NEUVIEME JOUR
-1" Considorez qirencorc qu'il n'y ail point d'état, on parlant en général, où on ne se puisse sauver d.jns le christianisme, et que Noire-Seigneur étant venu pour sanelilier toutes les conditions, il n'y en ail point où Dieu ne donne des grâces sullisantes pour le salut : il est constant néanmoins qu'i*l y a des personnes qui ne se sauveront jamais dans de certaines conditions, soit à cause des fortes et fréquentes occasions do péché qu'ils y rencontrent, soit à cause de rincapacilé qu'ils ont d'en acquitter les charges, soit à raison de queUpie autre circonstance qui les met dans \\n péril évident de s'y perdre, et dans une impossibilité morale de s'y sauver.
5" Considérez qu'on est en grand danger dans un état, quand on n'a jamais examiné sa vocation, quand on a embrassé une profession par des vues humaines, ou des motifs intéressés, quand on est engagé à vivre dans le monde, parce qu'on y trouvait plus de plaisir, parce qu'on était aîné de famille, parce que les parents le voulaient de la sorte, parce qu'on avait beaucoup de talents, pour y pouvoir réussir ; quand on s'y est déterminé de soi-même, et qu'on y est même si attaché, qu'on aurait encore peine à consulter sa vocation, et à demander avis à des gens de piété, de peur qu'on ne nous conseillât de ([uitter l'état où nous sommes ; quand on prend pour des rêveries et des propositions sans fondement, le conseil (|u'on nous donne d'en conférer sérieusement, et d'examiner à fond si nous ne ferions pas mieux d'en prendre un autre; quand cependant nous loirtbons de temps 'en temps dans le péché, que nonobstant les pensées, désirs, ou résoiutions de servir Dieu, nous nous laissons souvent emporter par les tentations ; que nous n'y faisons aucun progrès flans la vertu, que nous sentons bien que nous ne sommes pas assez forts pour résister aux compagnies, aux entretiens, aux occasions, et pour nous soutenir dans les périls qui s'y rencontrent.
4" Considérez par ces marques, si vous n'avez pas sujet de craindre que Dieu ne vous veuille pas dans l'état où vous êtes; et quoique vous n'en ayez pas de scrupule, ne laissez pas d'y faire ^^aitention devant Dieu ; car, comme il y en a qui par timidité craignent où il ne faut point craindre, il y en a aussi qui, par présomption, ne craignent point, où il y a sujet certainement de trembler. Voyez desquels vous êtes.
Troisième point. i° Résolvez-vous, si vous n'avez point encore examiné sérieusement et à fond , et avec des gens de piété l'état où Dieu vous veut de le faire, et priez Dieu pour cela pendant votre retraite.
2" Quoiqu'il vous semble que Dieu vous veut dans l'étal où vous êtes, que vous n'ayez aucun doute sur votre vocation, et que vous soyez en paix : ne vous arrêtez pas à vos pensées, peut-être n'estce qu'une fausse paix ; et quand il n'y aurait que la seule peine que'vous avez à consulter, vous devriez craindre que, vous y étant déterminé par votre pro- bien peser ces étranges paroles qu'il adresse à vous pre choix, vous n'y demeuriez que parce que la na- autant qu'à tout autre: Utinam (rigidus esses aut Œuvres compl. de M. Tbonson. I. 32
9U turc s'y trouve satisfaite. Apres que vous aurez bien consulté, si vous voyez que Dieu ne vous demande point dans l'état où vous êtes, n'y demeurez pas davantage, mais embrassez d'abord celui qu'il vous fera connaître : car être dans un état où Dieu ne vous veut pas, c'est être dans le droit chemin de l'enfer.
5° Quoique la nature répugne à ce changement, quoiqu'elle en souffre d'étranges gênes , quoique tout votre sentiment y contredise : ne craignez point de suivre la voix de Dieu, car celui qui vous appelle saura bien vous donner les forces nécessaires pour lui être lidèle.
4" Que si vous vous trouvez dans l'emploi et la condition où Dieu vous veut, et que vous l'ayez déjà autrefois consulté , demeurez en paix sur votre état, à la bonne heure ; bénissez-en la divine Providence, vous en avez sujet, mais résolvez-vous d'y éviter toute sorte de mal, et d'y faire tout le bien que vous pourrez.