‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 50 sur 100 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Je n'en jouirai pas ; et des mains étrangères Déposeront ma cendre en des champs ignorés. Charmante Parthénope ! heureux bords î monts sacrés ! Vous que je choisissais pour dernière patrie ! O ! sous vos frais coteaux à la pente fleurie Combien ma cendre un jour eût dormi mollement ! Les Nymphes de vos bords sur l'humble monument, Le soir, eussent posé leur couronne champêtre» Et plus d'un voyageur l'eût visité peut-être. Adieu , séjour natal , terre où je fus nourri ! Adieu , toit paternel , héritage chéri ! , Humble Mantoue! adieu. Que Mars enfin pardonne A tes champs trop voisins de la triste Crémone !!.i~.

Vous que j'ai tant aimés , je ne vous verrai plus , Tibulle, Horace, Ovide, et toi tendre Gallus ! Songez à moi; plaignez mon destin trop rapide. Trois fois à vos banquets laissez ma place vide ;

Que vos coupes , trois fois, épanchent de leurs bord j La libation sainte aux déesses des morts ; Et, pour prix de vos soins et de votre tendresse,. Je dirai vos beaux vers aux chantres de la Grèce. Plus malheureux , je meurs , à ma gloire arraché , Et mon plus digne ouvrage est à peine ébauché ! »

Il reprend, à ces mots, l'immortelle Enéide; ' Et d'instant en instant son regard plus rigide D'une froide ordonnance accuse la langueur : « Faible étude! a-t-il dit, esquisse sans vigueur. Périssez ! A mon nom vous feriez trop d'outrage , Et je lègue au bûcher mon imparfait ouvrage. Approchez, Almédon * , et recueillez mes vœux. Quand je ne serai plus , jetez au sein des feux

* Qaelque.<i traditions donnent ce nom au dernier bote de Virgile.

Page 1