‹ uvres complètes de MolièreChapitre 92 sur 553 · L'APOTHICAIRE · texte numérisé non relu

L'APOTHICAIRE

Assurément. On esl bien aise au moins d'être UKirt méthodiquement. Au reste, il n'est pas de ces médecins qui mai; liandent les maladies; c'est un homme expéditif, expéditif, qui aime à dépêcher ses malades; et, quand on a i mourir, cela se fait avec lui le plus vite du monde.

Ér.ASTE.

En efïet, il n'est rien tel que de sortir promptcment d'affakre.

l'apothicaiue.

Cela est vrai. A quoi bon tant barguigner " et tant tourner autour du pot? Il faut savoir vitement le court ou le long d'iiuc maladie

ERASTE

Vous avez raison.

l'apothicaire.

Voilà déjà trois de mes enfants dont il m'a fait !"hnnncur de conduire la maladie, qui sont morts en moins de quatre jours, ot qui, entre les mains d'un autre, auroient langu-s plus de trois mois.

ÉRASTE

1! est bon d'avoir des amis comme cela. l'apothicaire.

"ans doute. Il ne me reste phw que deux enfants, dont il priiiil soin comme des siens; il les traite et gouverne à sa fantaisie, sans que je me mêle de rien; et, le plus souvent, quand je reviens de la ville , je suis tout étonné que je le» trous e saignés ou purgés par son ordre.

ÉRASTE

Voilà les soins les plus obligcanls du monde^.

t'APOTniCAinE.

Le voici, le voici, le voici qui vient.

SCÈNE VIII ÉRASTE, TREMIER MÉDECIN, UN APOTHICAIRE, UN PAYSAN, UNE PAYSANNE.

LE PAYSAN, au ...in.

Monsieur, il n'en peut plu?^ et il dit qu'il sent dans k lête les plus grandes douleurs du monde.

' Barguigner, marcnander; barcaniare dans la basK latinilë; bargKignùr K Ireizieme siècle. Voir F. Génin, Lexique, etc. • Va». Voilà des soins fort obligeants

120 MONSIEUR DE FOURCEAUGNAC.

PREMIER MÉDECIN

Le malade est ud sot; d'autant plus que, dans la maladie dont il est attaqué, ce n'est pas la tête . selon Galien , niais ia rate, qui lui doit faire mal.

LE PAYSAN

Quoi que c'en soit, monsieur, il a toujours, avec cela un tours de ventre depuis six mois.

PREMIER MÉDECIN

Ben! c'est signe que le dedans se dégage. Je Tirai visiter ians deux ou trois jours; mais, s'il mouroit avant co temps-là, ne manquez pas de m'en donner avis; car il n'est pas de la civilité qu'un médecin visite un mort.

LA PAYSANNE, au médecin.

Mon péi 0, monsieur, est toujours malade de plus en plus.

PREMIER MÉDECIN

Ce n'est pas ma faute. Je lui donne des remèdes : que ne uérit-il? Combien a-l-il été saigné de fois?

LA PAYSANNE

Quinze, monsieur, depuis vingt jours.

PRE.MIER MÉDECIN

Quinze fois saigné?

LA PAYSANNE

Oui.

PREMIER MÉDECIN

Et il ne guérit point?

LA PAYSANNE

Non, monsieur.

PItEMIER MÉDECIN.

C'est signe que la maladie n'est pas dans le sang. Nou» le ferons purger autant de fois, pour voir si elle n'est pat dans les humeurs; et, si rien ne nous réussit, aous l'enverrons' aux bains. ' l'apothicaire.

Voilà le fin, cela ; voilà le fin de la médecine,

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