‹ uvres complètes de MolièreChapitre 4 sur 553 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

nos iulérèts. li vient. Je me retire. Prenez ce temps pour lui parler, et ne lui découvrez de notre affaire que ce que vous jugerez à propos.

ÉLISE

Je ne sais si j'aurai la force de lui faire cette confidence. SCÈNE II. - CLÉ.\NTE, ÉLISE

CLÉANTE

Je suis bien aise de vous trouver seule, ma sœur ; je brôlois de vous parler, pour m'ouvrir à vous d'un secret.

ÉLISE

Mo voilà prêle à vous ouïr, mon frère. Qu'avez-vous à me dire'

CLÉANTE

l'iien des choses, ma sœur, enveloppées dans un mot. J'aime.

ÉLISE

Vous aimez?

CLÉANTE

Oui, j'aime. Mais avant que d'aller plus loin , je sais que je dépends d'un pèi'e, et que le nom de fils me soumet à se» volontés ; que nous ne devons point engager notre foi sans le consentement de ceux dont nous tenons le jour ; que le ciel les a faits les maîtres de nos vœux , et qu'il nous est enjoint de n'en disposer que par leur conduite ; que, n'étant prévenus d'aucune folle ardeur, ils sont en état de se tromper bien moins que nous, et de voir beaucoup mieux ce qui nous est propre ; qu'il en faut plutôt croire les lumières de leur prudence que l'aveuglement de notre passion ; et que l'emportement de la jeunesse nous entraîne le plus souvent dans des précipices fâcheux. Je vous dis tout cela, ma sœur, afin que vous ne vous donniez pas la peine de me le dire ; car, enfin, mon amour ne veut rien écouter, et je vous prie ée ne me point faire de remontrances.

ÉLISE

Vous étes-vous engagé , mon frère , avec celle que vous aimez ?

CLÉANTE

Non : mais j'y suis résolu, et je vous conjure encore une df ne me point apporter de raisons pour m'en dissuader

ÉLÎSE.

Suis-je, mon frère, une si étrange personne?

CLÉANTE

iNon , ma sœur ; mais vous u'aimez pas ; vous igaortz la doucp violence qu'un tendre amour fait sur nos coeurs ; el j'appréhende votre sagesse.

ÉLISE

Hélas ! mon frère , ne parlons point de ma sagesse ; il n'est personne qui n'en manque, du moins une fois en sa vie ; et, si je vous ouvre mon cœur, peut-être serai-je à vos yeux bien moins sage que vous

Ah! plût au ciel que votre ame, comme la mienne... !

ÉLISE

Finissons auparavant votre affaire , et me dites qui est celle que vous aimez.

CLÉA>TE.

Une jeune personne (jui loge depuis peu en ces quartiers, et qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux qui la voient. La nature, ma sœur , n'a rien formé de plus aimable, et je me sentis transporté dès le moment que je la vis. Elle se nomme Mariane , et vit sous la conduite d'une bonne femme de mère qui est presque toujours malade, et pour qui cette aimable fille a des sentiments d'amitié qui ne sont pas imaginables. Elle la sert, la plaint, et la console, avec une tendresse qui vous toucheroit l'ame. Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait; et l'on voit briller mille grâces en toutes ses actions, une douceur pleine d'attraits , une bonté tout engageante , une hoiiuêtelé adorable, une... Ah! ma sœur , je voudrois que vous l'eussiez vue *

ÉLISE

J'en vois beaucoup-, mon frère , dans les choses que vous me dites; et, pour comprendre ce qu'elle est, il suffît que vous l'aimez.

* Molière, toujours aUentif à reiidie ses amants mléressanls, ne fonde pat UBi> quenient ramoiir de Cleanle pour Uariane sur les charmes dont celle jeune personne est ornée, il y ajoule l'ulliait non moini piAsaol et plus universel, de la vertu, (le la bciulé. C"est ainsi que d:ins les Fourberies de Scapin, suivant le» liacesile Tércnoe. il rend Oclave amoureux d'Hvacintbe, à la seule vue des laricei ti loucbïiites oue lui fait verser la mort de sa mère. (Anger.)

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