‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 101 sur 245 · A. G. Tu en seras de même · texte numérisé non relu

A. G. Tu en seras de même

Ne faadrait-il pas lire : tu feras de même? On sait à quel point 1*1 et Vf sp ressemblent dans les impressions anciennes.

RICA A IBBEN

A SIfTRNE.

Chez les peuples d'Europe, le premier quart d'heure du mariage aplanit toutes les diflicultés; les dernières faveurs sont toujours de même date que la bénédiction nuptiale : les femmes n*y font point comme nos Persanes, qui disputent le terrain quelquefois des mois entiers : il n'y a rien de si plénier : * si elles ne perdent rien, c'est qu'elles n'ont rien à perdre : mais on sait toujours, chose honteuse! le moment de leur défaite; et, sans consulter les astres, on peut prédire au juste l'heure de la naissance de leurs enfants.

Les François ne parlent presque jamais de leurs femmes ;* c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connoissent mieux qu'eux.

Il y a, parmi eux, des hommes très-malheureux que

1. Plénier n*est guère employé que dans les locutions : cour plénière, indulgence plénière, c'est-à-dire : cour suprême, tribunal souverain, indulgence complète, absolue. Le sens de la phrase est : l'abandon est complet, absolu.

2. C'était une règle de bon ton. La Rochefoucauld, Maonme 364 t « On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme ; mais on ne sait pas assez qu'on devroit encore moins parler de soi. w

personne ne console, ce sont les maris jaloux; il y en a que tout le monde hait, ce sont les maris jaloux; il y en a que tous les hommes méprisent, ce sont encore les maris jaloux.

Aussi n'y a-t-il point de pays od ils soient en si petit nombre que chez les François. Leur tranquillité n'est pas fondée sur la confiance qu'ils ont en leurs femmes ; c'est au contraire sur la mauvaise opinion qu'ils en ont. Toutes les sages précautions des Asiatiques, les voiles qui les couvrent, les prisons où elles sont détenues, la vigilance des eunuques, leur paroissent des moyens plus propres à exercer l'industrie de ce sexe,* qu'à la lasser. Ici, les maris prennent leur parti de bonne grâce, et regardent les infidélités comme des coups d'une étoile inévitable. Un mari, qui voudroit seul posséder sa femme, seroit regardé comme un perturbateur de la joie publique, et comme un insensé qui voudroit jouir de la lumière du soleil, à l'exclusion des autres hommes.

Ici, un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer d'une autre ; qui abuse 'de la nécessité de la loi, pour suppléer aux agréments qui lui manquent ; qui se sert de tous ses avantages, au préjudice d'une société entière; qui s'approprie ce qui ne lui avoit été donné qu'en engagement; et qui agit, autant qu'il est en lui, pour renverser une convention tacite, qui fait le bonheur de l'un et de l'autre sexe. Ce titre de mari d'une jolie femme, qui se cache en Asie avec tant de soin, se porte ici sans inquiétude. On se sent en état de fah-e diversion partout. Dn prince se console de la perte d'une place, par la prise d'une autre : dans le temps

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