LIVRE I, CHAP. XXI
et les fievres et la mort a ceus qui la laissent faire et qui luy applaudissent. Simon Thomas estoit un grand medecin de son temps. Il me souvient que, me rencontrant un jour ches un riche vieillart pulmonique, et traictant aveq luy des moiens de sa guerison, il luy dict que c'en estoit l’un de me doner occasion de me plaire en sacompaignie, et que, fichant ses veus sur la freschur de mon visage, et sa pensee sur cette allegresse et vigeur qui regorgeoit de mon adolescence, et remplissant tous ses sens de cet estat fleurissant en quoi j’estois, son habitude s’en pourroit amander. Mais il oblioit a dire que la miene s’en pourroit empirer aussi]. Gallus Vibius banda si bien son ame à comprendre l'essence et les mouvemens de la folie, qu’il emporta son jugement hors de son siege, si qu’onques puis il ne {ly| peut remettre : et se pouvoit vanter d'estre devenu fol par [sagesse]'. Il y en a
Ligne 4) 1505 : jour à Thoulouse chez
— 10) a, a’, b : ame, ef la lendil, à comprendre et imaginer l'essence [en bil y a : tendy]
— 18) a, a’, b : jugement #esme hors
— 19) b: il ne peut remettre [a, a’ avaient déjà : ne l’y peut
— 20) a, a’, b: fol par discours. Il
1. SÉNÈQUE le rhéteur (Controv., II, 9), de qui Montaigne doit avoir pris ce fait, ne dit point que Vibius Gallus perdit la raison en tâchant de comprendre l’essence de la folie, mais en s'appliquant avec
qui, de frayeur, anticipent la main du bour= reau. Et celuy qu’on debandoit pour luy lire sa grace, se trouva roide mort sur l’eschafaut du seul coup de son imagination. Nous tres= suons, nous tremblons, nous pallissons et rougissons aux secousses de nos imaginations; et renversez dans la plume sentons notre corps agité à leur bransle, quelques-fois jusques à [en expirer]. Et la jeunesse bouillante s’eschauffe si avant en son harnoïs tout’endormie, "0: qu’elle assouvit en songe ses amoureux desirs,
Ut quasi transactis sæpe omnibus rebus profundant Fluminis ingentes fluctus, vestemque cruententi.
Et encore qu’il ne soit pas nouveau de voir croistre la nuict des cornes à tel qui ne les 15 avoit pas en se couchant : toutesfois l’evenement de Cyppus”, Roy d'Italie, estmemorable, lequel pour avoir assisté le jour avec grande affection au combat des taureaux, et avoir eu
Ligne 7) a, a’ : plume nous sentons — 9)a, a’, b : jusques à Za mort. Et la
rop de contention d'esprit à en imiter les mouvements. (C.)
1. LucrÉCE, IV, 1032-1033. Souvent, dans lillusion d’avoir consommé l’acte, ils répandent de grands flots de semence et en souillent leurs vêtements.
2. PLINE, Hist. nat, XI, 45, reproduit le fait en le traitant de fabuleux. — VALÈRE MAXIME, V,6.—Cippus, préteur romain, n'était pas roi d'Italie, maïs lestdevins avaient prédit qu’il le deviendrait s’il rentrait à Rome | il aima mieux s’exiler. (J.-V. L.)