelque sujet raisonnable qui l'empêchât pour le moment : mais de différer la volonté de l'exécuter quand vous le pourrez, ou de l'exécuter même à présent , si vous le pouvez, c'est de quoi il est question , c'est sur quoi il faut vous résoudre, c'est ce qui ne se peut différer sans mépris.

2" En effet, quel mépris de voir un Dieu qui faJrl bien l'hannour à sa créature de lui déclarer k-s

bonnes volontés qu'il a pour elle, si elle les veut agréer, et qui ne demande rien d'elle pour le présent, sinon qu'elle les aceeptc avec résolution de les cxéeuler ; et que celte créature lui tourne le dos, ne fasse pas semblant de l'écouter ou de l'entendre, ou qu'elle le renvoie sans lui témoigner qu'elle veuille autrement agréer sa proposition, sinon qu'elle y pensera, qu'elle y avisera, qu'elle en consultera, mais que pour ce but, elle ne peut pas s'y résoudre, qu'il attende, qu'il s'en aille, et qu'il fasse de ses grâces ce qu'il lui plaira? Qu'est-ce que mépris, si cela ne l'est ? Que pouvez-vous attendre après ce mépris, sinon que Dieu vous fasse le même traitement, et que quand vous viendrez un jour à vouloir choisirun étal de vie pour vous sauver, vous n'y reconnaissiez plus, rien ; vous choisissiez toute autre condition que celle où Dieu vous voulait ; que vous n'y rencontriez que des misères et des malheurs; que vous en veniez aux regrets, aux repentirs, aux larmes, et que vous n'entendiez pour toute réponse que ces paroles des Proverbes : Parce que je vous ai appelé, et vous m'avez refusé, dit Dieu : je vous ai tendu la main pour vous montrer au doigt l'endroit où je voulais vous placer, et vous ne m'avez pas daigné regarder, vous n'avez fait que mépriser tous mes avis et mes inspirations : n'est-il pas juste que je me moque de vous, quand je vous verrai dans ces malheurs que vous appréhendiez , et auxquels vous pouviez remédier si vous eussiez voulu ; et quand vous le voudrez, vous ne le pourrez plus : Quia vocavi, cl rennistis ; extendi mamim meam, et }ion fuit qui aspicerel ; despexistis omne consilium meum et increpationes meas neglexistis : ego quoque in interitn veslro ridebo, et subsannabo, cnm vobis id quod Ihnebatis, advenerit. {Prov. i, 24, 26.) Que dites-vous à cela? C'est Dieu (jul parle, vous n'en pouvez douter ; c'est lui qui vous assure qu'il vous châtiera, si vous n'acceptez la vocation où il vous appelle ; c'est un article de foi, car c'est sa parole expresse.

Yoyez donc le sujet que vous avez de redouter CCS menaces ; et pour les prévenir, déterminez-vous d«s à présent â embrasser l'état et le genre de vie où vous savez qu'il vous appelle ; c'est la grâce que vous lui demanderez avec instance.

TnoisiftME POINT. Coopération. — 1» Si vous pouvez embrasser dès à présent le genre de vie, où vous savez bien que Dieu vous veut, et que vous savez même vous être nécessaire pour le salut, ne diflérez point à demain de le prendre, de peur que sa juste colère ne vous prévienne.

2" Si vous voyez que Dieu vous veut dans un état, nais que le temps ne soit point encore venu, auquel il veut que vous accomplissiez ce dessein, offrez-vous maintenant à lui pour l'embrasser de tout votre cœur, dans le temps qu'il vous maniuera ; et en attendant, éloignez toutes les pensées (jui poiirraionl vous venir de suivre d'autres; partis. Prenez un train de vie confornu', autant (jue vous pourrez,

à l'étal auquel vous savez qu'il votis veut ; employez tous vos soins pour ôter tous les obstacles que vous rencontrerez, et que vous prévoyez en pouvoir retarder l'exécution.

5°.Dans la crainte qu'un respect humain, un intérêt de famille, la considération d'un père ofl'ensé , d'une mère aflligée, d'un parent ou ami qui s'y oppose, ne vous arrête point, songez au conseil que vous donnent les saints, et Notre-Scigneur même, de ne point préférer un intérêt temporel à son service; et sachez que c'est un des plus grands actes de religion que vous puissiez faire, que de leur être cruel en cette occasion pour suivre Jésus-Christ qui vous appelle. Si diligeretis me, leur devez-vous dire, gaudcretis ulique quia vado ad Patrem meum et vestrum{Joan.\\\,'i8), imo universorum Patrem: alioquin quid milii et vobis? Scriptura, dit saint Jérôme, prœeipit parentibus obscqnendum, sed quicunque eos supra Cliristum amat, perdit animam suam...Gladium tenet liostis ut me périmât, et de matris lacrijmis cogitabo? Propter patrem Cliristi militiam deseram, eut sepulturam Cliristi causa non dcbeo, quam omnibus alioquin ejus causa debeo? Non solum moneo, sed et obtestor ut si patrem pro Christo offendistis, in ea offensione duretis ; qui enim perseveraverit usque in ftnem, hic salvus eril. — lïonorandns est pater, dit saint Augustin, sed obedicndum est Deo ; amandus est generator, sed prœponcndus est Creator.

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