‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 257 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XX

à la paume, receut un coup d’esteuf qui l’assena un peu au dessus de l'oreille droite, sans aucune apparence de contusion, ny de blessure. Il ne s’en assit, ny reposa, mais cinq ou six heures apres il mourut d’une Apoplexie que ce coup luy causa. Ces exemples si frequens et si ordinaires nous passant devant les yeux, comme est-il possible qu’on se puisse deffaire du pensement de la mort, et qu’à chaque instant il ne nous semble qu’elle nous tient au collet?

Qu’import'il, me direz vous, comment que ce soit, pourveu qu'on ne s’en donne point de peine? Je suis de cet advis, et en quelque maniere qu'on se puisse mettre à l'abri des coups, fut ce soubs la peau d’un veau, je ne suis pas home qui y reculasse. Car il me suffit de passer à mon aise; et le meilleur jeu que je me puisse donner, je le prens, si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez,

prætulerim delirus inersque videri, Dum mea delectent mala me, vel denique fallant, Quam sapere et ringi!.

Ligne 4) a, a’ : blessure ef qui lestonna si peu qu'il ne s’en assit, ny reposa jusqu'à ce que le voilà perdu, cinq ou six heures après d’une apoplexie. Ces

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