‹ uvres complètes de MolièreChapitre 285 sur 553 · ACTE m, SCEAE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCEAE I

Aux yeux qui m'imposent des lois, J'ai pris la forme que tu \ois.

ZtPIIYr.E.

En tout vous êtes un grand maître;

C'est ici que je le connois.

'muis des déguisements de diverse nature.

On a vu les dieux amoureux Clierther à soulager cette douce blessure Que reçoivent les cœurs de vos traits pleins de feux. Mais en bon sens vous l'emportez sur eux ;

Et voilà la bonne figure

Pour a\oir un succès heureux Prés de l'aimable sexe où l'on por!e ses vœux. Oui, de ces formes-là l'assislance cA bien forte?

Et, sans parler ni de rang ni d'esprit, Qui peut trouver moyen d'être fait de la iorte

Ne soupire guère à crédit.

i.'amocr.

J'ai résolu, mon cher Zéphyre,

De demeurer ainsi toujours ; Et Ion ne peut le trouver à redire

A laîné de tous les Amours.

Il est temps de sortir de cette longue enfance

Qui fatigue ma patience; Il est temps désormais que je devienne grand.

ZÉIMIÏUE.

Fort bien. Vous ne pouvez mieux faire; Et vous entrez dans un mystère Qui ne demande rien d'enfant.

l'amolr.

Ce changement, san^ îoute, irritera ma mère.

ZLPHYRE.

ie prévois là-dessus .>lque peu de colère.

Bien que les ('■ joules des ans Ne doivent point ; lier parmi les immortelles, Votre mère Vénus > st de l'humeur des belles.

Qui n'aiment point de grands enfants.

Mais où jp la trouve outragée, C'est dans le procédé que l'on vous voit tenir;

Et c'est l'avoir étrangement vengée, fine d'aimer la beauté qu'elle vouloit punir!

3G8 PSYCHE

Ceite haine où ses vœux prétendent que réponde La puissance d'un fils que redoutent les dieux.,.

l'amolr.

Laissons cela, Zéphyre, et me dis si tes yeux Xe trouvent pas Psyché la plus belle du monde. Est-il rien sur la terre, est-il rien dans les cieus Qui puisse lui ravir le titre glorieux De beauté sans second^ ?

Mais je la vois, mon cher Zéphyre, Qui demeure surprise à l'éclat de ces lieux.

ZÉl'HTF.E.

Vous pouvez vous montrer pour finir son martyre,

Lui découvrir son destin glorieux, Et vous dire, entre vous, tout ce que peuvent dire

Les soupirs, la bouche et les yeux.

En confident discret, je sais ce qu'il faut faire Pour ne pas interrompre un amoureux mystère*.

SCÈxNE IL — PSYCHÉ, seule.

Où suis-jc? et, dans un lieu que je croyois barbare, Quelle savante main a bâti ce palais,

Que l'art, que la nature pare

De l'assemblage le plus rare

Que l'œil puisse admirer jamais?

Tout rit, tout brille, tout éclate Dans ces jardins, dans ces appartements,

Dont IcS pompeux ameublements

N'ont rien qui n'enchante et ne flatte; Et, de quelque côté que tournent mes frayeurs, Je ne vois sous mes pas que de l'or ou des fleur-i.

Le ciel auroit-il fait cet amas de merveille»

Pour la demeure d'un serpent?

Et lorsque, par leur vue, il amuse et suspend De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles»

Veut-il montrer qu'il s'en repent? Non, non ; c'est de sa haine, en cruautés féconde

Le plus noir, le plus rude trait, Qui, par une rigueur uouvclle et sans secoude,

rsétale ce choix qu'elle a fait

'C tu- r>eDe est de Molière, mais c'mi 1^ dtreîèn.

Page 1