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11 venait d'un mcme œil vi ma vie c-t ma moiL Ah ! sans cloute , ô Vénus ! ô déesse cruelle ! ïou (ils l'enlraîne aux pieds d'une amante nouvelle... WimpOrte! dès demain, aux premiers feux du jour, J'irai dans la palestre attendre son retour : Je veux le voir, je veux confondre le parjure; Je veux lui reprocher tous les maux que j'endure. Mais la nuit règne encor : sous ses voiles discrets D'un noir enchantement déployons les secrets; Essayons mon pouvoir sur cette ame insensible. Fais triompher le charme , ô déité paisible , Qui, suivant lentement ton cours silencieux, Veilles seule avec moi, quand tout dort souslescieux. Toi que des chiens hurlants les clameurs prophétiqucï Annoncent à grand bruit sur les places publiques; Toi qui, t'environnant de lugubres flambeaux. Marches d'iui pied nocturne au milieu des tombeaux. Triple Hécate ! descends dans mon ame obsédée ;
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Rassemble en moi Circé , Périmède et Médée.
Philtres impérieux ! ramenez près de moi L'ingrat qui 7n' a manqué de foi.
Regarde , Thestilis. Déjà l'orge sacrée Expire en pétillant, par les feux dévorée. Hâte-toi, hàte-toi d'en répandre à grands flots... Mais, quoi! ta main languit dans un lâche repos f Perfide! avec le traître es-tu d'intelligence? Aurais-tu médité de trahir ma vengeance ? Verse, en disant ces mots : « Du plus faux des amants Puissé-je ainsi brûler les derniers ossements! »
Delphis, l'ingrat Delphis brûle toute mon arae. Comme de ce brasier la pétillante flamme Consume ce rameau, que Delphis, à son tour, Languissant, desséché, se consume d'amour! Amollis cette cire en invoquant la foudre.
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Puissé-je ainsi, cruel, voir ton cœur se dissoudre! Qu'Amour de son flambeau vienne amollir ton sein. Brûle de tous ses feux; et, comme sous ma main Ce disque avec vitesse en tournoyant s'agite , Que la main de Vénus vers moi te précipite!
Philtres impérieux! ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
Achevons les apprêts de ce noir sacrifice ; Sous nos coups redoublés que l'airain retentisse ! Enchaîne aux boi'ds duStyx, par tes ordres sacrés, Les dieux du noir séjour contre moi conjui-és, O Diane!... — Elle vient: un bruit sombre et terrible Atteste autour de nous sa présence invisible.
Philtres impérieux ! ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
Le bruit meurt. Quel repos ! la terre au loin sommeille ;
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Mais dans mon sein troublé l'amour gémit et veille. On n'entend plus gronder l'aquilon sur les flots ; Seal, mon cœur orageux ignore le repos. J'épanche par trois fois cette coupe écumante; Par trois fois, s'échappant des lèvres d'une amante, Ces mots vont retentir : « Objet de mon mépris , Odieuse beauté dont Delphis est épris, Qu'il t'oublie à son tour, comme autrefois Thésée Oublia dans Naxos Ariane abusée ! »
Philtres impérieux ! ramenez près de moi L'ingrat qui m'a manqué de foi.
Le coursier frémissant bondit dans la campagne ;
Il vole sur les pas de sa belle compagne,
A travers les vallons et les monts sourcilleux :
Puissé-je voir ainsi mon amant furieux,
De désirs éperdu, s'élancer du Gymnase,
Et venir m'embraser de l'ardeur qui l'embrase !
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Philtres impcrieux ! ramenez près de moi L" ingrat qui m'a manqué de foi.
Cette frange, ornement de sa robe flottante, Livre-la , Thestilis , à la flamme éclatante. Amour, qui sur mon cœur t'acharnes sans pitié, N'es-tu pas de mes maux encor rassasié ? De ces lézards broyés formons un noir breuvage. Va presser ces poisons , artisans de ma rage , Sur le seuil dont mon cœur ne peut se détacher : Seuil désert, que l'ingrat ne daigne plus toucher Et dis, en exprimant l'affreux suc de ces plantes « Puisse-t-il circuler dans ses veines brûlantes ! 1
Me voilà seule enfin !... ô déesse des nuits, Remontons vers ce jour, source de mes ennuis. On céléljrait Diane : Anaxo, révérée, S'avançait aj)portant la corbeille sacrée; Et dans leur sinmlaerc on admirait les traits
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De CCS (iers animaux habitants tics forets. D'une lionne alors l'image courroucée Attirait les regards de la foule empressée. Theucaris, dont le lait nourrit mes premiers ans, Me conjura d'aider ses pas déjà pesants , Et d'assister près d'elle à la cérémonie. Hélas ! j'y consentis : les dieux m'en ont punie.
Astre des nuits révèle au jour Et mes malheurs et mon amour.
Déjà nous entendions les clameurs de la fête, Et du toit de Lycus j'apercevais le faîte. En ce fatal moment, suspendant leurs travaux, Eudamippe et Delphis, compagnons et rivaux, Sortaient de la palestre où se plaît leur courage. Un duvet délicat ombrageait leur visage. Je les vis... ou plutôt je ne vis que Dclpbis ; Je le vis, et vers lui vola mon ame errante :
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Je demeurai long-temps muette , délirante ; Mes regards sans rien voir devant moi se fixaient, Et sous mon corps tremblant mes genoux fléchissaient. La fête tout à coup disparut à ma vue. J'ignore à mon séjour quelle main m'a rendue : Mais une fièvre ardente alluma tous mes sens; Dix fois la nuit obscure entendit mes accents , Et dix fois de retour, l'astre qui nous éclaire Me vit noyer de pleurs ma couche solitaire.
Astre (les nuits ! révèle au jour Et mes malheurs et mon amour.
Sur mon front ]);ilissant la mort senihlait présente; Ma tète avait perdu sa parure flottante. Enfin, non sans rougir, je dis à Thestilis : « Delphis est mon vainqueur, amène-moi Delphis...» Elle vole, revient, et Delphis la devance; Déjà d'un pied léger sur le seuil il s'élance.
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lis s'offrirent soiulain à mes regards surpris.
Astre des nuits ! révèle au jour Et mes transports et mes amours.
Je le vois !.. tout mon corps transit, frissonne et brûle. Une froide sueur dans mes menibrcs circule. Je veux parler, ma voix expire, et de mon sein Avec peine s'échappe un murmure incertain.
Aussitôt qu'il me vit , avec un art perfide Il baissa vers la terre un frond pur et timide : « Simèthe, me dit-il de l'accent le plus doux. Vous prévenez Delphis en l'appelant vers vous. Dès que l'ombre paisible eût obscurcit la terre , Oui, je serais venu, guidé par le mystère. Implorant dans la nuit l'étoile de Vénus , Suspendre à votre toit les doux fruits de Bacchus. Mais si d'affreux ven-oux , repoussant ma pi'ière , 2 26
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Avaient ii mes transports opposé leur barrière, Contre le seuil jaloux complice de mes maux, L'Amour eût fait voler la hache et les flambeaux. L'Amour ! ah ! le Lipare et son ardent bitume , Que la main du Cyclope incessamment rallume , ^N'égalent point les feux dont il dévore un cœur. Il parle, tout fléchit; il veut, il est vainqueur. Contre ses traits puissants Minerve est sans égide : Il subjugue, enhardit une beauté timide, Et, trompant des Argus les regards attentifs. Loin du toit maternel guide ses pas furtifs : Il arrache à l'époux son épouse inconstante. Du baiser de l'hymen encore palpitante. »
Il dit; et, dans le trouble où s'égarent mes sens, Mon ame avec transport recueille ses accents. Interdite, éperdue, et respirant à peine, »Sur mon sein amoureux doucement je l'entrainc;
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Et sur mon lit brûlant, l'un vers l'autre élancés. Nous ne formons qu'un corps de nos corps enlacés. A nos lèvres de feu nos âmes suspendues Dans ses flots de plaisir expirent confondues... O Phébé ! tu nous vis en de si doux moments, Enivrés à longs traits du nectar des amants.
Depuis ce temps heureux , tous nos jours sans nuages Par l'amour embellis, coulaient exempts d'orages. Ce matin, quand l'Aux'ore, éveillant l'univers, Sur son char éclatant remontait dans les airs, Néris vient m'annoncer la plus cruelle injure : Delphis, si je l'en crois , Delphis n'est qu'un parjure. De ma rivale encor le nom m'est inconnu ; Mais dans de nouveaux fers Delphis est retenu ; Tout l'annonce : de fleurs sa tète est couronnée ; De myrtes amoureux sa maison est ornée; 11 boit dans les festins à l'objet de sa foi^
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C'en ust fait , et Delphis n'existe plus pour moi !
Loin de mes bras il vole au plaisir qui l'appelle...
Mais je veux ramener ou punir l'infidèle.
Si son cœur plus long-temps s'obstine en ses forfaits
O Parques recevez le serment que je fais :
Il ira m'outrager sur le sombre rivage ;
Les poisons sont tout prêts pour assouvir ma rage.
Phébé! poursuis ton cours : l'heure fuit; ii est temps De plonger dans les flots tes coursiers haletants. Si mon art impuissant trahit mon espérance, Tu reviendras demain éclairer ma vengeance.