‹ uvres complètes de MolièreChapitre 59 sur 553 · SCÈNE IV. - HARPAGON, CLEANTE, MAITRE JACQUES · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. - HARPAGON, CLEANTE, MAITRE JACQUES

MAÎIUE JACQUES.

Hé, hé, hé. messieurs, qu'est-ce-ci? à quoi songez-vous'

Je me moque de cela.

MAÎTRE JACQUES, à Cl«aDl«i

Ah! monsieur, doucement.

HARPAGON

Me parler avec celte impudence !

MAÎTRE JACQUES, à Harpago»,

Ah ! monsieur, de grâce !

CLÉANTE

Je n'en démordrai point.

MAÎTRE JACQUES, à Cléinle.

Hé quoi ! à votre père ?

HARPAGON

Laisse-moi faire.

MAÎTRE JACQUES, à Harpagon.

Hé quoi! à votre fils? encore passe pour moi.

HARPAGON

Je te veux faire toi-même, maître Jacques, juge de cetU affaire, pour montier comme j'ai raison >.

MAÎTRE JACQUES

J'y consens, (a ciéante.) Eloignez-vous un peu.

HARPAGON

J'aime une fille que je veux épouser; et le pendard a l'insolence de l'aimer avec moi, et d'y prétendre malgré mes ordres.

Ah! il a tort.

HARPAGON

N'est-ce pas une chose épouvantable, qu'un fils qui veut entrer en concurrence avec son père? et ne doit-il pas, pas respect, s'abstenir de toucher à mes inclinations?

MAÎTRE JACQUES

Vous avez raison. Laissez-moi lui parler, et demeurez là

CLEANTE , à maître Jacq'ies, qui s'approche de lui.

Hé bien! oui, puisqu'il veut te choisir pour juge, je n'y

' Cette scène rappelle la scène septième du premier acte, où Harpagoa a pris Talere pour juge entre sa tille et lut.

recule point; il ne m'importe qui ce soit; et je veux bien aussi me rapporter à toi , maître Jacques, de notre différend.

MAÎTRE JACQUES

C'est beaucoup d'honneur que vous me faites.

CLÉANTE

Je suis épris d'une jeune personne qui répond à mes ?œux, et reçoit tendrement les -'ffres de ma foi; et mon père s'avise de venir troubler notre amour, par la demande qu'il en fait faire.

MAÎTRE JACQUES

II a tort assurément. <

N'a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier? Lui sied-il bien d'être encore amoureux? et ne devroit-iî pas laisser cette occupation aux jeunes gens?

MAÎTRE JACQIES.

Vous avez raison. Il se moque. Laissez-moi lui dire deux mots. (A Harpagon.) Hé bien! votre fils n'est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison. Il dit qu'il sait le respect qu'il vous doit ; qu'il ne s'est emporté que dans la première chaleur, et qu'il ne fera point refus de se soumettre à ce qu'il vous plaira , pourvu que vous vouliez ie traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque per- •ioniic en mariage, dont il ait lieu d'être content.

HARPAGON

Ail! dis-lui, maître Jacques, que, moyennant cela, il i nina espérer toutes choses de moi, et que, hors Mariane, ji' lui laisse la liberté de choisir celle qu'il voudra.

MAÎTRE JACQUES

Laissez-moi faire, (a ciêante.) lié bien! votre père n'est pas SI déraisonnable que vous le faites; et il m'a témoigné que te sont vos emportements qui l'ont mis en colère; qu'il n'en veut seulement qu'à votre manière d'agir, et qu'il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les ^iii.reiues , les respects cl les soumissions qu'un fils doit à 'M) Il peie..

CLÊANTE.

•Vh! maître Jacques, lu lui peux assurer que, s'il m'accorde Mar ane , il me verra toujours le plus soumis de toui

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