A. G. Pour payer mes provisions
de raison.* Ce n'est pas que je les regrette : nous autres juges, ne nous enflons point d'une vaine science. Qu'avonsnous affaire de tous ces volumes de lois? Presque tous les cas sont hypothétiques,' et sortent de la règle générale. Mais ne seroit-ce pas, monsieur, lui dis-je, parce que vous les en faites sortir? Car enfîn, pourquoi, chez tous les peuples du monde, y auroit-il des lois, si elles n'avoient pas leur application? Et comment peut-on les appliquer, si on ne les sait pas? Si vous connoissiez le palais, reprit le magistrat, vous ne parleriez pas comme vous faites : nous avons des livres vivants, qui sont les avocats : ils travaillent pour nous et se chargent de nous instruire. Et ne se chargent-ils pas aussi quelquefois de vous tromper? lui repartis-je. Vous ne feriez donc pas mal de vous garantir de leurs embûches. Ils ont des armes avec lesquelles ils attaquent votre équité ; il seroit bon que vous en eussiez aussi pour la défendre ; et que vous n'allassiez pas vous mettre dans la mêlée, habillés à la légère, parmi des gens cuirassés jusqu'aux dents.
De Paris, le 13 de la lane de chahbao, 1714.