‹ uvres complètes de MolièreChapitre 451 sur 553 · ACTE V, SCÈNE 111. : :j · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE 111. : :j

PHILAMINTE

\'^raiinont, à voîre bien on songe bien ici!

Et c'est là, pour un sage, un fort digne souci!

CIIRISALE.

Enfîu , pour son époux, j'ai fait choix de Clitaadre.

PHILAMINTE

(MoDiraot Trissotia.)

Et moi , pour son époux , voici qui je veux prendre. Mon choix sera suivi; c'est un point résolu.

CHRVSALE.

Ouais! Vous le prenez là d'un ton bien absolu!

MARTINE

Ce n'est point à la femme à prescrire , et je sommes Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.

CHRYSALE

C'est bien dit.

MARTINE

Mon congé cent fois me fût-il hoc ' , La poule ne doit point chanter devant le coq 2.

CHRVSALE.

Sans doute.

MARTINE

£1 nou3 voyons que d'un homme on se gau&*r Quand sa femme, chez lui, porte le haut-de-chausse.

CHRYSALE

il est vrai.

MARTINE

Si j'avois un mari , je le dis , Je voudrois qu'il se fît le maître du logis; Je ne Taimerois point, s'il faisoit le Jocrisse; Et , si je contestois contre lui par caprice ,

' Me fût-il hoe, c'esi-à-dire me fût-il assuré. Celte expressioo proverbiale »ienl du hoc, jeu de cartes qu'on appelle ainsi parce qu'il y a six caries qui sont koc, c'esl-à^dire assurée* a celui qui les joue. (Ménage.) — Ce |eu fut apporté par Hazaiio en France, et il devint tellement à la mode, qu'il dooiu un proverbe » la langue. La Fontaine a employé ce proverbe dans sa fable du Loup et da Çhevjl. (Aimé H.irtio.)

'Molière njeuoit un vieux proverbe qu'on trouve dans Jean de £leuog :

C'est chose qui moult me deplaist, Quand poule parle et coq se taitt.

Le teos de ce proverbe est qu'uae femme ne doit prendre la parole que lorsque WD mari a parlé. (Aimé Hartin.}

Si je parlois trop haut , je trouverois fort bon Quavec quelques soufflets il rabaissât mou lon>

CHRTSALE.

Cest parler comme il faut.

MARTINE

Monsieur est raisonnable, 9e vouloir pour sa fille un mari convenable.

Oui.

MARTINE

Par quelle raison, jeune et bien fait qu'il esî, Lui refuser Clitandre? Et pourquoi, s'il vous plaît. Lui bailler un savant, qui sans cesse épilogue? Il lui faut un mari , non pas un pédagogue ; Et, ne voulant savoir le grais ' ni le latin, Elle n'a pas besoin de monsieur Trissotin.

CHRYSALE

Fort bien.

PHILAMIWTE.

Il faut souffrir qu'elle jase à son ai§e.

MARTINE

Les savants ne sont bons que pour prêcher en chais*';

Et, pour mon mari, moi , mille fois je l'ai dit,

Je ne voudrois jamais prendre un homme d'esprit.

L'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménage.

Les livres cadrent mal avec le mariage;

Et je veux, si jamais on engage ma foi.

Un mari qui n'ait point d'autre livre que moi.

Qui ne sache A ne B, n'en déplaise à madame.

Et ne soit, en un mot, docteur que pour sa femme

PIIILAMINTE, àChrysale.

Est-ce fait? et, sans trouble, ai-je assez écouté ^

V^tre digne interprète? S

CHRYSALE. 1

Elle a dit vérité. %

' C'est l'ancienne el lé'gitime prononciatioD, 3omme dioa échecs, hgi. d^-at- ^ageoous moclre que, du temps do Mulicie, le peuple la rclenait encore.

|F. Génin )

' < Chaise n'est point une erreur de Martine. Autrefois, on appelait aîiiii cî que nous nommons aujourd'hui ehairn ou ditail ; «ne chatse de prédicateur, i* rjyeit. . (Auger.)

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