‹ uvres complètes de MolièreChapitre 78 sur 553 · COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES

Suivant Geoflroy, qui nous paraît avoir très-heureusement caractérisé la pièce qu'on va lire, M. de Fourceaugnac « est le type, l'origine et le modèle de ces innombrables farces où il s'agit de berner un provincial imbécile qui a la témérité de vouloir épouser une jolie fille. Il est établi au tliéàtre, comme maxime fondamentale, qu'il n'y a qu'un joli garçon, un jeune officier, un petit maître qui puisse être le mari d'une jolie fille ; c'est à peu près le contraire de ce qui arrive dans le monde, où l'intérêt et les convenances se moquent des lois tliéàtrales. Fûurceaugmc n'est probablement pas la première pièce faite sur ce sujet; mais elle vaut mieux que toutes celles qui l'ont précédée ; et ce qui est plus extraordinaire, elle est restée la meilleure de toutes celles qui l'ont suivie. Dans le genre même de la farce, Molière est le maître, comme il l'est dans la haute comédie.»

Après avoir ainsi donné l'explication du sujet, Geoffroy aborde les détails, et touche encore avec bonheur bien des points principaux de cette farce ébouriffante, nous voulons parler des plaisanteries contre la Faculté. « Il s'en faut bien, dit-il, que l'on sente aujourd'hui comme autrefois, le sel des épigrammes de Molière contre les médecins. C'était, de son temps, un corps plus important, plus respecté, plus vénérable aux yeux du peuple par un extérieur scientifique : la robe, le. bonnet, le rabat, un air rébarbatif, le latin de l'école, tout contribuait à leur donner l'air de pédants maussades , digne gibier de comédie. Ils étaient si graves et si tristes, que pendant un certain temps on les condamna au célibat, comme n'étant propres qu'à faire peur aux femmes. Les railleries sur ce^te étrange espèce d'animaux

100 NOTICF.

et sur leur corporation qu'on appe'jiit la Faculté, devaient produire un effet bien plus piquant lorsqu'on avait sous les yeux dans le monde, les originaux des copies ridicules qu'on exposait au théâtre. — Pourceaugnac n'est pas une pièce de carnaval, une pièce faite pour le peuple; elle fut composée exprès pour le plaisir du roi et de toute la cour. Fourceaugnac fit partie d'une fête que Louis XIV donnait à Chanibord. »

Suivant une opinion très-accréditée à Lin oges, Molière aurait composé M. de Fourceaugnac pour se venger de l'accueil ju'il avait reçu comme acteur dans cette ville.

Suivant Grimarest, l'idée première de cette pièce aurait été fourme par un gentilhomme limousin, qui se serait querellé sur le théâtre avec les comédiens de Molière et les aurait brutalement insultés. Cette opinion es^ 'appuyée du témoignage du rimeur contemporain Robinet, qui dit dans sa gazette envers:

ToDt est dam ce sujet follet

De corneille et de liollet

Digne de «on rare génie,

Qu'il tourne ccrte et qu'il maaie

Comme il lui plaît incessammeoi.

Avec un nouvel agrcmenl,

Comme il tourae aussi sa personne,

Ce qui pas moins ne nous étonne.

Selon les sujets comme il venl.

Il joue autant bien qu'il se peut

Ce marquis de nouvelle fonte,

Dont par liasard, à ce qu'on coate,

L'original est à Paru :

En colère autant que surpris

De s'y voir dépeint de la sorte.

Il jure, il tempête, il s'emporte,

El veut faire ajourner l'auteur

En réparations d'iionneur.

Tant pour lui que pour sa famille.

Laquelle en Pourceaugnacs fourmille...

Les crudits littéraires, comme les collecteurs d'anecdotes, n'ont pas manqué de rechercher les sources auxquelles Molière » puisé; et tout en admettant que l'accueil fait à notre auteur par la ville de Limoges, ou la querelle du gentilhomme ait été i'occasion première et la cause déterminante de cette comédie, ils ont indiqué comme ayant fourni des inspirations à notre auteur : 1° les Facétieuses journées, de Gabriel Ghapuis; 2o les Repue» franches, de Villon; S» les Nouveaux contes à rire, du sieur d'Ouville; ^' l'Histoire grncrale des larrons; enfin ime comédie en trois actes, intitulée le Disgrazie d'Arlechino (les Disgrâces d'Arlequin), paraît avoir fourni la plupart des tours qu'on joue à Pourceaugnac. Le hércs ital en est, comme le héros français, persécuté

NOTICE. iùi

pàT un fourbe qui met à ses trousses de faux créanciers, des coquines qui prétendeut êtra ses femmes, et une troupe d'enîants (i::i rapp~'Ient popa. Enfin, le héros italien finit aussi par le déguiser en femme pour fuir la justice, qui punit sévèrement les polygames.

Molière, à ce qu'il paraît, n'attachait guère plus d'importance i M. de Pourctaugnac qu'à Georges Dandin. Et cependant, -^mîvant la remarque de Voltaire, dans celte farce, comme dans toutes celles de Molière, il y a des scènes dignes de la haute comédie; et aux précieux «Je la critique, on p^ut répondre avec Diderot : « Si l'on croit qu'il y ait beaucoup plus d hommes cafables de faire Pcvrc.a.i^mc o'ie le Mm.ntbrop?., en se trompe.»

PERSONNAGES DE LA cOMÉDIK,

MONSIEUR DE POURoisaUGNAC ^

ORONTE '

JULIE, fille d'Oronte '.

ÉRASTE, amant de Julie «.

NÉRINE, femme d'intrigue, feinte Piraro?

LUCETTE, feinte Gasconne '.

SBRIGANI, Napolitain, homme d'JnîriiT^-a ■

PREMIER MÉDECIN

Page 1