ACTE III. SCENE XII
MONSIEUR JOURDAIN
îouchoz là, monsieur; ma fille n'est pas pour vous.
CLÉONTE
Comment?
Vous n'êtes pont gentilhomme, vous n'aurez pas ma ClIe.
MADAME JOURDAIN
Que voulez-vous donc dire avec votre gentilhomme? est-ce .ue nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis?
MONSIEUR JOURDAIN
Taisez- vous, ma femme; je vous vois venir.
MADAMi; JOURDAIN.
Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie f
MONSIEUR JOURDAIN
Voilà pas le coup de langue?
MADAME JOURDAIN
Et votre père n'étoit-il pas marchand auMÏ bien que le mien?
MONSIEUR JOURDAIN
Peste soit de la femme! elle n'y a jamais manqué. Si votre père a été marchand , tant pis pour lui ; mais pour le mien, ce sont des malavisés qui disent cela. Tout ce que j'ai à vous dire, moi, c'est que je veux avoir un gendre gentilhomme.
MADAME JOURDAIN
Il faut à votre fille un mari qui lui soit propre; et il vaut mieux, pour elle, un honnête homme riche et Lien fait, qu'un gentilhomme gueux et mal bâti.
NICOLE
Cela est vrai : nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne* et le plus sot dadais que j'aie jamais vu.
MONSIEUR JOURDAIN, à Nicole.
Taisez-vous, impertinente; vous vous fourrez toujours dans la conversation. J'ai du bien assez pour ma fille; je n'ai besoin que d'honneurs, et je la veux faire marguise.
MADAME JOURDAIN
Marquise?
' Maliiorne. de mah tarnt tut. maladroit} meple, qui ne peut rien faire de kè«a ci à propn* (Hiclielet.J
MONSIEUR JOURDAIN
Oui, marquise.
MADAME JOCRDAIH
Hélas! Dieu m'en garde!
MONSIEUR JOURDAIN
C'est une chose que j'ai résolue.
MADAME JOURDAIN
C'est une chose , moi , où je ne consentirai point. Lc« alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients. Je ne veux point qu'un gendre puisse à ma fille reprocher ses parents , et qu'elle ait des enfants qui aient honte de m'appelcr leur grand' maman. S'il falloit qu'elle me vînt visiter en équipage de grande dame, et qu'elle manquât, par mégarde, à saluer quelqu'un du quartier, on ne manqueroit pas aussitôt de dire cent sottises. Voyez-vous, diroit-on , celte madame la marquise qui fait tant la glorieuse? c'est la fille de monsieur Jourdain , qui étoit trop heureuse, étant petite, de jouer à la madame avec nous. Elle n'a pas toujours été si relevée que la voilà, et ses deux grands- pères vendoient du drap auprès de la porte Saint-Innocent. Us ont amassé du bien à leurs enfants, qu'ils paient maintenant, peut-être, bien cher en l'autre monde; et l'on ne devient guère si riches à être honnêtes gens. Je ne veux point tous ces caquets, et je veux un homme, en un mot, qui m'ait obligation de ma fille, et à qui je puisse dire : Mettez-vous là, mon gendre, et dînez avec moi
MONSIEUR JOURDAIN
Voilà bien les sentiments d'un petit esprit, de vouloir demeurer toujours dans la bassesse. Ne me répliquez pas davantage : ma fille sera marquise, en dépit de tout le monde; et, si vous me mettez en colère, je la ferai duchesse *.