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MONSIEUR JOLUDAIN.
Tout beau! Holà! ho! Doucement Diaotre soit la coquin* i
NICOLE
Vous me dites de pousser.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui ; mais tu me pousses en tierce avant que de me pousser en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare.
MADAME JOURDAIN
Vous êtes fou , mon mari , avec toutes vos fantaisies ; et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.
MONSIEUR JOURDAIN
Lorsque je hante la noblesse , je fais paroître mon jugement ; et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie.
MADAiME JOURDAIN.
Çamon » vraiment ! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles , et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné!
MONSIEUR JOURDAIN
Paix ; songez à ce que vous dites. Savez-vous bien , ma femme , que vous ne savez pas de qui vous parlez , quand vous parlez de lui? C'est une personne d'importance plus que vous ne pensez, un seigneur que l'on considère à la cour, et qui parle au roi tout comme je vous parle. N'est-ce pas une chose qui m'est tout à fait honorable, que l'on voie venir chez moi si souvent une personne de cette qualité, qui m'appelle son cher ami , et me traite comme si j'étois son égal ? II a pour moi des bontés qu'on ne devineroit jamais ;
' Ce$t mon, te fay mon, et faudra mon, sont façons de parler de harengèret dit Antoioe OudiD dans sa gramirjire française. Il est probable que famon e •De eorrupiion de <*««( mon, qui se disait par abréviatiou de c'est mon acii. 0 ea trouve un eiemple dans Honiaigue, liv. II, ch. 37. (Aimé Martio.)
264 LE BOURGEOIS GENTILHOxMME
et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-aiéme confus
MADA:ME JOURDAIN.
Oui, il a des bontés pour vous, et vous fait des caresses; «lais il vous emprunte votre argent.
MONSIEUR JOURDAIN
Ile bien ! ne m'est-ce pas de l'honneur, de prêter de fargent à un homme de cotte condition-là? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m'appelle son cher ami?
MADAME JOURDAIN
Et ce seigneur, que fait-il pour vous ?
UrONSIEUR JOURDAIN.
Des choses dont on scroit étonné, si on les savait .
MADAME JOURDAIN
Et quoi?
«ONSIEUR JOURDAIN.
Baste! je ne puis pas m'espliquer. II suffit que si je lui ai prêté de l'argent, il me le rendra bien, et avant qu'il soil peu.
MADAME JOURDAIN
Oui. Aiteudez-vous à cela
MONSIEUR JOURDAIN
Assurément. Ke me Ta-t-il pas dit?
MADAME JOURDAIN
Oui, oui, il ne manquera pas d'y faillir.
MONSIEUR JOURDAIN
Il m'a juré sa foi de gentilhomme.
MADAME JOURDAIN
Chansons 1
MONSIEUR JOURDAIN
Ouais! Vous êtes bien obstinée, ma femme! Je vous dis: qu'il me tiendra sa parole; j'en suis sûr.
MADAME JOURDAIN
Et moi , je suis sûre que non , et que toutes les caressas qu'il vous fait ne sont que pour vous enjôler.
MONSIEUR JOURDAIN
Taisez-vous. Le voici.
MADA.ME JOURDAIN.
Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore nous faire quelque emprunt ; et il me semble que j'ai dîné quand je le vois.