‹ uvres complètes de Millevoye (volume 5)Chapitre 16 sur 50 · PREMIER CHANT · texte numérisé non relu

PREMIER CHANT

j'ai promis autrefois que , si les desrinées Ajoutaient à mon âge encor quelques années, J'oserais, écoutant mon instinct créateur, De la fière épopée affronter la hauteur; Et, m'ouvrant à moi-même une carrière immense, Nem'arrêter qu'au but.. J'ai promis, je commence.

Musc! élève la voix, et redis, dans tes vers, Comment un roi vaillant, l'effroi de l'univers,

i5o FRAGMENS.

Sut contre les efforts d'une ligue puissante Proléger, affermir l'Église encor naissante , Et paisible, au milieu de la paix et des arts , Revêtir en vainqueur la pourpre des Césars.

Et toi qui, des hauteurs de la voûte éternelle , Étends sur les Français une main paternelle , Ange de ma patrie ! accours à mes accens ! Nourris le feu divin qui s'allume en mes sens; Viens; des âges vieillis rajeunissant l'histoire; Apporte jusqu'à moi leur douteuse mémoire, Et du siècle où. vivaient nos illustres aïeux Rapproche le lointain qui fuit devant mes yeux. Dans ce vieil horizon de gloire et de féerie , Montre-moi ces guerriers qu'enfanta ma patrie; Qui, surpassant alors les plus fameux rivaux,

FRAGMENS. i5i

Héros, levaient leurs fronts au-dessus des héros; De qui la renommée, abandonnée aux âges, Arriva jusqu'à nous, vierge de leurs outrages, Et, des ans fugitifs suivant toujours les pas , N'aura jamais de fin si les temps n'en ont pas. Voilà quel beau destin pour les grands cœurs s'apprête Leur vie est un triomphe et les temps leur conquête.

Page 1