‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 155 sur 245 · A. Au juge · texte numérisé non relu

A. Au juge

fait passer par un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie et leur argent. * Pour comble d'infortune, il y a un ministre, connu par son esprit, qui les honore de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations du conseil. * On ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le peuple ; et Ton doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris.

Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs; c'est un séminaire de grands seigneurs; 11 remplit le vide des autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les fureurs de la guerre ; et, quand ils ne peuvent pas suppléer par euxmêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les terres montagneuses et arides.'

Je trouve, Ibben, la Providence admirable dans la manière dont elle a distribué les richesses. Si elle ne les avoit accordées qu'aux gens de bien, on ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les riches, on vient enfin à mépriser les richesses.

De Paris, le 86 de la lane de maharram, 1717.

1. Voyez notamment Taffaire de Bouryalais et celle de Crozat. Mémoires de Mathiea Marais, t. I, p. 224; t. U, p. 345.

2. Le duc de Noaillcs. Mémoires de Mathieu Marais, t. I, p. 235.

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