JACQUES
HAÎTRE JACQUES, dans le fond du tliéàlre, en se retournant du côté par lequel il est entré.
Je m'en vais revenir. Qu'on me l'égarge tout à l'heure; qu'on me lui fasse griller les pieds ; qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et qu'on me le pende au plancher.
HARPAGO>', à maître Jacques.
Qui? celui qui m'a dérobé?
MAITRE JACQUES
) Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me v[?nt d'envoyer, et je veux vous l'accommoder à ma fantaisie,
HARPAGON
Il n'est pas question de cela ; et voilà monsieur, à qui il faut parler d'autre chose.
LE COMMISSAIRE, à maître Jacques.
Ne VOUS épouvantez point. Je suis homme à ne vous point «caodaliser, et les choses iront dans la douceur.
MAÎTRE JACQUES
Monsieur est de votre souper?
LE COMMISSAIRE
Il faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître
MAÎTRE JACQL'ES.
Ma foi, monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traiterai du mieux qu'il me sera possible.
HARPAGON
Ce n'est pas là l'affaire
MAÎTRE JACQUES
. Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrois, c'est la faute de monsieur votre intendant, qui m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie.
HARPAGON
Traître ! il s'agit d'autre chose que de souper ; et je veux «[ue tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.
ACTL V, SCLNE II. 8ô
MAÎTUE JACQIES.
On VOUS a pris de l'argent?
HARPAGON
Oui, eoquia; et je m'en vais te faire pendre, si tti ne uu le rends.
LE COMMISSAIRE, à Harpagon,
Mon Dieu! ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu'il est honnête homme, et que, sans se faire mettre en prison, ii VOUS découvrira ce que vous voulez savoir. Oui, moir ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal, et vous serez récompensé comine il faut par votre maître. On lui a pris aujourd'hui son argent; et il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.
MAÎTRE JACQIES, bas, à part.
Voici justement ce qu'il me faut pour me venger de notre intendant. Depuis qu'il est entré céans, il est le favori, on n'écoute que ses conseils ; et j"ai aussi sur le cœur les coups de bâton de tantôt.
HARPAGON
Qu'as-tu à ruminer?
LE COMMISSAIRE, à Harpagon.
Laissez-le faire. Il se prépare à vous contenter ; et je vous ai bien dit qu'il étoit honnête homme.
k- "..sieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que c'est monsieur votre cher intendant qui a fait le ccup.
HARPAGON
Valère '
MAÎTRE JACQUES-
Oui.
HARPAGO^.
Lui ! qui me paroît si fidèle?
MAÎTR3 JACQUES
Lui-même. Je crois que c'est lui qui vous a dérobt-.
HARPAGON
Et sur quoi le crois-tu?
MAÎTRE JACQUES
Sur quoi?
HARPAGOW.
Oui
MAÎTRE JACQUES
Je le crois... sur ce que je le crois.
LE COMMISSAIRE
Mais iï est nécessaire de dire les indices que vous avez.
L'as-tu vu rôder autour du lieu où j'avois mis mou argent''
MAÎTRE JACQUES
Oui, vraiment. Où étoit-il votre argent?
HARPAGON
Dans le jardin.
MAÎTRE JACQUES
Justement je l'ai vu rôder dans le jardin. Et dans quoi est-ce que cet argent étoit?
HARPAGON
Dans une cassette.
MAÎTRE JACQUES
Voilà l'affaire. Je lui ai vu une cassette.
riARPAGON.
Et cette cassette, comment est-elle faite? Je verrai bien fi c'est la mienne.
MAÎTRE JACQUES
Comment est-elle faite?
HARPAGON
Oui.
MAÎTRE JACQUES
Elle est faite... elle est faite comme une cassette.
LE COMMISSAIRE
Cela s'entend. Mais dépeignez-la un peu, pour voir,
MAÎTRE JACQUES
C'est une grande cassette.
HARPAGON
Celle qu'on m'a volée est petite.
MAÎTRE JACQUES
Hé! oui, elle est petite, si on veut le prendre par !à; mais je l'appelle grande pour ce qu'elle contient.
LE COMMISSAIRE
Et de quelle couleur est-elle?
MAÏTRi; JACQUES.
De quelle couleur?