‹ uvres complètes de MolièreChapitre 94 sur 553 · ACTE I, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XI

MONSIEUR DE POCRCEACCNAC, s'asseyant.

VoSre très humble valet. (Les deux médecins Ini prenant chscc»

■a^iiiain pour lui titer le pouls.) Que veut dire cela?

PREMirn MÉDECIN.

Mangez-vous bien, monsieur?

MONSIEUR DE POCRCEAUGNAC.

Oui ; et bois encore mieux.

PREMIER MÉDECIN

Ttmt pis! Celle grande appétition du froid et de l'humide PS.' une indication de la chaleur et sécheresse qui est aud<;Ians. Dormez-vous fort?

MONSIEUR DE POLRCEAUGNÀC.

Oui ; quand j'ai bien soupe.

PREMIER MÉDECIN

Failes-vous des songes?

Quelquefois.

PREMIER MÉDECIN

De quelle nature sont-ils ?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

De la nature des songes. Quelle diable de conversati(m est-ce là ?

PREMIER MÉDECIN

Vos déjections, comment sont-elles?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Ma foi, je ne comprends rien à toutes ces questions ; et je ^eux plulôt boire un coup.

PREMIER MÉDECIN

Un peu de patience. Nous allons raisonner sur votre affaire de. aul vous; et nous le ferons en françois , pour être plu» ialelligibles.

MONSIEIR DE POURCEAUGNAC.

Quel grand raisonnement faut-il pour manger un morceau î

PREMIER .MÉDECIN

Comme ainsi soit qu'on ne puisse guérir une maladie qu'on ne la connoisse parfaitement , et qu'on ne la puisse parfaitement connoîlre sans en bien établir l'idée particulière, et la véritable espèce, par ses signes diagnostiques et prognostiques, vous me permettrez, monsieur notre ancien, d'entrer en considération de la maladie dont il s'agit, avant que de toucher à la thérapeutique , et aux remèdes qu'il

124 MONSIEUR DE POURCEAUGiNAC

nous conviendra fane pour la parfaite curation d'icclle. J° dis Clone, monsieur, avec votre permission, que noire malade ici présent est malheureusement attaqué , affecté, poss sédé , travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien mélancolie hypocondriaque; espèce de folie très fâcheuse, et qui ne demande pas moins qu'un Esculape comme vous, consommé dans notre art; vous, dis-je , qui avez blanchi, comme on dit, sous le harnois , et auquel il en a tant passé par les mains, de toutes les façons. Je l'appelle mélancolie hypocondriaque , pour la distinguer dei deux autres; car le célèbre Galien établit doctement, à son ordinaire, trois espèces de cette maladie , que nous nommons mélancolie, ainsi appelée, non-seulement par les La tins, mais encore par les Grecs : ce qui est bien à remarquer pour notre affaire. La première, qui vient du propre vice du cerveau; la seconde, qui vient de tout le sang, fait et rendu atrabilaire; la troisième, appelée hypocondriaque, qui est la nôtre , laquelle procède du vice de quelque partie du bas-ventre et de la région inférieure , mais particulièrement de la rate, dont la chaleur et l'inflammation porte au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses, dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse, et fait la maladie dont, par notre raisonnement, il est manifestement atteint et convaincu. Qu'ainsi ne soit, pour diagnostique incontestable de ce que je vous dis, vous n'avez qu'à considérer ce grand sérieux que vous voyez , cette tristesse .accompagnée de crainte et de défiance, signes pathognomoniques et individuels de cette maladie, si bien marquée chez le divin vieillard Ilippocrate : celte physionomie, ces yeux rouges et hagards, cette grande barbe, cette habitude du corps, menue, grêle, noire et velue, lesquels signes le dénotent très affecté de cette maladie , procédante du vice des hypocondres ; laquelle maladie, par laps de temps, naturalisée, envieillie, habituée et ayant pris droit de bourgeoisie chez lui, pourroit bien dégénérer ou en manie, ou en phthisie, ou en apoplexie , ou même en fine frénésie et fureur. Tout ceci supposé, puisqu'une maladie bien connue est à demi guérie, car , ignoli nulla est curalio morbi , il ne vous sera pas difficile de convenir des remèdes que nous devons faire à monsieur. Premièrement, pour remédier à cette pléthore

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