‹ uvres complètes de MolièreChapitre 386 sur 553 · SCÈNE XI. - LA COMTESSE, JULIE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI. - LA COMTESSE, JULIE

En vérité , madame , c'est une chose étrange que Ie.s petites villes! On n'y sait point du tout son monde : et je viens de faire deux ou trois visites, où ils ont pensé me désespérer par le peu de respect qu'ils rendent à ma qualité.

SCLNE XL -489

JULIE

Où ay.'oient-ils appris à vivre? Ils n'ont point fait de voyage à Paris.

LA COMTESSE

Ils ne laisseroient pas de l'apprendre, s'ils vouîcieutécoater «es personnes; mais le mal que j'y trouve, c'est qu'ils vou- !eot en savoir autant que moi, qui ai été deux mois à Paris, -i ai \u toute la cour.

JLI.IC.

Les sottes gens que voilà !

LA COMTESSE

Us sont insupportables, a\cc les impertinentes égaîilés ^nt ils traitent les gens. Car, enfin, il faut qu'il y ait de la Sîibordinalion dans les choses; et ce qui me met hors de aïoi , c'est qu'un gentilhomme de ville de deux jours, ou de HouK cents ans, aura l'effronterie de dire qu'il est aussi bien f.f^ntilbomme que feu monsieur mon mari, qui demeuroil à la '.lin pagne, qui avoil meule de chiens courants, et qui prévoit h qualité de comte dans tous les contrats qu'il passoit.

JULIE

Ou sait bien mieux vivre à Paris, dans ces hôtels dont la iiémoire doit être si chère. Cet hôtel de Mouhy , madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel de Hollande, les agréables demeures que voilà ' !

, Il est vrai qu'il y a bien de la différence de ces ^iOux-la à tout ceci. On y voit venir du beau monde, qui ne marchande point à vous rendre tous les respects qu'on sauroit souhaiter. On ne s'en lève pas, si Ion veut, de dessus son siège; et, lorsque l'on veut voir la revue, ou le grand ballet de Psyché, on est servie à point nommé.

JULIE

Je pense, madame, que, durant votre séjour à. Paris, vous avez bien fait des conquêtes de qualité.

LA COMTESSE

Vous jîbuvez bien croire, madame, que tout ce qui s'appelle les galants de la cour n'a pai manqué de venir à ms porte, et de m'en conter; et je garde dans ma cassette de

' Au lieu de oomnier les hôlel> drs Rioiids seipiiciirs, Julie iininnie les hôtels

'amis i1>> son temps, faisant enteiidi»: <*ue c'e«l là (iuela coirnes-ed'Escarliaj;oa»a

ie jjiand njonde. (Aimé Marlm.)

leurs billets, qui peuvent faire voir quelles propositions j'ai refusées ; il nest pas nécessaire de vous dire leurs aonis • on sait ce qu'on veut dire par galants de la cour.

JULIE

Je m'étonne, madame, que de tous ces grands noms que je devine, vous ayez pu redescendre à un monsieur Tibaunier, le conseiller, et à un monsieur Harpin, le receveur des failles. La chute est grande, je vous l'avoue ; car, pour monsieur votre vicomte, quoique vicomte de province, c'est toujours un vicomte, et il peut faire un voyage à Paris, s'il ^n'en a point fait : mais un conseiller et un receveur sont des amants un peu bien Baiuces pour une grande comtesse comme vous.

Ce sont gens qu'on ménage dans les provinces pour les besoins qu'on en peut avoir; ils servent au moms à remplir les rides de la galanlerie, à faire nombre de soupirants ; et il est bon, madame, de ne pas laisser un amant seul maître du terrain, de peur que, faute de rivaux, son amour ne s'endorme sur trop de confiance.

JULIE

Je vous avoue, madame, qu'il y a merveilleusement à profiter de tout ce que vous dites; c'est une école que votre coir.ersation, et j'y viens tous les jours attraper quelque chose.

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