MAP.TANE
C'est vous que ma mère a tant pleuré?
ANSF.LME.
Oui, ma fille; oui, mon fils; je suis don Thomas d'Alburci, que le ciel garantit des ondes avec tout rargcnt qu'il portoit, et qui, vous ayant tous crus morts, durant plus de seize ans, se prépnioit, après de longs voyages, à chercher, dans l'hymen d'une douce et sage personne, la consolation de quelque nouvelle famille. Le peu de sûreté que j'ni vu pour ma vie à retourner à Naples m'a fait y renoncer pour toujours; et, ayant su trouver moyen d'y faire vendre ce que j'y avois, je me suis habitue ici. où, sons le nmii d'Ansein.e, j'ai voulu m'éloi^nei- les chagrins de cet nnlre nom qui m'a causé tant de traverses.
HARPAGON , il An><?!mi-.
C'est là votre fils?
ANSEL.ME
Oui.
IIAIÎPAOON.
Je VOUS prends a partie pour me payer dix mille écus qu'il
m'a volés.
ANSELME
Lui! vous a\oir vole?
IIAUI'AG0>
-.ui-même.
VALERE
Qui TOUS dit cela?
HARPAGON
VALÈRE , à niaîire Jacquet.
C'est loi qui le dis ?
MAÎTRE JACQUES
Vous voyez que je ne dis rien.
HARPAGON
Oui. Voilà monsieur le commissaire qui a reçusadéposiiion.
VALÈRE
Pouvez-Yous me croire capable d'une action si lâche?
HARPAGON
Capable ou non capable, je veux ravoir mon argent.
SCÈXE VI — HARPAGON, ANSELME, ÉLISE, M ARIANE, CLÉANTE, VALÈRE, FROSINE, UN COMMISSAIRE, MAITRE JACQUES, LA FLÈCHE.
CLÉANTE
A'e vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai découvert des nouvelles de votre affaire; et je viens ici pour vous dire que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane, votre argent vous sera rendu *.
HARPAGON
Où est-il?
CLÉANTE
Ne vous en mettez point en peine. Il est en lieu dont je réponds; et tout ne dépend que de moi. C'est à vous de me dire à quoi vous vous déterminez; et vous pouvez choisir, ou de me donner Mariane, ou de perdre votre cassette.
N'en a-t-on rien ôté?
CLÉANTE
Rien du tout. Voyez si c'est votre dessein de souscrire à ce mariage, et de joindre votre consentement à celui de sa mère, qui lui laisse la liberté de faire un choix entre nous deux.
' Ainsi te vol de la cassette n'est qu'un moyen d'obtenir le consentement (fHirpagoD au mariage des deux amants. Voilà ce que n'a pas vu Rivaroll orsqu'il a dit : Le voleur n'est pas assez Lien défini dans VHarpagon de Molière, <tt le vol n'y eit pas assez mis au rang des crimes. C'est qu'en vérité il n'y a pas vol fée! dans la pièce, mais seulemenl simulation de vol. Dans la comédie det Et' pries, de Laritey, le vol des deux mille écus n'est aussi qu'un vol simulé pour détermicer le vieux Séverin a consentir à un mariage. (Aimé Martio.)