‹ uvres complètes de MolièreChapitre 181 sur 553 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

L'ouverture se fait par un grand assembl.ige d'instruments ; et dans le milieu du théâtre on voit un élève du maître de musique qui compose sur une table un air que le bourgeois a demandé pour une sérfnad«.

«CÈNE I. — UN MAITRE DE MUSl jUE, UN MAITRE A

DANSER, TROIS MPSiCTENS. DE IX VIOLONS. QUATRE

UAi\'S£L. ■ .

LE MAÎTRE DE MUSIQUE, aux musiciens.

Venez, entrez dans cette salle , et vous reposez là , en attendant qu'il vienne.

LE MAÎTRE A DANSER, au« danseors.

Et VOUS aussi, de ce côté.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE , à son életô.

Est-ce fait?

l'élève.

Oui.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Voyons... Voilà qui est bien.

LE MAÎTRE A DANSER

Est-ce quelque chose de nouveau?

Oui, c'est un air pour une sérénade, que je lui ai fait composer ici, en attendant que notre homme fût éveillé,

LE MAÎTRE A DANSER

Peut-on voir ce que c'est?

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Vous l'allez entendre avec le dialogue , quand il viendra. U ne lardera guère.

LE MAÎTRE A DANSER

Nos occupations, à vous et à moi, ne sont pas petites maintenant.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

II est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous deux. Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie qu'il est allé se mettre en tète, et votre danse et ma

musique auroient à souhaiter que tout le moade lui re* semblât.

LE MAÎTRE A DANSER

Non pas entièrement ; et je voudrois, pour lui, qu'il se connût mieux qu'il ne fait aux choses que nous lui donnons.

LE MAÎTRE DE MLSIQDE

n est vrai qu'il les connoît mal, mais il les paie bien i et c'est de quoi maintenant nos arts ont plus besoin que de toute autre chose.

LE MAÎTRE A DAXSER-

Pour moi, je vous l'avoue, je me repais un peu de gloire. Les applaudissements me touchent, et je tiens que, dan» tous les beaux-arts, c'est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que d'essuyer , sur des compositions, la barbarie d'un stupide. Il y a plaisir, ne m'en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art, qui sachent faire un doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et, par de chatouillantes approbations, vous régaler de votre travail'. Oui, la récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues, de les voir caressées d'un applaudissement qui vous honore. Il n'y a rien , à mcn avis , qui nous paie mieux que cela de toutes nos fatigues ; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y 1 rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites; mais cet encens ne fait pas vivre. Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mclèr du solide ; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains. C'est un homme, à la vérité , dont les lumières sont petites , qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'applaudit qu'à contre-sens; mais son argent redresse les jugements de son esprit ; il a du discernement dans sa bourse ; ses louanges sont monnoyées ; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous Voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici,

LE MAÎTRE A DANSER

Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mail

'àif^itr, récompecscr, Uédoicmager.

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