‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 211 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XIV

nous qui ont fuy la douceur d’une vie tranquille, en leurs maisons, parmi leurs cognoissans, pour suivre l’horreur des desers inhabitables; etquise sont jettez à l’abjection, vilité, et mespris du monde, et s’y sont pleuz jusques à l'affectation. Le Cardinal Borromé‘ qui mourut dernierement à Milan, au [milieu] de la desbauche, à quoy le convioit et sa noblesse, et ses grandes richesses, et l'air de l'Italie, et sa jeunesse, se maintint en une forme de vie si austere, que la mesme robe qui luy servoit en esté, luy servoit en hyver ; n’avoit pour son coucher que la paille; et les heures qui luy restoyent des occupations de sa charge, il les passoit estudiant continuellement, planté sur ses genouz, ayant un peu d’eau et de pain à costé de son livre, qui estoit toute la provision de ses repas, et tout le temps qu’il y employoit. J'en sçay qui à leur escient onttiré et proffit et avancement du cocuage, dequoy le seul nom effraye tant de gens. Si la veuë n’est le plus necessaire de nos sens, il est au moins le plus plaisant; mais et les plus plaisans et utiles de nos membres, semblent estre ceux qui servent à nous engendrer : toutesfois assez

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