‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 228 sur 303 · Deuxième partie. — Corps d'oraison · texte numérisé non relu

Deuxième partie. — Corps d'oraison

'Premier point. Adoration. — Considérez les sentiments de Noire-Seigneur, qui ne sont point différents de ceux de Dieu son Père, à l'égard dos âmes tièdes, c'est-à-dirè à l'égard de ceux qui ne sont ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants, qui n'ont ni de grands péchés, ni aussi une grande ferveur; qui ne sont pas assez parfaits pour cVre dans l'étal de vertu où ils doivent être selon leur condition, et selon les grâces que Dieu leur donne, mais qui ne sont pas aussi mauvais qu'ils aient perdu la conscience et la haine du vice. Ce sont des personnes dont il a une telle horreur, qu'il proteste qu'il ne les peut souffrir, qu'il ne les peut voir qu'à contre-cœur, qu'il les vomira de sa bouche, et qu'il aimerait mieux qu'ils fussent ou tout à fait chauds, ou tout à fait froids, que d'être dans cet état de tiédeur, qui lui est insupportable. Admirez ces dispositions du cœur du Fils de Dieu ; adorez ces sentiments ; mais surtout demandez-lui la grâce de les connaître à fond, et de vous ouxrir-le cœur pour

ŒIVRES COMPLETES DE M. TRO.NSON.

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culidus ! scd (iiiic. tppidus es, iiec frkjidus nec calidus, incipiam te evomcre ex ore meo. {Apoc. m, 15, IG }

Deuxikme point. Communion. — Pour avoir horreur à jamais de la tiédeur, et vous convaincre du grand sujet qu'il y a de la craindre, concevez bien, 1° ce que c'est d'être vomi de la bouche de Dieu, qui est le malheur des âmes licdes. Prenez bien garde que cela dit trois choses : comme un aliment et un poison que l'on a pris, avant qu'il fasse vomir, fait soulever et bondir le cœur : ainsi nne âme tiède fait mal au cœur à Dieu, il ne la peut supporter qu'avec peine. Oh I quel état de faire mal au cœur à Dieu 1 Non-seulement elle lui fait mal au cœur, mais ensuite Dieu la rejette, il l'écarté de lui , il s'en sépare , c'est-à-dire qifelle n'y est plus liée par les grâces qui l'y attachaient auparavant : comme on rejette et on éloigne de soi une nourriture que l'on vomit. Oh ! quelle situation d'être éloigné et rejeté de celui hors duquel il Ji'y a que misère! Comme ce qu'on a vomi fait horreur, qu'on n'a garde de le reprendre, qu'il faudrait pour cela d'étranges efforts ; ainsi quand une fois une âme tiède a été vomie cl abandonnée de Dieu, il n'y a presque plus d'espérance qu'il la reprenne, il n'y a guère d'apparence qu'il se la réunisse, à moins d'un effort de grâce extraordinaire. Pesez bien ces trois circonstances .^ui sont renfermées dans cette malédiction des imes tièdes, que Dieu les vomira : et servez-vousen d'un premier motif pour vous convaincre de l'obligation que vous avez d'éviter la tiédeur.

2° Concevez bien que la tiédeur est si dangereuse, qu'au témoignage de Dieu même, l'état de froideur lui serait préférable, c'est-à-dire qu'il vaudrait mieux être grand pécheur, que d'être tiède et lâche à son service, au moins y aurait-il plus de facilité pour la conversion, et plus d'espérance pour le salut. Car, dit saint Grégoire, celui qui est froid, se voyant eu péché mortel et digne de l'enfer, craint de mourir en cet état, et ainsi il a recours tôt ou lard à la pénitence : au lieu que le tiède se croyant en la grâce de Dieu, et comme assuré de son salut, ne se met point en peine de tendre à la perfection, et il croupit dans mille défauts , mille imperfections , mille péchés véniels, qui enfin le précipitent dans le mortal, et enfin dans l'endurcissement. Celui qui est froid est ennemi de Dieu, et le tiède est encore son ami, car il n'a pas tout à fait rompu avec lui : or, Dieu est plus fâché d'être offensé par son ami que par son ennemi, et c'est pourquoi il le châtie à la lin plus que l'autre. Le tiède, qui est en grâce, est comme un serviteur à qui son mailrc a donné un talent pour le faire profiler, mais (|ui l'a enfoui par lâcheté ; et le froid est comme celui qui, ayant aussi reçu un talent, et commencé à le faire pr(»liter, l'a perdu par le naufrage : or il est constant (|ii(' le niai- Ire aura plutôt pitit- de ce dernier (juc de l'autic VA, en cflet, Noire-Seigneur condamne ce paresseux cl ce làclie à être jeté, pieds et main;, liés, dans les

ténèbres exlérieiires, après lui avair ôlé son ld:!it pour le donner à un autre.

5° Concevez bien que la tiédeur, outre qu'elle fait mal au cœur à Dieu, et qu'elle met une âme dans un état plus dangereux que le péché mortel, attire toute sorte de malédictions sur celui qui en est atteint, car elle est inséparablement accompagnée de trois défauts qui provoquent la malédiction de Dieu. Le premier est de s'acquitter de ses devoirs envers Dieu avec une grande négligence, c'est ce que fait le tiède : or, Dieu nous assure que maudit est celui qui fait son œuvre négligemment. Le second est de mépriser les moyens de s'avancer dans la perfection, par exemple, les petites pratiques de vertu, faire peu de cas des petits défauts, c'est l'ordinaire du tiède : or. Dieu dit malédiction à celui qui méprise, parce qu'il sera méprisé ; et comment Dieu îe méprise-t-il ? quel malheur lui arrive-t~il ? c'est que Dieu lui retirant ses grâces, comme il a été dit, le laisse peu à peu tomber dans le péché mortel. Qui spernii modica paulatim decidet. {Eccli. xix, 1.) Le troisième est de scandaliser son prochain ; c'est ce que fait le tiède, surtout dans une communauté, car il est cause par son exemple que les autres, principalement les nouveaux venus, négligent leur devoir, et que le bon ordre, et par conséquent la bénédiction périssent dans une maison, et qu'elle tombe dans le dérèglement ; or, Dieu donne sa malédiction à celui par qui le scandale arrive.

N'est-ce pas assez pour vous faire craipdre la tiédeur, surtout si vous faites réflexion sur vousmême ? car, à bien examiner vos dispositions et votre conduite, il y a toute apparence que vous êtes dans cet étal. lïumiliez-vous-en devant Dieu, et confondez-vous de vous voir si peu fervent, étant à la fournaise, comme vous êtes, recevant tous les jours tant de grâces qui auraient converti des royaumes entiers ; demandez-lui pardon de votre lâche 'é; désirez d'en sortir. Priez-le d'allumer en vous le feu de sa divine charité, et de vous donner son Saint-Esprit de ferveur, qui vous enflamme à son service.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous, puisqu'il y a tant à craindre dans l'élat de tiédeur, de vous désabuser des fausses persuasions que vous pourriez avoir de ne rien craindre, cl de vous représenter souvent et vivemeiit les considérations rjui vous peuvent persuader que vous êtes aussi véritablement des tièdes, ((u'il est vrai que vous n'êtes pas des plus fervents el des plus parfaits.

2" Résolvez-vous de ne poinl faire de comparaison de vous aux autres, car c'est souvent ce qui vous jierd ; et ce qui vous faisant croire que vous n'êtes jtas des plus méchants, ni par conséquent dans le l)lus grand danger, vous entretient dans l'élal de tiédeur où >ous êtes; mais, au contraire, rappelez souvent dans votre esprit qu'il ne faut pas être des l>lus méchants pour être des tièdes, cl qu'il ne fu;it

ypy RETRAITE ECCLESIASTIQIT:

qifôlre tioile, pour èlrc dans le plus périlleux de

tous les étais,

5' Résolvez-vous de ne vous point fier eu vos bons sentiments, et dans «pielque désir que vous avez de devenir meilleur, si vous n'en venez aux effets; et encore faut-il que ces effets soient animés de ferveur ; car c'est là proprement être tiède, que d'avoir des désirs et des sentiments de vertu, sans l'exercer, ou de l'exercer sans ferveur, et ne s'y pas comporter comme il faut dans toutes les occasions (|ui se présenicïit

4* Ne rejetez plus la faute sur vos occupations, sur vos infirnùtés, sur la dilficulté de la vertu, car on ne vous demande que ce que vous pouvez avec la grâce ; mais sur votre cœur qui est partagé, et dont vous donnez une partie à Dieu, et l'autre aux créatures ou à l'amour de vous-même ; c'est proprement parler ce qui fait la tiédeur ; et c'est pour- «^uoi Dieu l'abhorre tant qu'il ne la peut souffrir, et que vous devez travailler dorénavant à ôler ce partage, à revenir entièrement à Dieu, et à ramasser routes vos affections et tous vos désirs pour les réunir en lui et en son saint amour.

Troisième p.vrtie. — Conclusion.

1° Remerciez Dieu de la grâce qu'il vous a faite dans l'oraison.

2° Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez commises.

5° Offrez-vous à la sainte Vierge, pour trouver en elle de quoi satisfaire avantageusement à vos obligations.

BoLQCET SPIRITUEL : Vthiam frigidus esses aut ca- Udus ! sed quia tepidus es.... incipiam te emovere ex ore meo. (Apec, m, lo, 16.)

De la rechute dans le péché.

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