‹ uvres complètes de MolièreChapitre 426 sur 553 · ACTE 111, SCEM: II · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCEM: II

PHILAMINTE

Pour moi, sans me llaUci', j'en ai déjà fait une; Et j'ai vu clairement des hommes dans la lune

BÉLISE

le n'ai point encor vu d'hommes, comme je crois ; Mais j'ai vu des clochers tout comme je vous vois'

ARMANDE

Nous approfondirons, ainsi que la physique, Giammaiie, histoire, vers, morale, et politique.

PHILAMINTE

La morale a des traits dont mon cœur est éprit, Et c'étoit autrefois l'amour des grands esprit»; Mais aux stoïciens je donne l'avantage, Et je ne trouve rien de si beau que leur sage.

jkRMANDE.

Pour la langue, on verra dans peu nos règlemeato, Et nous y prétendons faire des remuements 2. Par une antipathie, ou juste, ou naturelle. Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nonibre de mots, soit ou verbes, ou noms. Que mutuellement nous nous abandonnons : Contre eux nous préparons de niortellcs sentence», Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous ces mots divers. Dont nous voulons purger et la piose et les vers*

PHILAMIME.

Mais le. plus beau projet de notre académie, Une entreprise noble, et dont je suis ravie, Un dessein plein de gloire, et qui sera vanté Chez tous les beaux esprits de la postérité,

• Qui pourrait ue jias se rappeler ici l'anecdote racontée pir Helvétius, d'ua curéol d'une femme galante qui, ayant ouï dire que la hine était habitée, tichaiest, le télescope en rnain, il'eii reconnaître les haliilaïUs? Je vois deua ambres qui t'inclinenl Cune vers l'aalre, dit la dame. — Que dites-vous 7 s'écria le curé; ce sont les deux clochers d'une i-athédrale. (Anger.)

' Le» précieuses s'assenihlaieut, en ellVt, pour disserter sur le langage, et ad- Bietlre ou rejeter les expressions et les locutions nouvelles. Nous leur devont nae multitude de phrases tres-énergiques, et jusqu'à l'orthographe adoptée par Voltaire. (Aimé Martin.)

' Plusieurs acadcmi:iens avaient conçu le projet de bannir de la langue '.et œots iet plus utiles, ctnime car, encore, néan7noins, pourquoi, etc. Molière fait tllusioQ i ce ridicule projet, dont Saiol-Évremond et Ménagé s'étaient d/jà naquei.

C'est le retrancliemeiit de ces syllabes sales,

Qui dans les plus beaux mois produisent des scandales j

Ces jouets éternels des sots de tous les temps ;

Ces fades lieux communs de nos méchants plaisants;

Ces sources d'un amas d'équivoques infâmes,

Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes.

TIUSSOTIN.

Voilà certainement d'admirables projets !

BÉUSE.

Vo.!S verrez nos statuts quand ils seront tous faits

TRISSOTIN

Ils ne sauroient manquer d'être tous beaux et sa;, s.

ARMA^DE

Nous serons, par nos lois, les juges des ouvrages; Pa.' nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis : Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. Nous chercherons partout à trouver à redire, Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire.

3CËNE m. — PHlLAiMIXTE, BÉLISE, ARMANDÏ, HENRIETTE, Tl'.lSSOTIN, LÉPINE.

LÉPINE, à Trissolin.

Monsieur, un homme est là, qui veut parler à vous; il est vêtu de noir, et parle d'un ton doux.

(Ils se lèvent.) TRISSOTIN.

C'est cet aïni savant qui m'a fait tant d'instance De lui donner l'honneur de votre connoissance.

FUILAMINTE.

Pour le faire venir vous avez tout crédit.

(Ti'issoUn va zu-devaat de Tadius.)

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