ACTE I, SCÈNE III
traître dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions , dévorent ce que je possède, et furètent de tous côtés pour Toir s'il n'y a rien à voler ».
LA FLÈCHE
Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous voler? Êtes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faites sentinelle jour et nuit?
Je veux renfermer ce que bon me semble , et faire sentinelle comme îî me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu'on fait? (Bas, à pan.) Je tremble qu'il n'ait soupçonné' quelque chose de mon argent. (Haut.) Ne serois-tu point un homme à^ faire courir le bruit que J'ai chez moi de l'argent caché ?
LA FLÈCHE
Vous avez de l'argent caché ?
HARPAGON
Non, coquin, je ne dis pas cela. (Bas.) J'enrage. (Haut.) Je demande si, malicieusement, tu n'irois point faire courir le bruit que j'en ai.
LA FLÈCHE
Hé ! que nous importe que vous en ayez , ou que vous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose?
HARPAG0^î , levant la main pour donner un soufflet à La Flèche.
Tu fais le raisonneur! Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. Sors d'ici, encore une fois.
LA FLÈCHE
Hé bien ! je sors.
HARPAGON
Attends : ne m'emportes-tu rien ?
LA FLÈCHE
Que vous emporterois-je ?
HARPAGON
Viens, viens çà, que je voie. Montre-moi tes main»''.
Les voilà.
* Dans Piaule, TAvare dit i une vieille esclave,
Circumspectatris cum oculii emissiliis?
* Tar. Ne serois-tu point homme à aller faire conrir le bruit^ et««
* Var. Tient, Tiens çà, que je voie, etc.
HARPAGON
Les autres • Les autres?
LA FLECHE
HARPAGON
LA FLÈCHE
Les voilà.
HARPAGON , montrant le> hauts-de-chauMCf de La Flicka.
-f as-tu rien mis ici dedans ^ ?
LA FLÈCHE
Voyez vous-même.
HARPAGON , t&tant le bas det chausses de La Flèche.
Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'oD dérobe ; et je voudroi» qu'on en eât fait pendre quelqu'un.
U FLÈCHE , à part.
Ah ! qu'un homme comme cela mériteroit bien ce qu'il
craint ! et que j'aurois de joie à le voler !
HARPAGON
Euh?
' Cette scène est imitée de la tcèni^iT de l'acte lY de rAuïmlairê. Ici Molière b'« pat été plus heureux que l'auteur latin, qui fait demanler la troisième a>au) : Ottende etiam tertiam. Harpagon, qui demande les autrei, blesse ëga> lemeni la vérité du dialogue. Chappuzeau, dans sa comédie du Rieh» vilain, iaiprimée en 1663 avuit trouvé un temp(^rament ingénieux i ce trait de PlâlU, «9 ne demandant que Tautrt, parceque le Riche vilain peut aToir oublié qu'il • déjà vu la main qu'il veut revoir. Voici la scène : Crispin sonpfOU* Pkilipim, valet de son neven, de lui avoir déiobé quelque cbow.
cmspin.
Ci, montre-moi ta main.
tHILIPIM.
tenet.
CUSPIR.
L'autre.
PHILIPIN.
Tenet; voyez jusqu'à demam.