‹ uvres complètes de MolièreChapitre 113 sur 553 · SCÈNE VIII. — MONSIEUR DE PaURCEAUGNAC, ORONTE LUCETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. — MONSIEUR DE PaURCEAUGNAC, ORONTE LUCETTE

LUCETTE, conlrefaisaui tine languedocienne.

Ah! tu es assi, et h la fi yeu te trobi après abé fait tant de passés. Podes-tu , scélérat , podes-lu soustoni ma bisto'^ ?

MONSIEUR DE POURCEAUCNAC.

Qu'est-ce que veut cette femme-là?

LUCETTE

Que te boli, infâme! Tu fas semblan de nou me pas connouisse , et nou rougisses pas , impudint que tu sios , tu ne rougisses pas de me beyre? (AOrome.) Nou sabi pas, moussur, saquos bous dont m'an dit que bouillo espousa la fillo; may yeu bous dcclari que yeu soun sa fenno, et que y a set ans, moussur, qu'en passan à Pézénas, el auguet l'adresse, dambé sas mignardises, commo sap tapla fayre, de me gaigna lou cor, et m'oubiigel pra quel mouyen à ly douna Ja «lan per l'espousa'.

ORONTE

Oh! oh!

* Daus le sens de : hypothéquées.

' Ah ' (Il es ici, et à la fio je te trocve après avoir fait tant d'allées et de vewes. Peux-tu, scétéral, peux-tu souteuir ma vue?

* Ce que je te veux, inrâme! tu fais sémillant de ne me pas coDDaltre, et lu m» rougis pas, impudent que tu es, lu ne rougis pas de me voir? (il Ormite.] l'ignore, monsieur, si c'est vous dont on m'a dit qu'il voulait épouser la tille; ■laUje veut déclare que je suis sa femme, et qu'il y a sept ans qu'en passant à Féiénas, il eut l'adresse, par ses mignardises qu'il sait si bien faire, de me gagner k <«ur, et m'obligea, pu ce moyeDi à lui donser U main pour l'épouier.

«44 MONSIEUR DE POUHCEAUGNâS.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Que diable est-ce-ci'

LilCETTE.

Lou traité me quittel très ans après, sul préteste de quaiques affayres que l'apelabon dins soun pays, et despey noun ly resç^u put quaso de noubelo ; may dins lou tens qui soungcabi lou mens, m'an donnât abist, que begnio dins aquesto bilo, per se remarida dambé un autro jouena fillo, que sou» parens ly an proucurado , sensse saupré res de son prumié mariatge. Yeu ai tout quitat en diligensso, et me souy rendu dodins aquesle loc lou pu leu qu'ay pouscut, per moupousa en aquel criminel mariatge , et confondre as elys de tout le mounde Ion plus méchant day hommes*.

MONSIECR DE POIRCEAUGNÀC.

Voilà une étrange effrontée !

LUCEÏTE.

Impudint! n'as pas honte dô m'injuria, alloc d'être confus day reproches secrets que ta conssiensso le deu fayre^?

MONSIEUR DE TOURCEAUGNAC.

Moi, je suis votre mari?

LU CETTE

Infâme! gausos-tu dire lou contrari? Hé! tu sabes bé, per ma penno, que n'es que trop bertat; et piaguesso al cel qu'aco non fougesso' pas , et que m'auquessos layssado dins l'état d'innoussenço, et dins la tranquillitat oun mouu amo bibio daban que tous charmes et tas trounpariés nou m'eu bengucsson malhurousomen fayre sourty! yeu nou serio pas réduito à fayré lou triste persounatge que yeu fave présentcsien ; à beyre un maril cruel mespresa toute l'ardou que jeu ay perel, et me laissa sensse cap de piétat abandounado i las mourtéles doulous que yeu ressenti de sas pcrfidos acciùsS.

'Lelrailre me quitta trois ant après, sous le préleile (îe qKelqae affaire qui 'appelait dans SOD pays, el dépuis je n'en ai point ea de nouvelles; luait, ilaus .e temps que j'y songeais le moins, on m'a donné avis qu'il venait dans celle ville pour se remaru-r avec une auire jeuue 6ile que ses parents lai ont promise, uns savoir rien de son premier mariage. J'ai tout quitté au-silôl, et je me suis rendue dans ce lieu le plus promptemenl que j'ai po, pour m'opposer à ce criminel mariage, et pour confondre aux yeuz de tout le monde le plus uiécliaa> des hommes.

* Impudent 1 n'as-tu pas lionte de m'injurier, au lieu d'être conrus r!os repr» chei secrets que ta ccnsciejcs doit te faire?

'ijjtîàoiâ! oses-lu dire ' C05treir«? Ab : ta sais biea, pour mon mallieur, qnf

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