‹ uvres complètes de MolièreChapitre 7 sur 553 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

traître dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions , dévorent ce que je possède, et furètent de tous côtés pour Toir s'il n'y a rien à voler ».

LA FLÈCHE

Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous voler? Êtes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faites sentinelle jour et nuit?

Je veux renfermer ce que bon me semble , et faire sentinelle comme îî me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu'on fait? (Bas, à pan.) Je tremble qu'il n'ait soupçonné' quelque chose de mon argent. (Haut.) Ne serois-tu point un homme à^ faire courir le bruit que J'ai chez moi de l'argent caché ?

LA FLÈCHE

Vous avez de l'argent caché ?

HARPAGON

Non, coquin, je ne dis pas cela. (Bas.) J'enrage. (Haut.) Je demande si, malicieusement, tu n'irois point faire courir le bruit que j'en ai.

LA FLÈCHE

Hé ! que nous importe que vous en ayez , ou que vous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose?

HARPAG0^î , levant la main pour donner un soufflet à La Flèche.

Tu fais le raisonneur! Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. Sors d'ici, encore une fois.

LA FLÈCHE

Hé bien ! je sors.

HARPAGON

Attends : ne m'emportes-tu rien ?

LA FLÈCHE

Que vous emporterois-je ?

HARPAGON

Viens, viens çà, que je voie. Montre-moi tes main»''.

Les voilà.

* Dans Piaule, TAvare dit i une vieille esclave,

Circumspectatris cum oculii emissiliis?

* Tar. Ne serois-tu point homme à aller faire conrir le bruit^ et««

* Var. Tient, Tiens çà, que je voie, etc.

HARPAGON

Les autres • Les autres?

LA FLECHE

HARPAGON

LA FLÈCHE

Les voilà.

HARPAGON , montrant le> hauts-de-chauMCf de La Flicka.

-f as-tu rien mis ici dedans ^ ?

LA FLÈCHE

Voyez vous-même.

HARPAGON , t&tant le bas det chausses de La Flèche.

Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'oD dérobe ; et je voudroi» qu'on en eât fait pendre quelqu'un.

U FLÈCHE , à part.

Ah ! qu'un homme comme cela mériteroit bien ce qu'il

craint ! et que j'aurois de joie à le voler !

HARPAGON

Euh?

' Cette scène est imitée de la tcèni^iT de l'acte lY de rAuïmlairê. Ici Molière b'« pat été plus heureux que l'auteur latin, qui fait demanler la troisième a>au) : Ottende etiam tertiam. Harpagon, qui demande les autrei, blesse ëga> lemeni la vérité du dialogue. Chappuzeau, dans sa comédie du Rieh» vilain, iaiprimée en 1663 avuit trouvé un temp(^rament ingénieux i ce trait de PlâlU, «9 ne demandant que Tautrt, parceque le Riche vilain peut aToir oublié qu'il • déjà vu la main qu'il veut revoir. Voici la scène : Crispin sonpfOU* Pkilipim, valet de son neven, de lui avoir déiobé quelque cbow.

cmspin.

Ci, montre-moi ta main.

tHILIPIM.

tenet.

CUSPIR.

L'autre.

PHILIPIN.

Tenet; voyez jusqu'à demam.

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