‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 235 sur 303 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

SUR LE SAINT EMPLOI QU'ON DOIT FAIRE DU TKMPS, ET SOB LE BON ORDRE ET RÈGLEMENT DE LA JOURNEE.

Premier point. — Mettez-vous en la présence do Dieu , et vous unissant à Jésus-Christ , demandezlui son Saint-Esprit, pour vous faire connaître l'importance de bien employer le temps , et cç que vous devez faire pour ne le point perdre.

Deuxième point. — l" Consid'^rsz combien i/ est important de bien employer tout votre temps, et de n'en point laisser écouler inutilement, et dont vous ne fassiez un saint usage ; car le temps est court , et passe bien vite ; si nous le considérons en lui-

conduite et sa protection, n'entreprendre aucune même, ce n'est qu'une suite de moments, qui se affaire sans invoquer s.on secours, rcceurir souvent poussent et se chassent l'un l'autre : le présent a elle dans nos allliclions, tentations, dangers, et chasse le passe , l'avenir chasse le présent , et il n'y

RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — DIXIEME JOUR. 1018

a que le présent qui subsiste, et passe en un nisianl. Considérant le temps à légaid de réternité , il est bien vrai que tout le temps n'est qu'un moment , et à notre égard , le temps n"est que la longueur de notre vie : car, après notre mort, il n'y aura plus de temps pour nous; or, tout le temps de notre vie, qu'est-ce? Vaporad modicum parens {Jac. iv, 15)... umbrœ transiius , modicum... momrntnncum. (Job VIII, 9 ; Psal. ci, li et passiin.) Puisque donc il est si court, il faut faire comme les bons ménagers, qui, ayant peu de revenus, prennent bien garde de ne pas faire de dépenses inutiles , et de bien faire profiter ce qu'ils ont. De plus , le temps est incertain ; je ne puis pas répondre d'un seul moment , et, si j'en perds un seul instant, je ne puis assurer d'en avoir jamais un autre pour réparer cette perte ; et quand j'aurais encore quelques moments , la perte du temps que j'ai faite auparavant est irréparable. La perte de Dieu est grande , mais on la recouvre : la perte de la grâce est grande, mais on la recouvre : mais pour la perle du temps , jamais ; car le temps passe ne revient plus. A chaque moment je dois à Dieu tout ce que je suis , et infiniment plus que je ne puis rendre ; ainsi il est impossi-ble que je lui satisfasse pour les dettes passées , n'avant pas assez pour acquitter les présentes. Enfin , le temps est précieux , et nous a été donné par les mérites de Jésus-Christ : c'est le prix de son sang, ainsi nous ne pouvons le profaner sans une espèce de sacrilège ; il faut donc le bien employer, et surtout veiller soigneusement à ne le point perdre , puisqu'il ne nous est donné que pour en faire un saint usage.

2° Considérez ce que c'est que de perdre le temps. Perdre le temps, ce n'est pas seulement n'en rien faire, mais c'est l'employer au péché, c'est le passer en choses indifférentes, c'est l'occuper en de bonnes choses, mais que Dieu ne demande pas, c'est l'employer en de bonnes choses que Dieu demande, mais ne les pas faire avec pureté d'intention, ou ne les faire pas dans le lieu, dans le temps, et avec les autres circonstances que Dieu désire. En agir de la sorte, quand on serait occupé depuis le matin jusqu'au soir, c'est, au jugement de Dieu et dans le sentiment des saints , perdre son temps.

5° Considérez comme la plus grande partie de votre temps et de votre vie se passe tout à fait inulUeihenl : combien de moments où vous ne faites rien? combien d'actions indifférentes, et que vous ne songez point de rapporter à Dieu ? combien de visites inutiles? combien de conversations superflues? combien de divertissements, qui n'aboutissent qu'à vous satisfaire? Voyez ce que vous faites depuis le matin jusqu'au soir, et à peine discernerez-vous un seul moment où vous ayez cherché Dieu véritablement. Cependant tout le reste est perdu. Vous n'étudiez que par vanité, vous ne lisez que par humeur, vous ne travaillez que par caprice, vous ne vous appliquez que par fantaisie ; une heure vous

faites merveilles, et ensuite vous en passerez trois à ne rien faire, ou à ne faire rien qui vaille, et ainsi se passe et se perd presque tout votre temps.

Troisième point. — 1° Résolvez-vous de ne demeurer jamais oisif et sans rien faire, c'est-à-dire sans vous occuper à quelque chose qui puisse vous servir pour le salut, et pour cela prenez un ordre de vie avant que de sortir de retraite, où vous régliez ce que vous devez faire chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour et chaque heure. Car pour n'avoir point de règlement arrêté, et n'avoir point déterminé ce que l'on doit faire à chaque heure, on perd souvent le temps, on songe à ce que l'on doit faire, et on se détermine à ce qu'on ne doit pas faire. Réglez donc en sorte votre journée qu'il n'y ail aucune heure de vide, et qui ne soit employée utilement; car, sans cela vous perdrez bientôt tout le fruit de votre retraite.

2" Ne- craignez point d'y marquer quelque heure pour votre récréation et votre repos; le prenant pour Dieu, vous n'emploierez pas ce temps inutilement. Mais prenez garde de rien marquer que ce qui vous sera nécessaire, car aussitôt qu'il y aura du superflu, vous ne pourriez plus le prendre pour Dieu, et ainsi ce temps se trouvera perdu.

5° Réglez l'heure de votre coucher, en sorte que vous ayez environ sept heures et demie, ou huit heures de repos, sans cela vous êtes en danger de vous flatter souvent, et de donner à la nature et à la chair plus qu'il ne lui faut, et de vous persuader qve vous aurez encore besoin de dormir, quand vous en aurez bien envie.

4" Ne manquez pas aussi de marquer quelque temps pour votre oraison, c'est le principal fruit de la retraite, et qui vous servira le plus dans tout le reste de votre vie, pour vous entretenir dans vos bonnes résolutions ; et à moins que vous n'ayez pour cela un temps déterminé, vous la remettrez souvent d'heure en heure, et passant ensuite à d'autres affaires, vous en perdrez très-souvent l'occasion.

5° N'oubliez pas aussi de mettre dans le règlement de votre journée une demi-heure de lecture spirituelle, quelque moment de récollection avant le dîner ou le souper.

6° Enfin, réglez le tout selon votre condition, vos emplois, votre santé, et n'arrêtez rien sans l'avis de votre directeur, qui doit aussi vous régler ce que vous ferez chaque semaine, chaque mois, diaque année.

7° Après avoir pris ainsi ces règlements pour l'ordre de votre journée, et le saint emploi de votre temps, tâchez de vous y rendre fidèle, et de ne vous en point dispenser autant que vous pourrez, sans quelques raisons ; prenez garde de ne prendre pas pour raison votre humeur, votre fantaisie, votre paresse ou votre intérêt.

8° Pour vous rendre plus fidèle, résolvez-vous de prendre votre règlement par écrit, pour ne le pas

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oublier, de le lire ou une fois par semaine ou une tes, et de vous en imposer même par son avis quel-

fois par mois, à quelque temps dëlerminé, pour l'avoir plus présent ; de rendre compte de temps en temps à voire directeur des fautes que vous y fai-

que pénitence, quand vous y manquerez.

9° Enfin, résolvez-vous de vous y soumettre dans la vue de Dieu.

FORMA CLERI

SECCNDUM EXEMPLAR

QUOD ECCLESl^ SANCTISQLE PATRIBUS A CHRISTO DOMINI SUMMO SACERDOTE

MONSTRATUiM EST

AD DEVOTOS ET nELIGIOSOS CLERICOS

Bnbctis hoc in opcre , viri reliyiosi et devoti clerici, instituta apostolorum et apostolicorum virorum, prœcipuosque ecclesiaslicœ disciplinœ tanones. His fruimini, his circumdamini, his delectaniini, his armamini'; ut his freti, circumdati, dclcctati,armati contra cuncta inimicorum jacula persistere valealis. Satis etiim indignum est {ut ait Julius Pontifex) quemquam vel Pontificum vel ordinum subsequentium hanc re- (fuiam refutare, qtiam beati Pétri sedem et seqni videat et docere.

Scd quia in his novissimis temporibns multisunt, qui sanam doctrinam non sustinentes, adultérant verbum Dei; et qui ambulantes etiam in astulia, ut circumvenîanl juslum, docent quœ non oportet turpis lucri gratin, ita ut in errorem inducantur, etiam sifieri potcst, clecti {clerici) ; rogamus vos et obsecranuis, ul caveatis ab {his) hominibns, qui in hijpocrisi loquuntur t:'endacium, ne intendentes {eorum) fabulis, aberretis a via ; et insipientium errore traducti excidatis a propria firmitate.

Doctrinis item variis et peregrinis nolite abduci ; cum enim aliter doceanl quam quomodo vobis a sanctis evangelizatum est, et insuper vitam vestram œstiment insaniam ; illamque habeant in derisum ac in slntilitudinem improperii, verbis malignis garrientes in vos, non acquiesciint sanis sermonibus Domini nostri Jesu Christi, neque ei, quœ secundum pietatem est, doctrinœ. Ideoque, o homines Dei, hos fugite, sectamini vero justitiam.

Quod si etiam aliquos videatis et fratribus qui ad sua sœcularia desideria coacervent sibi laies magistros prurientes auribus, et a veritate quidem audilum averlant, ut attendant spiritibus erroris, atque ad eorum fabulas convertanlur , denuntiat vobis Aposlo- Ins in nomine Domini 7iostri Jesu Christi ut sublrahatis vos ab iltis.

Cum enim sine régula vivant, inordinale ambulant ; et quia Iransgrediuntur mandatum Dei et traditiones seniorum, uc rcscindunt verbum Dei, propler prœceptu, doclrinas el traditiones hominum, nec Deum revercntur, nec Ecctesiam andiunl. « (,}ui aulem Eceicsiam mn audierit (iufiuil Christus) sit tibi sicut

elhnicus et publicanus. » {Matlh. xvm, 17.) Ideoque et ne commisceamini cum illis ut confundantur ; taies enim non verilati acquiescunt, sed carni et sanguini, ISolite tamen illos quasi inimicos existimare, sed corripite ut fratres ; ita lamenul non contendatis verbis. Ad nihil enim utile est, nisi ad subversionem audientium : unde si quis ex illis vull contentiosus esse, slatim ut videretis illum languentem circa slultAS quwsdones, contentiones et pugnas legis, vel homutescile ; vel dicite ei cum Aposlolo : « Non in contentione el œmulatione. Nihil per contentionem ; uos enim lale;n consuetudinem non habemus, neque Ecclesia Dei : nec servum Domini oportet litigare. > {Philip, m, 2 ; / Cor. xi, 16 ; // Tim. ii, 24.)

De cœtero {fratres mei dilectissimi, de prœsenti sœculo nequam erepti, et ex hominibus, in Domini sortent assiunpti) ul in omnibus deinceps caute et secundum Deum ordinale ambuletis, non vero secundum sœculum mundi hujus aul secundum ejus consuetU' dinem; et ut possitis in omnibus perfecti stare;el, îk qua vocalione vocati estis, in ea permanere : altendilc ad hanc ecclesiaslicœ disciplinœ formant el perfeclam vitœ clericalis legem, quœ exsacris conciliorum, summorum Pontificum et Patrum decretis excerpta vobis offertur ; el sedulo perspicite in omnibus mandat» ejus, ut in illis tanquam in sptendidissimo speculo vitœ veslrœ faciem inspicientes possilis facilius agnosccre quid in vobis placeat cœlesti viro ; el quid displiceat, reformare. Hœc enim clericalis vitœ forma el régula nostra vere spéculum est, sicut de sua pronuntiabat Augustinus.

El bene {inquit Hugo Viclorinus) quia in ea tanquam in speculo inspicere possumus quales sutnus, sive pulchri, sive fœdi, sive justi, sive injusli ; ulrum quisque nostrum regulariter vivat ; ulrum proftciat, an deficial ; ulrum Deo placeat, an displiceal.

In hoc ergo clericalis vitœ sp''Culo suncla clerici anima se scmper inspiciat. Videat si hoc est quod dicil spéculum; si nondum est, oret, gemat, laboret ul sic sœculnris vitœ vitia corrigal, cl quasi renitcntes vullus vctut ex rcddita imagine actus suos componat, ut tandem perfectus sit homo Dei {et Ecclesiœ) et sic

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FORMA CLERI. - AD I.ECTOREM PRJ^.FATIO.

possit maiinificari Si'citntlum rcyulam nostram, non auh'in in aliéna gloriari.

Faxit Dens ut, si Iwclenus ecciesiaslica ha'c Rcgula [non] viguit absquc proccllis, mine {tandem^ siiHinrobiir propriumque viyorcm oblineat. i'sns auctoritati cedat, et pravum usum lex et ratio vincat ; ut quod a Romance Sedis rectoribus plena auctoritatc sancitum est, nullius consueludinis pra'pediente occa-

sione, proprias tanlum scqnendo voluntates, removi'alur, sed ftrmiter atque inconcusso hoc ipsum tencalur.

Dotninus îioster Jésus Cliristus, qui est fous omnium bonorum, talcs facial saccrdotes nostris temporibus, quaU's descripti sunt. > (D. Thom., opusc. G3, cap, ult.)

AD LECTOREM PU.EFATIO.

Qiuv haclcnus informis majoreque sui parte tnincata nianserat Forma cleri, formosa jam suisque omnibus parlibus absoluta in lucem prodit. Viderai operis hujus auclor religiosissimus, et quidem non sine acerbo doloris sensu viderai, clericos plerosque vitam aclusque suos non Chrisli et Ecclesiae sanclissimis legibus, ul par eral, sed quod dolendum, pravis mundi hujus aniatorum nioribus conforniare. Cunique istud vitii inde polissimum provenire cerneret, quod mullos sacra haec Chrisli et Ecclesiae instituta laterent, operse pretium facturum se duxit, si ad has leges exaclam vivendi fonnam clericoruni ob oculos poueret, quani omnes, si fieri posset, factis exprinaerent, aut certe nullus ignoranliam praetenderet.

Id ut assequeretur, collectas magno labore ex Scriptura sacra, eonciliis et sanclis Palribus, quai clericalem statum spectant, sentenlias variosque in liUdos distribulas in unum libcUum coegil, qui aplissinio nomine Forma cleri ab ipso nuncupatus est. Seplem parles totum opus compleclitur, quarum très primas jam in lucem ediderat, quatuor poslremas publici juris postea facturas. Yerum, dum lento gradu tum ob ingénies, quibus delinebatur, curas, liim ob adversam valetudinem incœplura laborem prosequitur , bene meritum de Ecclesia et de clerc mors viruni magno bonorum omnium lucKi Tivis eripit.

Hsesimus aliquandiu, inchoato ab auclore tanli nominis libro manus impares admovere non ausi : verum quia postrenuc quatuor partes de rébus gra- Tissitïiis, et quae in libris haclenus edilis ut pliirimum desiderantur, acturae erant, virique non pauci pietale, doctrina et etiam dignitate insignes, quibus 1res primée parles vehemenler arriserant, quod supet eral addi opusque absolvi cupere se et nobis et auclori, dum viveret, significaverint, votis eorum eo lubonlius annuimus, quod aliquas has parles ab auclore ipso paralas, et jam ferme prœlo aptas reperimus. Très itaque priores parles, prae nostra erga auclorem reverentia, quales ab ipso semel et ilerum ediUE fueranl, lerlia hac vice prcelo man-

dari permisimus. Quod atlinet ad quatuor posteriores partes, quai nondum in lucem prodieranl, id nobis curae fuit, ut pauca quaedam capiia, quse deerant. adderemus, nonnulla meliori reslilueremus ordini, atque eliam qusedam testimonia, minus accurale quibusdam primum scriptoribus adscripta, juxta censoriae severitaiis leges genuinis redderemus aucloribus.

Cœterum ne existimes conlinuam orationis seriem hoc in opère, sicut in ahis vulgo libris fieri solet, te esse reperlurum : merae sunl seu Scriplurae sacrse, seu conciliorum, seu auclorum ecclesiaslicorum sentenliae avulsae ab invicem, nec alio quam tilulorum, quibus subjecUe sunl, vinculo connexe ; id librum vel ad propriam ulililaleni lecturis, vel ex eo sentenlias ad aliorum docuraentum deprompluris, commodius exislimavîl auclor prudeniissimus.

Si qua forte occurrant capiia vel prolixiora quam vclles, vel quam velles breviora, de induslria id faclum scias, ut qu$ graviora, vel minus nota erani, allius animis et mémorise infigerenlur, mulliplici sanclorum Palrum suffragio roborata ; quae vero levia sunl, vel cunctis obvia, fusiori, quam necesse esset, stylo nauseam non parèrent.

Licelaulem in clericorum praicipueulililatem liber hic edilus sil, nonnulla lamen intérim testimonia inseria sunl, quae clericis et laicis ex aequo conveniunt, eo scilicet consilio ut ad perfectiocis sludium vehementius accederentur sacerdoles, dum ad eam fidèles ipsos vidèrent a sanctis Patribus excilari. Accedil quod, cum liber hic a laicis quibusdam Lalinae lingiiae non ignaris vel ex curiositale vel ex occasione legi forte possit, ea arte fuit ooniponendus, ut ad legentium omnium salulem conducerel.

Faxii Deus omnipolens, ut assidua hujus Forma' cleri conlemplalione vilac suae prioris n?evos agnoscere, agnilos emendare, eraendatis virlulum ornamenla sufficere curent clerici omnes, sicque fiai ul Principi pastorum Chrislo similes facli dicere possit unusquis(jue quod olim sanctus Paulus : Imitatora mei estote, sicut et ego Christi. (I Cor. xi, j.J

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FORMA GLERI.

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