‹ uvres complètes de MolièreChapitre 166 sur 553 · SCÈNE 1. - ARISTIONE ÉRIPHILE · texte numérisé non relu

SCÈNE 1. - ARISTIONE ÉRIPHILE

ARISTIONE.

De qui qv.e cela soit, on ne peut rien de plus galant et de mieux enlcMilu. Ma fille, j'ai voulu me séparer de tout le monde poiii vous entretenir; et je veux que vous ne nie cachiez rion (le la vérité. N'auriez-vous point dans l'ame quelque iiulinalion secrète que vous ne voulez pas nous dire?

ÉRIPHILE

Moi, madame!'

ARisxroNE, ^

Parlez à cœur ouvert, ma fille. Ce que j'ai fait pour vous mérite bien que vous usiez avec moi de franchise. Tourner vers vous toutes mes pensées, vous préférer à toutes choses, et fermer l'oreille, en l'état où je surs, à toutes les propositions que cent princesses , en ma place , écouteroient avec bienséance ; tout cela vous doit assez persuader que je suit» une bonne mère , et que je ne suis pas pour recevoir avec sévérité les ouvertures que vous pourriez me faire de votre cœur.

ÉRIPHILE

Si j'avois si mal suivi votre exemple, que de m'être laissée aller à quelques sentiments d'inclination que j'eusse raison de ciither , j'aurois , madame , assez de pouvoir sur moimèm;' pour imposer silence à cette passion , et me mettre en état de ne rien faire voir qui fût indigne de votre sang.

iRISTIONE.

Non, non, ma fille; vous pouvez, sans scrupule, m'ouvrir VOS sentiments. Je n'ai point renfermé votre inclination dans le choix de deux princes : vous pouvez l'étendre où vous voudrez ; et le mérite, auprès de moi, tient un rang si considérable , que je l'égale à tout ; et si vous m'avoue» franchement les choses, vous me verrez souscrire sans répu' gnance au choix qu'aura fait votre cœur.

lÎRipnii.E.

Vouî avez des bonlés pour moi, madame, dont je ne puis assez me louer; mais je ne les mettrai point à l'épreuve sur le sujet dont vous me parlez ; et tout ce que je leur demande, c'est de ne point presser un mariage où je ne me sens pas encore bien résolue

ARÎSTIONE.

Jusqu'ici je vous ai laissée assez maîtresse de tout; el l'impatience des princes vos amants... Mais quel bruit est-ce que j'entends? ahl ma fille, quel spectacle s'offre à nos 3'eux ! quelque divinité descend ici , et c'est la déesse Vénus qui semble nous vouloir parler.

SCÈNE II. — VÉNUS , accompagnée de QUATRE PETITS AMOURS daos une machine; ARISTIONE, ÉRIPHILE.

VIÏNIS, à Aristione.

Princesse , dans tes soins brille un zèle exemplaire Qui par les immortels doit être couronné ; Et , pour te voir un gendre illustre et fortuné , Leur main te veut marquer le choix que tu dois faire.

lis t'annoncent tous par ma voix La gloire et les grandeurs que, par ce digne choix. Ils feront pour jamais entrer dans ta famille. De tes difficultés termine donc le cours ;

Et pense à donner ta fille

A qui sauvera tes jours.

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