ACTE II, SCENE IV
SOSTRATE
Celle, madame, de tâcher d apprendre do vous vers lequel des deux princes peut incliner votre cœur.
La princesse ma mère montre un esprit judicieux dans le choix qu'elle a fait de vous pour un pareil emploi. Cette commission, So^trate , vous a été agréahle sans doute, et vous l'avez acceptée avec beaucoup de joie ?
SOSTRATE
Je l'ai acceptée, madame, par la nécessité que mon devoir m'impose d'obéir; et si la princesse avoit voulu recevoir mes excuses , elle auroit honoré quelque autre de cet emploi.
ÛBIPHILE.
Quelle cause, Sostrasle, vous obligeoil à le refuser?
SOSTRATE
La crainte, madame, de m'en acquitter mal.
ÉRIPHILE
Croyez-vous que je ne vous estime pas assez pour vous ouvrir mon cœur, et vous donner toutes les lumières que TOUS pourrez désirer de moi sur le sujet de ces doux princes?
SOSTRATE
4e ne désire rien pour moi là-dessus , madame ; et je ne vous demande que ce que vous croirez devoir donner aux ordres qui m'amènent.
ÉRIPHILE
Jusques ici je me suis défendue de m'expliquer, et la princesse ma mère a eu la bonté de souffrir que j'aie reculé toujours ce choix qui me doit engager; mais je serai bien aise de témoigner à tout le monde que je veux faire quelque chose pour l'amour de vous ; et, si vous m'en pressez, je rendrai cet arrêt qu'on attend depuis si longtemps.
SOSTRATE
C'est une chose , madame , dont vous ne serez point importunée' par moi ; et je ne saurois me résoudre à presser une princesse qui sait trop ce qu'elle a à faire.
ÉRIPHILE
Mais c'est ce que la princesse ma mère attend de vous.
SOSTRATE
Ne lui ai-je pas dit aussi que je m'acquitlerois mal de «ette commission?
F.RIPHTIF..
Oh çà, Sosfrate, les gens comme vous onl loiijours les ytux pénétranls; et je pense qu'il ne doit y avoir guère de choses qui échappent aux vôtres. N'ont-ils pu découvrir, vos yeuf, ce dont tout le monde est en peine? et ne vous ont-ils poi: t donné quelques petites lumières du penchant de mon ca-ui ? Vous voyez les soins qu'on me rend , l'empressement qu'oa me témoigne. Quel est celui de ces deux princes que vous croyez que je regarde d'un œil plus doux ?
SOSTP.ATEa
Les doutes que l'on forme sur ces sortes de choses ne souc réglés d'ordinaire que par les intérêts qu'on prend.
ÉRIPHILE
Pour qui , Sostraîe , pencheriez-vous des deux ? Quel est oelui, dites-moi, que vous souhaiteriez que j'épousasse ?
SOSTRATE
Ah! madame, ce ne seront pas mes souhaits, mais votre inclination qui décidera de la chose.
ÉRIPHILE
Maïs si je me conseillois à vous pour ce choix?
SOSTRATE
Si vous VOUS conseilliez à moi, je serois fort embarrassé.
ÉRIPHILE
Vous ne pourriez pas dire qui des deux vous semble plus digne de cette préférence?
SOSTRATE
Si l'on s'en rapporte à mes yeux, il n'y aura personne qui Mit digne de cet honneur. Tous les princes du monde seront trop peu de chose pour aspirer à vous; les dieux seuls y pourront prétendre, et vous ne souffrirez des hommes que l'encens et les sacrifices.
ÉRIPHILE
Cela est obligeant, et vous êtes de mes amis. Mais je veux que vous me disiez pour qui des deux vous vous sentez plus d'inclination, quel est celu» que vous mettez le plu» au ranf de vos amis.