LA BACHELETTE
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J\v temps passé , l'innocente Loïse Du beau Vindal s'énamoura, dit-on.
Vindal en guerre était plein de franchise , Mais, eh amour cauteleux et félon.
Heureux à peine , il lui dit : « Bachelette , Vais dans Beaucaire à superbe tournoi ; Tôt reviendrai te rapporter aigrette De chevaliers désarçonnés par moi. »
Il dit, revêt son armure luisante, Prend son épée, et sa lance, et son cor:
Loïse en pleurs pour gage lui présente L'écharpe blanche , et les bracelets d'or.
Il part. Bientôt dans le bois solitaire
Il rencontra, sur un blanc palefroi ,
La belle Irène, en cheinin pour Beaucaire;
Et dans son coeur il sentit doux émoi.
« Heur vous advient: aimable voyageuse ! Dit-il alors , retenant son coursier.
Feuillage est sombre , et nuée orageuse ; S'il vous complait, serai votre écuyer.
— Oui bien , répond la cavalière émue ; Mais vais sans doute avec trop de lenteur.
— Vais lentement aussi , belle inconnue , Car , depuis peu , suis blessé vers le cœur.
— Blessé ! répond l'aventureuse dame :
. Ciel m'est témoin, voudrais vous secourir. ,
— Ne tient qu'à vous; possédez vrai dictame Qui m'a blessé bien saurait me guérir. »
A ce propos, détournant son visage.
Rougit la dame, ou feignit de rougir; Et du parler tous deux perdant l'usage. De temps en temps étouffaient un soupir.
A quelques pas , la jeune Violette Suivait sa dame, et rêvant s'en allait. Non sans redire , en chevauchant seuletlc : « Que l'étranger n'a-t-il page ou varlet ! »
Nuit déjà close, à Beaucairc ils entrèrent; Mais, ne logeant dans le même manoir,
Bien à regret, las ! ils se séparèrent, Et tendrement se dirent : «Au revoir ! »
Le lendemain , quand s'ouvrit la carrière , Irène, auprès de ses nobles parents, Biche d'atours, non loin de la barrière, Pour le tournoi prit place aux premiers rangs.
Du fier Vindal le triomphe s'apprête ; De l'espérance il a pris la couleur :
Victorieux , aux pieds de sa conquête 11 vient poser le prix de la valeur.
Puis, à voix basse, il dit : « Vindal réclame Prix plus charmant, couronne de vainqueur. One ne saurai-je où fleurit vrai dictame Que réservez à blessui-e du cœur ?
— Beau paladin, tôt le saurez, » dit elle. Et revenant, le soir, au vieux château, Sur son passage, au pied de la tourelle. Elle aperçut modeste jouvenceau.
« Noble beauté, dit-il avec simplesse, Recevez-moi comme page ou varlet ; Pour vous servir aurai zèle et prestesse , Et de grand cœur aimerai qui vous plaît.
— Ce soir, ami, porteras ma livrée.
Suis libérale à qui bien m'a servi. »
Le jouvenceau fait dès-lors son entrée.
Et Violette en a le cœur ravi.
Se rajustant, tout bas elle répète :
> « Ciel est propice à dévote oraison.
BALLADES. ' avS
Au revenir plus ne serai seulette , Voyage est court avec beau compagnon.
— Ça, dit Irène, est-tu discret, mon page?
— C'est loi d'honneur et devoir de féal.
— Veux bien t'en croire, et te donne message Pour chevalier qui porte nom Vindal.
Dire lui faut qu'à minuit vrai dictame Devers la tour doit fleurir ; puis encor Que, de sa part, Irène lui réclame Écharpe blanche avec bracelets d'or, »
Le page alors va remplir son message.
Vindal troublé ne le reconnut pas.
Morne et pensif, s'en retournait le page, Quand une fleur s'offrit devant ses pas.
a7S BALLADES.
Pauvre Loïse ! hélas ! la fleur fatale Dans ta pensée a déjà son emploi ; Et cependant ton altière rivale Attend le page, et ce page c'est toi.
Pour abréger sa trop longue veillée, L'heureux Vindal monta san coursier noir , Et parcourut la lande dépouillée, En écoutant l'horloge du manoir.
La blanche lune argentait la fougère, Quand douze fois le sombre airain sonna. Vindal , plus prompt que la foudre légère , Volait... Soudain son coursier frissonna.
Sous l'éperon qui l'attaque et le presse Il se défend; l'oeil et l'oreille au guet.
Les crins au vent, il recule, il se dresse. Et l'air frémit de son souffle inquiet.
« Quoi ! dit son maître : 6 mon fidèle Ébène , Qu'ai vu cent fois dans le sentier d'honneur Sans tressaillir braver lance inhumaine , En frissonnant me conduis au bonheur ! »
D'un saut léger Vindal touche l'arène. Gagne la tour, regarde fixement...
Et devant lui voit le page d'Irène , Sur le gazon couché sans mouvement.
Incline-toi vers sa bouche muette, Amant d'Irène ! approche , approche encor. Reconnais-tu la douce bachelette , L'écharpe blanche et les bracelets d'or ? 4 24
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Il s'étendit sur la terre sauvage ,
Et d'un frisson tout son corps fut transi.
Il dit trois fois : « Tu dors long-temps , beau page ! ■
Au point du jour, Vindal dormait aussi.